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Entretien au collège : Ambrose Akinmusire

Rencontre entre des collégiens lyonnais et le trompettiste.

D 14 avril 2012     H 18:56     A Yves Dorison    


« LS Jazz au collège » est fidèle au festival A Vaulx Jazz. Sont tombés dans son escarcelle Ambrose Akinmusire (ici) et Jason Moran (bientôt).

Propos recueillis par Fauve Minyem & Sophie Pham

Vaulx en Velin, vendredi 16 mars 2012

Quand vous étiez enfant, était-ce un rêve de devenir musicien de jazz ?
Uh, de quel âge parlez-vous ?

Eh bien, par exemple, à dix ans.
Non, quand j’avais dix ans je voulais travailler…. Un métier en rapport avec la science. J’étais toujours bon en maths. Ce n’est qu’après mon diplôme du lycée que je me suis rendu compte que je pourrais réellement être un musicien.

Ambrose Akinmusire -  voir en grand cette image
Ambrose Akinmusire
A Vaulx Jazz 0212

Et qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?
Ça s’est juste passé comme ça, vous savez, j’étais vraiment dans la musique, j’ai beaucoup pratiqué, obtenu le diplôme à l’université et j’ai rencontré quelques amis qui étaient cool.

Est-ce que vos parents jouaient d’un instrument ?
Non, aucun, je suis le seul musicien dans ma famille. J’ai ruiné mon père et ma mère. Mais ils m’ont forcé à jouer du piano quand j’avais quatre ans, et donc, cela fait longtemps que je joue.

Mais pourquoi la trompette ? Pourquoi pas un autre instrument, comme la batterie ou le saxophone ?
À l’école, à Oakland, ils vous incitent à sélectionner un instrument en 6ème… non en CM2. En CM2, j’ai choisi la batterie et je frappais sur le mur de ma mère ! Ainsi elle me disait : tu dois choisir un autre instrument. J’ai vu la trompette, ils m’ont laissé trois choix et alors je me suis dit que peut-être ça allait être facile. Et c‘est ce que j’ai choisi. Il n’y a aucune histoire particulière, je n’ai pas eu un rêve ou une vocation.

Comment vous sentez-vous quand vous êtes sur scène, à jouer de la trompette ?
Je ne ressens rien. Je me sens comme si je n’étais pas là. Genre, je sens quelque chose qui me traverse. Je me sens fatigué après, mais pendant que je suis sur scène, je ne sens vraiment rien.

Quel artiste vous a le plus inspiré ?
En ce moment ?

Oui, et quand vous étiez enfant.
Quand j’étais petit, j’écoutais beaucoup de gospel et aussi des gens comme Aretha Franklin et du blues comme Bobby Bland et B.B King. Comme ma mère vient du Mississippi et mon père du Niger, j’écoutais également beaucoup King Sunny Ade. Aujourd’hui, je veux dire depuis que je joue du jazz, il y a des gens comme Art Blakey, entre autres. Mais maintenant j’écoute plus des chanteurs. Il y a une belle chanteuse en Norvège qui s’appelle Hanna Hacklebird que j’écoute et aussi un chanteur en Espagne que j’aime vraiment.

Qu’avez-vous ressenti quand votre tout premier album est sorti ?
Je ne sais pas, c’était comme…. Je n’ai rien senti. J’ai senti quelque chose pendant que j’écrivais les morceaux et pendant que je les enregistrais mais quand l’album est sorti, je me suis dit : « ok c’est fait ». J’avais le sentiment d’avoir réussi quelque chose. Mais je ne suis pas une personne très expansive.

Avez-vous déjà travaillé avec un artiste que vous aimez ?
Voulez-vous dire un des artistes que je préfère ? Oui souvent. Quand j’étais à Los Angeles pour mes études, j’ai travaillé avec beaucoup de gens de la pop comme Christina Aguilera, et Herbie Hancock, et puis Wayne Shorter, des gens comme cela.

