« Le jazz tisse sa toile... »
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« Chez l’habitant » avec le duo Emler-de Pourquery.

Deux soirées dans le coutançais.

D 26 janvier 2012     H 19:24     A Thierry Giard    


Ce duo, Thomas de Pourquery et Andy Emler ne l’ont pas inventé. Il est né de la commande d’un programmateur avisé qui, connaissant leur connivence dans le MegaOctet du second, a voulu isoler ces deux électrons libres, à minima.
Depuis, le duo existe, de temps en temps, de ci de là, sans répertoire spécifique : ils puisent dans le réservoir des musiques qu’ils aiment et pratiquent depuis des années pour s’inventer un univers à deux. Rien n’est écrit, rien n’est préparé, tout est spontané ou simplement suggéré. Le talent, la complicité font le reste, tout simplement.

Chacun d’eux a un profond respect pour la personne et la personnalité de l’autre.
Ils partagent l’amour de la musique et de ceux qui la créent. C’est pour cela qu’ils ne se permettent pas de s’enfermer dans un genre, surtout pas dans des conventions communément associées à l’étiquette « jazz ».
Pierre Desproges, Debussy, Claude Nougaro, Chick Corea, Patrick Bruel, Horace Silver leur fournissent les prétextes à de savoureux dialogues sérieux, fantaisistes ou carrément loufoques. On a affaire à deux généreux excentriques qui ne perdent jamais le nord et réussissent toujours leurs atterrissages car l’humour est leur co-pilote !

Thomas de Pourquery, le nouveau « résident » recruté par Jazz sous les Pommiers [1] pour trois ans, a tout naturellement proposé ce duo pour amorcer son travail en Basse-Normandie dans le cadre de la saison du Théâtre Municipal de Coutances.
C’est la formule du concert chez l’habitant qui a été retenue.

> Jeudi 19 janvier - Gratot - 20h30

Andy Emler et Thomas de Pourquery, le 19 janvier 2012 -  voir en grand cette image
Andy Emler et Thomas de Pourquery, le 19 janvier 2012
© CultureJazz.fr

C’est Gilles et son épouse qui reçoivent dans sa maison de pierre à l’ancienne, au cœur du bocage. Les concerts chez l’habitant, ils en accueillent depuis belle lurette : ils sont rodés !
L’espace a été aménagé pour accueillir les spectateurs d’un soir. Sono, piano demi-queue, de vraies conditions de concert.
C’est la première fois que les deux ex-rugbymen se retrouvent dans une telle situation, entre la cheminée et le buffet rustique. Déroutant : quelle stratégie, quel mode de jeu appliquer dans une telle intimité avec chaque spectateur ?
Après une improvisation pour se chauffer un peu et bousculer sans doute quelques spectateurs (vous avez dit « jazz » ?), ils recollent les morceaux et charment l’auditoire avec une interprétation aérienne et sensible de Bad Boys, thème d’Andy Emler, devenu un tube au fil des années. Quelques notes et la mélodie s’infiltre dans l’oreille et titille les neurones du bonheur : large sourire !
Sur un prélude de Debussy, Thomas de Pourquery se fait récitant du sulfureux réquisitoire de Pierre Desproges contre Régine Deforges, pièce d’anthologie écrite pour le Tribunal des Flagrants Délires, en 1981.
Sans transition, on glisse sur la mélodie si bien nommée d’Horace Silver : Peace. À l’alto, Thomas de Pourquery possède une sonorité charnue et musclée qui n’exclut pas la grâce et la sensibilité quand il s’agit de servir avec chaleur un thème d’une finesse exquise.
Nougaro est un incontournable pour le saxophoniste de plus en plus chanteur (et de mieux en mieux !). Son ombre traverse ce concert à deux reprise lorsque T.d.P. reprend « Estate », composition du brésilien Bruno Martino sur laquelle le toulousain inventa une histoire totalement en phase avec le thème. Au rappel, à nouveau, le duo puisa dans le répertoire du grand Claude.
Un concert en patchwork au charme indescriptible...

> Vendredi 20 janvier - Agon-Coutainville - 20h30

Andy Emler et Thomas de Pourquery, le 20 janvier 2012 -  voir en grand cette image
Andy Emler et Thomas de Pourquery, le 20 janvier 2012
© CultureJazz.fr

Les hôtes, cette fois vivent à quelques hectomètres de la mer dans une belle maison contemporaine. Autre ambiance, nouveau public pour un concert totalement différent.
L’appréhension du premier soir s’est éclipsée et les deux compères ont désormais la situation bien en main. Thomas de Pourquery fait son entrée en peignoir rose (vous avez dit concert chez l’habitant !) qu’il retire tel un boxeur montant sur le ring : le ton est donné.
La phase d’échauffement improvisé sera plus brève que la veille et très vite, on se laisse entraîner dans un tourbillon de musiques où les thèmes s’enchaînent, s’opposent, s’enchevêtrent. Bad Boys se déploie, soprano et piano intimement imbriqués avant de se déliter, de muer et de renaître à l’alto, flamboyant !
Peace devient un hymne à la fraternité et à l’amitié : mélodie réinventée par le duo comme un hommage à ceux qui meurent, si loin, on ne sait plus pour quelles causes.
C’est sur un des Children Songs de Chick Corea joué en toute limpidité au piano par Andy Emler que Thomas de Pourquery dira le texte de Pierre Desproges .
Cet intense dialogue très maîtrisé dans son improbable déroulement n’empêche pas des traits d’humour : carburant indispensable. Ainsi une désopilante imitation de Patrick Bruel à en faire chavirer un stade tout entier. Mais le cadre est intimiste et chaleureux et au rappel, comme la veille, c’est Nougaro qu’on invite.

Andy Emler et Thomas de Pourquery, le 20 janvier 2012 -  voir en grand cette image
Andy Emler et Thomas de Pourquery, le 20 janvier 2012
© CultureJazz.fr

Ces deux musiciens ont un grand cœur et un profond sens du partage.
Autour d’un verre, les discussions vont suivre, chaleureuses et amicales et le public repart avec le sourire.
Une résidence qui commence bien : c’est parti pour 3 ans sous les pommiers !










> Liens :


[1Festival de Coutances, Manche - www.jazzsouslespommiers.com