« Le jazz tisse sa toile... »
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L’AMÉRIQUE

non, pas celle 11 septembre.

D 10 septembre 2011     H 08:25     A Alain Gauthier    


Toujours le même plateau en haut de la colline, là-bas au-dessus du Paris, toujours la même impasse discrète par où se faufiler et toujours le même Atelier du Plateau.
Pour la rentrée, les murs ont reçu un coup de pinceau. C’est la mort du salpêtre bio. Hamaine.
Cette petite salle intime, dans le cadre du Festival Jazz à la Villette, propose cette semaine une création sur le thème de l’Amérique dont les auteurs ont ramené la vastitude à « Une traversée en mots et en musique des « petites villes » de l’Amérique de l’écrivain Raymond Carver ».
Sur le mur long, une large et haute et considérable image projetée : le sommet d’un poteau électrique, ses câbles, ses isolateurs et ses transformateurs. Plus hyperréaliste, on ne fait pas.
Une bande de moquette vert clair court sur le sol et sous les deux chaises des artistes, Vincent COURTOIS au violoncelle et Pierre BAUX, comédien.
Simplicité du dispositif monastico-minimalisto-dépouillé qui n’offre qu’une possibilité au public : écouter-voir-ressentir, tout ça en même temps SVP.

Vincent Courtois et Pierre Baux : « L'Amérique » - Atelier du Plateau

Pendant que COURTOIS fabrique une « petite » musique hypnotique par sa discrétion, ses ostinati, son absence très présente ( ça s’appelle le TALENT ), Pierre BAUX nous dit deux nouvelles de CARVER.
Son look ( celui de Pierre Baux ) ravive les clichés les plus clichés : chemise à carreaux, djin, chaussures montantes, cheveux plaqués en arrière. Nous avons le choix : James Dean ? Jack Kerouac ? Robert Blake, en tueur dans le film « De sang froid » ? Il manque, en fond de scène, un pick-up au capot relevé pour que l’illusion soit plus-que-parfaite.
L’hypnose collective est immédiate : musique, voix, texte, gestuelle, au point que repérer les mouvements minimalistes de l’image projetée demande un gros effort d’attention. Est-ce une image nouvelle ou la partie d’une seule image qui défile lentissimement ? Un clin d’oeil à Edward Hopper peut-être ? et l’immersion dans l’univers décrit par Carver intense : les petites gens, les soucis du jour, la vie pas comme on voudrait, le chien qui fait chier, le robinet qui goutte, la porte qui grince et les dialogues lancinants comme les élancements d’une dent malade. On est en apnée, captés, attrapés, emmenés. Jusqu’aux applaudissements. Grassement nourris.

Pour prolonger cette soirée, relire CARVER dans la traduction de 2010, aux Éditions de l’Olivier, (des textes qui ne souffrent plus de coupures insanes). Pourquoi ne pas ajouter une louche d’Howard ZINN ( Une histoire populaire des États-Unis ) pour saisir ce monde humble et discret des sans-grades ?
Puis revenir en France avec les textes de Pascal GARNIER sur les petits riens qui tournent en eau de boudin ( au moins « Lune captive dans un œil mort, Zulma »).

> L’Atelier du Plateau : 5, rue du Plateau (au fond de l’impasse !) 75019 PARIS - tél : 01 42 41 28 22 - mél : atelierduplateau@free.fr

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