Comment avez-vous rencontré vos musiciens ?
C’est une bonne question. Justin et moi, le batteur, nous avons grandi à Oakland ensemble, je le connais depuis que j’ai 15 ans. Walter, je l’ai rencontré la première fois à l’université, c’était en 2000. Donc cela fait environ 11 ou 12 ans. Irish je l’ai rencontré à Los Angeles quand j’ai eu mon diplôme, il y a 7 ans. Sam était à l’école avec moi également, beaucoup de musiciens étaient à l’école avec moi.

Vous voyagez beaucoup ?
Oui.

Dans tous les pays où vous avez joué, lequel préférez-vous ?
La France.

La France, vraiment ?
Oui vraiment. Même si j’étais en Espagne, je dirais la France. Ces deux dernières années, ça été mon endroit préféré. J’ai joué avec un artiste, Michel Portal. C’est une légende ici depuis longtemps. On avait trois ou quatre jours de congés à Paris, et on s’est baladés. On est allé dans les musées, on a parlé à des gens. je me suis fait des amis ici. Le fait de traîner, d’apprendre des choses sur la culture, de voir des choses que je n’aurais pas vues si je n’avais pas eu un peu de temps libre, m’a permis cela. La France est devenue mon endroit préféré.

Avez-vous déjà joué à la Maison Blanche, comme Esperanza Spalding ?
Non, mais c’est une amie à moi.

Vraiment ?
Oui. Walter est allé à l’école avec elle. Justin joue avec elle de temps en temps.

Êtes-vous fan ?
J’ai entendu une de ses chansons, je trouve sa voix très belle et la manière dont elle joue est extraordinaire. Elle chante comme elle est en tant que personne. Elle est totalement positive, vraiment généreuse, c’est une belle personne.

Combien de temps vous faut-il pour enregistrer une chanson ?
Ça peut prendre cinq minutes ou ça peut prendre trois heures. Je pense que c’est le plus long que cela puisse me prendre, mais il y a des gens qui peuvent mettre deux ou trois jours pour enregistrer un seul morceau.

Parlez-vous français ?
Non, je ne parle pas français mais je comprends suffisamment pour être capable de trouver mon chemin. Mais non je ne parle pas français. Les Américains sont nuls en langues. Ici vous avez de la chance de parler plusieurs langues dans un endroit assez restreint. Nous avons juste l’espagnol du Mexique, c’est le seul pays proche. Et donc, la plupart des Américains parlent espagnol ou le comprennent, mais non, je ne parle pas français.

Est-ce que vous jouez d’un autre instrument à part la trompette ?
Je joue du piano, je compose principalement au piano.

Et un peu de la batterie.
Oui un peu.

Quel instrument préférez-vous ? Le piano ou la trompette ?
En fait je préfère le piano et si je pouvais jouer d’un autre instrument je choisirais le violoncelle. Parce que c’est tellement… C’est mon instrument préféré, tellement beau à regarder, tellement beau à écouter, c’est dans la tessiture de la voix humaine. C’est un instrument magnifique.

Il n’est jamais trop tard pour apprendre.
Je crois que si. Je vieillis, j’ai tellement de stress que je n’ai pas vraiment la patience de me lancer là dedans.

Quel était votre plus beau jour dans votre carrière.
Wow, je n’ai jamais réfléchi à ça. Mon plus beau jour dans ma carrière ? Je suis un grand admirateur de Joni Mitchell et un jour je l’ai rencontrée. Elle m’a entendu jouer et nous sommes devenus amis. Et c’est peut être le plus beau jour de ma carrière. Elle est venue il y a quelques mois à notre concert et elle est restée après, je crois que c’est le plus beau jour de ma vie dans ma carrière.

Le regard photographique de Christian Ducasse : Ambrose Akinmusire au festival Banlieues Bleues 2012, peu de temps après cet entretien...

Ambrose Akinmusire - Banlieues Bleues, 11 avril 2012 -  voir en grand cette image
Ambrose Akinmusire - Banlieues Bleues, 11 avril 2012
© Christian Ducasse
Ambrose Akinmusire et Walter Smith III - Banlieues Bleues, 11 avril 2012 -  voir en grand cette image
Ambrose Akinmusire et Walter Smith III - Banlieues Bleues, 11 avril 2012
© Christian Ducasse

> Ambrose Akinmusire Quintet lors de l’édition 2012 du festival Banlieues Bleues (93) vu par Christian Ducasse.

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