« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Jazz en action » Sam Rivers dans les mémoires.

Sam Rivers dans les mémoires.

Hommage à un musicien qui fit (aussi) avancer le jazz.

D 7 janvier 2012     H 16:03     A Christian Ducasse, Thierry Giard    


Le lendemain de Noël, lundi 26 décembre, Sam Rivers est mort à Orlando aux États-Unis. Il avait 88 ans, mais sait-on encore aujourd’hui combien ce musicien joua un rôle essentiel dans la vie et le renouveau du jazz ?

Dave Holland : « Conference of the Birds » (1973) -  voir en grand cette image
Dave Holland : « Conference of the Birds » (1973)
ECM / Universal
Sam Rivers : « Crystals » (1974) -  voir en grand cette image
Sam Rivers : « Crystals » (1974)
Impulse

Sam Rivers est un des musiciens qui m’ont ouvert les portes du jazz dans la première moitié des années 70. Venant des univers pop-rock, j’avais découvert Weather Report, le Mahavishnu Orchestra et Miles Davis (électrique !), pour ne pas être trop dépaysé, avant d’être fasciné par les musiques issues du free-jazz et en particulier, celles d’Anthony Braxton et de Sam Rivers.
Les deux étaient réunis sur un disque mythique : « Conference of The Birds » (1973) sous le nom de leur complice commun, le contrebassiste britannique Dave Holland. Un disque historique qui reste une référence majeure dans l’histoire du catalogue ECM !

Son parcours, je l’ai suivi à travers des albums marquants comme « Crystals », « Sizzle », les duos avec Dave Holland ou encore le trio « Paragon » (avec Holland et le batteur Barry Altschul sur le label Fluid de Gérard Terronès). Je me souviens de son apparition non-programmée et brève sur la scène du festival « Musique Ouverte » de Châteauvallon en 1976. Un souvenir fascinant parce qu’à cette époque, Sam Rivers faisait figure de grand maître de la Loft-generation naissante. À New-York, le loft du Rivbea Studio qu’il animait avec son épouse Beatrice fut un des laboratoires les plus fertiles du jazz créatif, le prolongement de l’AACM de Chicago sans la structure associative.

Sam Rivers : « Paragon » (1976) -  voir en grand cette image
Sam Rivers : « Paragon » (1976)
Fluid Records (Paris)
Sam Rivers - Dave Holland : « Vol.2 » -  voir en grand cette image
Sam Rivers - Dave Holland : « Vol.2 »
IAI 1977

Par la suite, les temps ont changé, le vent a tourné et on a un peu (trop ?) oublié cette époque pourtant fondatrice des tendances actuelles dans le jazz.

Heureusement, Sam Rivers avait conservé des amis fidèles en France, en particulier Gérard Terronès (qui organisa concerts, tournées et enregistrements) et Jean Rochard (qui lui fit rencontrer le pianiste Tony Hymas dans les années 90 pour le label nato).
Ces deux fidèles amis ont écrit en sa mémoire et nous en proposons quelques extraits ci-dessous.

Toujours à l’écoute du monde du jazz avec la sensibilité et le cœur qu’on lui connaît, Christian Ducasse a aussitôt entrepris une recherche dans ses (innombrables) ressources photographiques pour nous proposer quelques clichés qui ont marqué ses rencontres avec le saxophoniste poly-instrumentiste.
Il nous propose ici une sélection de clichés réalisés entre 1979 et 2002.

. ::Thierry GIARD ::.

Les photos de Christian Ducasse - cliquer sur l’image ci-dessus pour accéder à la
galerie

Mots d’amis

> Jean Rochard (nato) : 27 décembre 2011 :

Extraits de l’article publié sur le Glob nato (à lire intégralement ici !)

« [...]Sam Rivers naquit en 1923 Oklahoma, terre de déportation de noirs et d’indiens. En 1947 il vint à Boston au conservatoire. Très vite de belles rencontres, avec Quincy Jones, Billie Holliday et en 1959 se lia d’amitié avec un môme possédé des tambours, Tony Williams. Tous les deux participeront à l’aventure Blue Note. Alfred Lion, qui souhaitait alors que sa maison de disque soit synonyme de jeunesse raccourcit l’âge de Sam de plusieurs années, ce qui restera longtemps dans bien des dictionnaires. Sam jouera brièvement avec Miles Davis (à la demande de Tony Williams) avec Cecil Taylor... Il signera quelques marqueurs comme Fuschia Swing Song, des emplacements bien nommés sur la carte musicale tels Contours, Crystals, A New Conception avant de devenir, au Rivbea, le phare de toute une génération, celle des fameux lofts où la liberté avait retrouvé ses vertus libératrices.[...] »

"Chercheur rigoureux, visionnaire inspiré, homme d’action du jazz sensible à ce devenir secret projeté par chaque note, jamais en retard sur la vie, connaisseur sans pareil du chemin des sources qui chantait les lendemains de chaque instant, Sam Rivers, nous a quitté hier, lendemain de Noël. Il avait 88 ans.

Merci Sam

Jean (Rochard)"
Biographie de Sam Rivers sur le site nato
nato : www.natomusic.fr

> Gérard Terronès, mardi 27 décembre 2011 :

"J’ai appris ce mardi, par Jean Rochard (nato), que notre ami Sam Rivers nous avait quittés lundi dernier à l’âge de 88 ans.

J’ai eu le privilège de pouvoir programmer ce compositeur, saxophoniste, multi-instrumentiste, également leader de différents groupes dont son fameux trio (avec Dave Holland et Barry Altschul) et son Rivbea Orchestra dans mes différents clubs, concerts et festivals à Paris.

J’ai également été son compagnon de route à travers toute la France durant dix ans (1976-1986), et j’ai pu l’enregistrer à Jazz Unité sur mon label Blue Marge.

Agitateur brillant et spectaculaire sur scène, Sam Rivers fut dès les années 1960 l’un des pères du « free jazz » puis de la « free black music » ainsi qu’un acteur important de la « loft génération » dans son Studio RivBea, l’un des symboles de l’indépendance musicale à New York du milieu des années 1970.

Le décès de ce défricheur, qui dirigeait encore son big band en octobre, est une grande perte pour tous ses proches et admirateurs, mais aussi pour le jazz et toutes les musiques improvisées actuelles.

Gérard Terronès"

Disques Futura et Marge / Productions Gérard Terronès
futuramarge.free.fr

Sam Rivers : « Sizzle » (quartet 1976) -  voir en grand cette image
Sam Rivers : « Sizzle » (quartet 1976)
Impulse
Wildflowers : « Loft Jazz New-York 1976 » -  voir en grand cette image
Wildflowers : « Loft Jazz New-York 1976 »
Douglas Records / DG Diffusion
1976, Sizzle : l’alliage du trio acoustique de Sam Rivers avec la guitare (électrique) de Ted Dunbar en pleine période du « Rivbea Studio ». Wildflowers : des séances au « Rivbea Studio » enregistrées par Alan Douglas en 1976 et éditées dans un triple CD toujours disponible : anciens et nouveaux talents, la source du jazz d’aujourd’hui ?