« Le jazz tisse sa toile... »
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Le Jazz Au Collège

« Faire du jazz dans l’école »

D 11 décembre 2011     H 19:33     A Yves Dorison    


En 2000, Lors d’une des premières interviews réalisées par des élèves du collège, l’une d’eux demanda à Sangoma Everett ce qu’il faudrait faire pour que les adolescents écoutent du jazz, il répondit « faire du jazz dans l’école ». Quelques mois après, le premier concert, un duo entre le guitariste Jean Louis Almosnino et lui était organisé avec force bouts de ficelle dans un préfabriqué d’un autre âge qui vit ensuite passer un jeune pianiste inconnu nommé Bruno Ruder, et bien d’autres jazzmen de la région. A cette époque le projet jazz revêtait un caractère strictement événementiel qui par la suite s’articula autour d’un programme qui faisait, et fait encore, la part belle à l’histoire du jazz et que le concert annuel, organisé en journée, couronnait d’une première expérience du concert pour bon nombre de gosses.

Sangoma Everett -  voir en grand cette image
Sangoma Everett

Un premier partenariat vit le jour avec le Radiant de Caluire et Cuire qui permit d’accueillir au collège des musiciens, se transformant en professeurs le temps des rencontres, et d’assister à leur concert dans l’enceinte du partenaire. De cette expérience est venue l’idée d’un partenariat avec une structure de plus grande envergure qui accueillerait les élèves afin qu’ils aillent à la rencontre des musiciens sur leur lieu d’expression habituel.

Jean Louis Almosnino -  voir en grand cette image
Jean Louis Almosnino

C’est ainsi que naquit le partenariat avec le festival A Vaulx Jazz qui offrit, et offre encore, la possibilité à la « classe jazz » de passer une journée au cœur même du festival avant d’assister aux concerts de la soirée. Plusieurs années durant, les collégiens chanceux travaillèrent tour à tour avec Louis Sclavis, Médéric Collignon, Dgiz, Benny Golson, Javon Jackson, Philip Catherine, Nguyen Lê, Giovanni Mirabassi, Michel Portal, Tony Malaby, et j’en oublie. Munis d’un pass tout accès, ils pouvaient passer par tous les postes techniques, discuter backstage avec les artistes et les organisateurs et vivre ainsi une expérience humanisée de l’organisation festivalière en sus de l’aspect artistique inclus dans leurs échanges avec les musiciens.

Durant toute cette période, le concert annuel au collège fut maintenu grâce au soutien désintéressé de Sangoma Everett qui apporta chaque année dans ses bagages de beaux musiciens. Depuis 2007, grâce à de nouveaux locaux, une scène a été construite petit à petit dans la nouvelle salle de musique. Aujourd’hui équipée d’un éclairage professionnel, cette salle, qui peut accueillir une centaine de personnes, permet aux musiciens de jouer « acoustique » avec un vrai confort.

Sébastien François -  voir en grand cette image
Sébastien François

C’est de la qualité du lieu qu’est venu le désir d’une utilisation plus intensive. En a découlé notre première résidence, en 2010, avec le Réseau Imuzzic, créé par Bruno Tocanne. Cette résidence en plein essor est une réussite. Imuzzic organise les concerts et invite les musiciens en collaboration avec les acteurs du projet au sein du centre scolaire. En à peine plus d’un an, cinq formations, durables ou inédites, émanant du collectif ont joué dans nos murs apportant avec elles des musiciens tel le tromboniste Samuel Blaser, le saxophoniste Quinsin Nachoff ou, la semaine dernière, Hasse Poulsen, (voir ci-dessous).
Une autre association, Du Vent Dans Les Cordes, présidé par Jean Jacques Raimondi, professeur d’anglais et co-responsable du projet artistique et culturel « Jazz & Musiques improvisées », organise de façon complémentaire deux autres concerts dans l’année, notamment celui de du batteur Sangoma Everett qui, lors de son concert de mai 2010 avec Michel Perez et le contrebassiste Sébastien François (c’est pour ainsi dire le contrebassiste officiel du collège...), a dévoilé la plaque qui a donné son nom à notre salle, juste récompense pour un artiste de renommée internationale qui sait offrir de son temps et de son talent aux jeunes, par et pour le jazz.

Aujourd’hui, l’intérêt du projet intra-muros n’est plus à prouver. Pour qu’il fonctionne au sein d’un centre scolaire qui n’a pas de structure associative dévolue à la culture, il est nécessaire que les artistes aient leur propre association loi 1901, organisatrice des événements. Cet écueil contourné, tout devient possible. L’école est alors un lieu d’accueil pour des musiciens qui peinent souvent à trouver des salles de concerts,
Chez nous, avec cinq concerts annuels, et autant de rencontres avec les musiciens, le projet ainsi piloté permet à la classe de quatrième concernée d’écouter une grande variété de musique. Il permet également, depuis cette année, à une autre classe de quatrième à petit effectif, classe constituée d’élèves en difficulté, de gérer entièrement le projet. De l’accueil des musiciens à l’installation de la salle, de la tenue de la caisse à la gestion de l’éclairage, des interviews de musiciens à l’accueil du public, ils font tout ! A tel point qu’ils filment avec leurs appareils photos l’ensemble des événements, ce qui donnera à la fin de l’année scolaire un long métrage documentaire sur le projet 2011/2012.
En outre, chacune des quatre classes de sixième de l’établissement a la possibilité d’assister à un concert dans l’année. En quatrième, s’ils se retrouvent dans la classe « Jazz & Musiques improvisées », ils seront déjà capables de percevoir les enjeux d’un tel projet.

