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ECM. Autour de Mark TURNER

Le saxophoniste, avec FLY et le quartet de Billy HART

D 19 avril 2012     H 16:28     A Thierry Giard    


Originaire de l’Ohio, le saxophoniste Mark Turner (né en 1965) est une personnalité très recherchée et remarquée dans le monde du jazz contemporain.
Sa silhouette longiligne et son apparente sérénité s’accordent parfaitement à la spécificité de son phrasé agile et sans violence. Mark Turner est associé depuis plusieurs années au contrebassiste Larry Grenadier et au batteur Jeff Ballard (la paire rythmique du trio de Brad Mehldau) pour constituer le trio Fly dont le premier album fut enregistré en 2004. Ce printemps paraît leur second album sur le label ECM, « Year of The Snake » qui fait suite à « Sky & Country » que nous avions salué en 2009 (OUI !).

Presque simultanément, le label munichois vient de publier le nouveau disque du batteur légendaire Billy Hart : « All Our Reasons ». On y retrouve Mark Turner, à croire que ce musicien est vraiment incontournable (ce dont nous ne doutons pas !).

Dans un disque comme dans l’autre, le saxophoniste est au mieux de sa forme. On en a presque oublié qu’il y a trois ans, il avait inquiété ses fans en se blessant sérieusement à la main. Après une rééducation de quelques mois, il remontait sur scène en pleine possession de ses moyens pour mieux affirmer sa personnalité nourrie des influences conjointes de Warne Marsh et John Coltrane, références qu’il aime à citer.

Nous allons nous arrêter sur ces nouveautés du label ECM qui présentent deux formidables formations qui rassemblent de fortes personnalités et rappellent l’excellence de deux batteurs, fers de lance de deux générations, Billy Hart et Jeff Ballard.


Billy HART : « All Our Reasons »

Billy HART : « All Our Reasons » -  voir en grand cette image
Billy HART : « All Our Reasons »
ECM / Universal Music France

Disons-le d’entrée de jeu : pour tous ceux qui ont suivi la vie du jazz des 40 dernières années, Billy Hart reste un batteur mythique. Comment ne pas se souvenir de son association avec les contrebassistes Cecil McBee ou Buster Williams pour constituer les rythmiques les plus prisées des années 75 à 90. Combien de disques mythiques sont marqués par sa présence ? De Shirley Horn à Chico Freeman, d’Herbie Hancock au quartet Quest, il a su faire le choix de l’exigence tout en diversifiant les contextes dans lesquels il a évolué.
Depuis les années 90, il s’est consacré essentiellement à l’enseignement, ce qui explique qu’il s’est fait plus rare sur scène comme sur disque. Raison de plus pour ouvrir bien grandes nos oreilles à l’écoute de ce premier album sous son nom pour le label de Manfred Eicher. Une nouvelle étape dans sa vie de musicien, à 71 ans.
Dans « All Our Reasons » , on retrouve un quartet très soudé puisqu’il a été constitué en 2003 (à l’origine, d’ailleurs, sous le nom de Mark Turner-Ethan Iverson quartet mais le batteur s’est imposé par sa réputation !). Leur premier disque a été enregistré en 2005 pour le label High Note.
En musicien et pédagogue d’expérience, Billy Hart a su fédérer les énergies et maintenir la cohésion de l’ensemble dans la durée.

Dans cette formation, on entend le saxophone de Mark Turner associé à l’excellent contrebassiste Ben Street et au pianiste Ethan Iverson, musicien de grand talent, pianiste subtil qui n’est pas « que » le clavier de The Bad Plus.
Le batteur est bien présent (qui s’en plaindra ?) en optant souvent pour un jeu rendu très mélodique par la rondeur laineuse des mailloches, ce quartet propose une vraie musique de groupe dans lequel les voix s’équilibrent. Les compositions originales restent bien ancrées dans les fondements du jazz moderne pour mieux suivre son propre chemin. Le répertoire offre une vraie diversité de climats, sans extravagances mais non sans imagination ni humour (le joli final de Imke’s March et ses joyeux sifflets). Les références aux grands du jazz sont nombreuses comme dans Ohnedaruth qu’Ethan Iverson a composé sur le « calque » de Giant Steps (de Coltrane). Plus loin, le pianiste rend hommage à Paul Bley (Nostalgia for the Impossible) et les uns et les autres s’adonnent au jeu de la citation de manière discrète et subtile.

