« Le jazz tisse sa toile... »
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Au Sud du Nord

l’Essonne s’enjazze

D 6 septembre 2011     H 09:18     A Alain Gauthier    


Le festival essonnien « Au Sud du Nord », 15è de la série, débute, cette fin de semaine, dans le parc de la mairie de Cerny. En dépit du ciel menaçant de s’égoutter ici même, de nombreuses personnes font honneur au plat du jour et autres délicieusetés servis par les bénévoles sans qui rien ne se ferait.
Ça commence comme un dimanche à la campagne, autour de grandes tables d’hôtes sans chichis et ça continue sous un chapiteau où le jazz va tenir la vedette.

Festival Au Sud Du Nord 2011 -  voir en grand cette image
Festival Au Sud Du Nord 2011

D’abord en première mondiale et planétaire, le duo Franck TORTILLER ( vibraphone-xylophone ) et François CORNELOUP ( sax baryton ) nous donne à entendre son programme « Singing fellows ».
Les trois premières pièces, couasiment à des tempi de ballades, nous emmènent dans un paisible voyage postprendial pas du tout violent. Ça tombe bien, on n’est pas pressé. Mais voilatipas que soudain, le rythme s’élève et, accrochez vos ceintures, ça vole dans tous les sens. Franck TORTILLER fait voltiger ses mailloches à une vitesse telle que l’oeil ne garde que la ligne floue de leur déplacement. Combien en secoue-t-il en même temps ? 2 ? 4 ? 6 ? Quelle majorette endiablée !!
Son compère CORNELOUP n’est pas en reste qui, sans jamais se laisser aller à de faciles déchirements free, dévale son tuyau à pleins doigts. Il y a comme une coït aérien entre le plan horizontal des claviers de l’un et le plan vertical du tuyau de l’autre. Un PLUS majuscule flotte dans l’air surchauffé du chapiteau.
C’est beau, ils se racontent plein de trucs, ils s’écoutent, ils se soutiennent et par dessus tout, ils jouent une musique tout en nuance : comme deux féroces tendres.
On les applaudit vigoureusement, on les rappelle, TORTILLER nous dit que «  tout ça aide à vivre » et ils nous jouent Blackout du groupe Muse.

Louis Sclavis et Jacques Di Donato, Uz Quintet. -  voir en grand cette image
Louis Sclavis et Jacques Di Donato, Uz Quintet.
ausuddunord.free.fr

Ensuite, nous filons en pleine lubatitude. Issu du creuset d’Uzeste, où se désapprennent et se déconstruisent les certitudes musicales, le « UZ QUINTET » réunit, outre Bernard LUBAT à la batterie et aux bons mots ( incompris parfois, excuse-nous Bernard, on est à la campagne ici, bout du mulbe... ), Jacques DI DONATO à la clarinette, Louis SCLAVIS clarinette basse et sax soprano, Fabrice VIEIRA à la guitare et voix bidouillée et Philippe LACARRIÈRE, le local de l’étape, à la contrebasse.
Ma voisine se murmure à elle-même : « est-ce ainsi que les hommes vivent ? » en ne voyant que des mecs sur scène puis chantonne «  l’hymne des femmes ». Je rêve. Où sont les drapeaux noirs ?
Je l’entends dire :


« Nous qui sommes sans passé, les femmes,
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes,
Nous sommes le continent noir. »


Sur scène, ces mecs ont dépassé le stade marchand ( d’ailleurs, ne sont-ils pas ici à titre amical ? ) et s’inscrivent dans un quelque chose qui n’est pas sans rappeler le potlatch (il n’est pas trop tard pour lire et relire Debord qui n’a pas pris une ride sans botox ) : ils nous font plaisir ET ils s’envoient en l’air devant nous !!!
Ont-ils un programme ? Des titres ? Un début de commencement de commentaires ?
Non. C’est comme une famille, la pièce de théâtre se joue chaque jour et chacun connaît son rôle le qui va déclencher la réponse des autres.
Tours de chorus, combat de souffleurs, scat du guitariste, un tour de 4*4 avec le batteur. C’est chouette, ça plaît, personne ne s’économise, on en redemande. À noter que SCLAVIS se lâche de plus en plus, nonobstant son petit harmonica déjà entendu ailleurs : sa gestuelle prolonge le son voire le remplace. À quand un chorus sans clarinette ? Liberté de la maîtrise (et maîtrise de la liberté ? ) qui n’est pas sans rappeler celle du boucher à découvrir au chapitre 3 des Œuvres de Maître Tchouang ( Principes pour nourrir sa vie ou l’hygiène du boucher ), aux Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances dans la traduction de Jean Lévi.
Oui, « tout ça aide à vivre ».

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Festival Au Sud Du Nord 2011

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