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EN MI TOTAL, Andy EMLER ?

Mais que fait la police ?

D 6 novembre 2011     H 17:34     A Alain Gauthier    


Andy EMLER et son Mégaoctet ont passé trois soirs au Triton [1] pour présenter leur nouvelle œuvre « En Mi total  » : première mondiale le 3 novembre 2011, première européenne le 4 novembre et première française le 5 novembre.
Ce 4 novembre, le rappel demandé par des spectateurs enthousiastes frappant de manière compulsive leurs petites mains l’une contre l’autre, nous vaut un retour en arrière avec « Crouch, Touch, Engage », titre emblématique du CD primé en 2010 et 2011. Morceau dont le thème a tout d’une petite musique qu’on sifflote le matin dans la salle de bain et qui ne nous lâche plus la bande passante, sur fond d’un mini big-band survitaminé : énergie intense, riffs de fous follets, soli solides. Comme s’il existait encore un genre de passerelle entre hier et aujourd’hui, entre le précédent programme et le nouveau. Pourtant, il convient de l’écrire haut et fort : ils n’ont rien de commun.

Andy Emler Mégaoctet à Brest - 22 octobre 2011

« En mi total » que le monde entier connaît depuis hier soir, est un défi musical qui s’articule à partir d’une contrainte que l’OULIPO ne rejetterait pas : une suite de morceaux tous écrits à partir de la note fondamentale « MI » (« E » pour les anglophones et les jazzeux).
Pas de petite musique lancinante qui trotte dans la mémoire, pas de grande houle émotionnelle qui fait se lever en hurlant de bonheur mais la découverte d’un univers sonore inaccoutumé qui invite à l’intériorisation. Le premier set met plus en valeur les musiciens que le groupe, en particulier sur des intros magnifiques, nombre de duos et des soli où ces monstrueux musiciens repoussent sans cesse leurs limites ; le second redonne toute sa vigueur à ce nonet qui n’est pas sans rappeler la grande époque de Mingus par sa fureur et son inventivité. D’ailleurs, pourquoi pas revisiter un jour Nostalgia in Times Square, Goodbye Pork Pie Hat ou Peggy’s Blue Skylight ?

Andy Emler, octobre 2011. -  voir en grand cette image
Andy Emler, octobre 2011.
© CultureJazz/T. Giard

Pour les citer tous, Laurent BLONDIAU, trompette et bugle, a pris toute sa place et a gagné en sérénité, délivrant un énorme solo poussé au cul par les riffs des souffleurs du premier rang et dualisant (de « dualiser », jouer en duo) avec Thuillier et Sellam ; Philippe SELLAM, sax alto, comme à son habitude a dévalé les pentes de son tube en laiton avec une économie de mouvements qui laisse pantois ( y’a que ses doigts qui bougent !!! ), Claude TCHAMITCHIAN a fait des trucs à sa contrebasse avec tous les doigts de sa main gauche en même temps (le coquin !!) le temps d’une intro gigantesque qui aurait pu se suffire à elle-même, les deux frappeurs de la ligne du fond, François VERLY aux percussions et Éric ÉCHAMPARD à la batterie, ont rivalisé de précision, de vélocité, de complémentarité, d’écoute sans jamais tomber dans le fracas, François THUILLIER au tuba, a tiré de sa grosse machine des murmures et des envolées oxymoresques, Laurent DEHORS, clarinettes et saxos, a joué en dedans, laissant les cris du free au vestiaire, Thomas DE POURQUERY, sax alto et soprano, s’est déchiré la plèvre et les méninges pour expirer debout devant nous. Et Andy EMLER a tapoté ( manière de dire, hein ) son piano ici et là, histoire de mettre du lien entre ces redoutables lascars.

Comme les systémiciens le savent, le tout est plus que la somme des parties. Le Mégaoctet nous en apporte une nouvelle fois la preuve.

> Après cette résidence de trois jours au Triton, Andy Emler et le MégaOctet vont aller s’installer à Pernes-Les-Fontaines dans le Vaucluse pour enregistrer un nouvel album dans les Studios La Buissonne de Gérard de Haro. Parution du disque dans quelques mois... Patience ! (NDLR)

> Liens :

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[1Célébre lieu de jazz et autres aux Lilas-93.

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