Un bel exemple de respect des formes et des structures pour construire un paysage sonore singulier, rassurant et stimulant. Un régal !


FLY : « Year Of The Snake »

FLY : « Year Of The Snake » -  voir en grand cette image
FLY : « Year Of The Snake »
ECM / Universal Music France

La musique du trio Fly est aérienne et libre comme le vol d’un oiseau mais cette maîtrise du jeu à trois relève d’un haut niveau d’expertise et d’une complicité venue de longues années de travail en commun.
En privilégiant le jeu collectif serré, sans soutien harmonique, ils effacent toute notion de soliste. Chacun joue son rôle et contrôle son cheminement sans se démarquer des deux autres.
Certains trouveront peut-être que cette musique est complexe et manque de contrastes mais ce choix est assumé et il faut accepter (sans difficulté) de centrer son écoute sur les interactions et la multitude de formes qui organisent le parcours auquel nous convie ce trio exemplaire.
Mark Turner reste parfaitement maître de ses options esthétiques, tissant un discours agile et acrobatique entre les jalons posés par ses deux complices.
Larry Grenadier impressionne, lui, par une exploitation très virtuose des possibilités de sa contrebasse, passant d’un jeu pizzicato ferme, solide, implacable, à des arabesques à l’archet qui contribuent à ouvrir les espaces du trio.
Jeff Ballard joue tout en finesse. S’il peut maintenir un tempo sans failles, dans la tradition (Salt and Pepper), il apporte une dimension rythmique et mélodique très personnelle dans son rôle d’improvisateur.

« Year Of The Snake » alterne les compositions personnelles de chacun des membres du trio avec des moments de création plus spontanés (quatre des cinq interludes) qui jalonnent ce disque.

Après « Sky and Country », ces trois remarquables musiciens originaires du grand ouest américain poursuivent leur vol au dessus des grands espaces du jazz libre et inventif. Un cheminement que Larry Grenadier caractérise ainsi : « Il s’agit d’un paysage avec des espaces ouverts, des couleurs étonnantes, et toutes les variétés possibles de panoramas : le désert, les montagnes, l’océan. Nous ne pouvons pas nous empêcher d’être influencés par tout cela dans notre musique. Nous espérons que l’auditeur la comprendra ainsi. C’est un peu l’idée de « l’Ouest sauvage » où les règles n’ont pas encore été écrites, tout est possible, et les gens y vont pour se réinventer. »

Un sens particulier de la liberté assumée et maîtrisée, sans éclats et sans fureur.
Une sorte d’harmonie rêvée ?

> Billy HART  : « All Our Reasons » - ECM 2786631 (2248) - distribution Universal Music France (paru le 26/03/2012)

Billy Hart : batterie / Ethan Iverson : piano / Mark Turner : saxophone ténor / Ben Street : contrebasse ECM

01. Song for balkis / 02. Ohnedaruth (based on Giant Steps) / 03. Toli’s dance / 04. Nostalgia For The Impossible / 05. Nigeria / 06. Duchess / 07. Wasteland / 08. Old wood / 09. Imke’s March

> Liens :

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> FLY : « Year of the snake » - ECM 2776644 (2235) - distribution Universal Music France (paru le 02/04/2012)

Mark Turner : saxophone ténor / Larry Grenadier : contrebasse / Jeff Ballard : batterie

01. Interlude 1 / 02. Festival Tune / 03. Interlude 2 / 04. Brothersister / 05. Diorite / 06. Kingston / 07. Salt and pepper / 08. Interlude 3 / 08. Benj / 10. Year of the snake / 11. Interlude 4 / 12. Interlude 5

> Liens :

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