Bruno Tocanne -  voir en grand cette image
Bruno Tocanne

Mais au-delà du jazz, avec cette nouvelle approche du fait culturel à l’école, c’est la notion de curiosité intellectuelle qui est mise en exergue. Offrir la possibilité aux jeunes de rencontrer des musiciens passionnés et passionnément différents les uns des autres est une richesse certaine, une ouverture sur le monde de l’art en général et une initiation à l’altérité. A l’heure où les intégristes défilent dans les rues contre la libre expression artistique, nous sommes fiers d’être acteurs avec le monde du jazz d’une diffusion de la culture qui mette en valeur une exigence artistique éloignée, autant que faire se peut, des canons médiatiques abrutissants qui déversent à flots continus la médiocrité sur les ondes et dans les salles au nom d’une rentabilité dont on peine à croire qu’elle excite le moindre neurone chez le consommateur soumis, si ce n’est celui du consumérisme, bien entendu.

Un phénomène intéressant dû au projet intra-muros est l’apparition au concert de parents d’élèves néophytes qui, accompagnant leurs enfants, découvrent avec eux un monde ignoré. Tous ne sont pas séduits, le but n’est pas là, mais ils peuvent pour une somme modique se confronter à un genre musical aux facettes multiples ne manquant pas d’atouts pour démontrer que des alternatives au rouleau compresseur de la pensée unique existent et qu’elles sont financièrement abordables, même en temps de crise.

Un dernier point noir reste à résoudre. Ne tournant que sur une absence de fonds propres, seules les recettes des concerts assurent le salaire des musiciens. La chasse aux subventions, mais plus encore la chasse aux mécènes, est donc d’actualité, ne serait-ce que pour louer plus souvent qu’une fois l’an un piano ou une sonorisation et d’autres babioles encore fort utiles pour que la diversité du jazz s’exprime pleinement dans notre école.

En tant que photographe de jazz accrédité dans les festivals et autres salles de concerts, j’ai souvent le plaisir de croiser le soir un ancien, une ancienne, élève du projet jazz. Ils sont la preuve vivante que le champ de possibles existe encore, qu’il est aucunement stérile et que, pour peu que l’on s’engage auprès d’eux, les jeunes savent aussi être intelligents, intéressés et force de proposition. De toutes les façons, ils n’ont besoin de personnes pour construire leur avenir. Nous, les vieux, ne sommes là que pour ouvrir les portes. Chacun son boulot.

Le diaporama « Jazz au collège » : cliquez sur l’image ! (Photos © Yves Dorison)

MEETING US 3

> Lyon, vendredi 02 décembre 2011,


Hasse Poulsen : guitare
Sébastien François : contrebasse
Bruno Tocanne : batterie

Après un duo inédit entre Jean Louis Almosnino et Bruno Tocanne en octobre, rencontre entre deux univers, si loin si proches, qui tourna à l’avantage du jazz vivant, le concert de décembre donnait à ouïr un autre trio inédit. Là encore, l’improvisation, dans sa pleine mesure, et les compositions remarquables de finesse du guitariste danois ont laissé dans les mémoires une trace durable. La qualité des musiciens, la complicités avec les élèves comme avec le reste du public, a donné lieu à un set d’une belle intensité. La preuve, une fois encore, que la prise de risque est une des valeurs foncières du jazz dans sa plus expression.

Prochains concerts au collège

> Vendredi 03 février 2012

RÉMI GAUDILLAT QUARTET

Rémi Gaudillat : trompette & bugle
Alice Perret : claviers
Sébastien François : contrebasse
Bruno Tocanne : batterie

Un quartet inédit qui, à notre demande, revisitera les standards des années 40.

> Vendredi 23 mars 2012

SANGOMA EVERETT QUARTET

Tony Pagano : saxophone ténor
Kirk Lightsey : piano
Sébastien François : contrebasse
Sangoma Everett : batterie

Nous avons demandé à ce quartet pur swing, inédit lui aussi, de s’attaquer au répertoire de Benny Golson.

> Vendredi 11 mai 2012

JEANNE ADDED Solo

Jeanne Added : chant, guitare basse

Le dernier concert de l’année est offert à l’une des meilleures vocalistes du jazz français.

Toutes les informations sur le site du projet LS JAZZ au collège :
lsjazz.over-blog.com