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Émile PARISIEN QUARTET : « Chien Guêpe »

Une bonne pincée de grain de folie.

D 31 mai 2012     H 06:43     A Michel Delorme    


Chien fou en tout cas.
La folie en matière d’art est un mal ultra-salutaire.
Sans folie, le jazz ne nous aurait pas donné Charlie Parker et Django Reinhardt.
Sans folie, l’art est sans vraie grandeur. C’est ce qui différencie Charles Mingus de Claude Bolling.
Et ce nouvel enregistrement de l’Émile Parisien Quartet possède une bonne pincée de grain de folie. C’est le disque de l’aboutissement, pour le moment, de la liberté/surveillée, de l’envol d’un musicien, de musiciens, vers des sommets de créativité . C’est si rare de nos jours.

Émile Parisien Quartet : « Chien Guêpe » -  voir en grand cette image
Émile Parisien Quartet : « Chien Guêpe »
Laborie-Jazz / Abeille Musique
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

Le texte de présentation du livret inclus dans le somptueux digipack est une merveille de clairvoyance que l’on doit à Damien Bertrand. Mais pour le lire il vous faudra déflorer la cellophane protectrice, ce que je vous déconseille fortement de faire chez le marchand, qui le verrait d’un très mauvais œil. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire !

Pour ma part, je vais essayer de vous livrer mes impressions au fil de l’écoute, façon autopsie du chien.

DIEU M’A BROSSÉ LES DENTS. ( Il a vraiment rien à foutre, comme d’hab, déjà que la Syrie il s’en branle). Composition de Sylvain Darrifourcq. Tout commence par le tintement lointain d’un monastère imaginaire, puis on plane dans le silent way d’un sanctuary avant que le tintement ne cède la place à un piano solennel et sombre. Un beau thème anguleux à la Dolphy émerge et le saxophone TÉNOR d’Emile entre sur le martellement du piano de Julien Touéry. Une bribe d’un autre thème précède un ésotérisme vaporeux de la basse d’Ivan Gélugne et de la batterie de Sylvain. Le saxophone revient et enfle jusqu’à la transe d’un climax que le grondement de la rythmique élève au degré du cratère d’un volcan éjaculant sa lave. On se prend à penser au solo, pourtant d’alto, de Pharoah Sanders dans « Aum » ,du sublime album « Tauhid ». Le grondement est alors celui de la guitare de Sonny Sharrock... Et comme Sanders apaise la tension en lyrisant une des plus belles compositions de toute l’histoire de la musique, « Venus », nos quatre frenchissimes retournent à la sérénité sur une minuterie d’où fleurit une menaçante litanie, quelque chose comme le croisement diabolique du Dies Irae et de la relecture de Frère Jacques par Gustav Mahler dans sa symphonie numéro I, « Titan ». On s’éloigne définitivement sur des notes de piano sans véritable fin.

CHOCOLAT – CITRON. Composition d’Émile Parisien. Thème escarpé style « Salt peanuts » et pépiement du soprano. Solo de piano plus free tu peux pas, batterie émancipée mais le tempo est bien marqué quand même, soprano puis solo de basse à l’archet très sombre sur ponctuations de piano caverneux, bribe de thème atmosphère, atmosphère, et voilà que le pépiement se mue en conciliabule de gallinacées, genre poulailler en folie sur picorement persistant de basse, saisissant ! Le soprano commence alors son envolée, une tirade que ne renierait pas Wayne Shorter, et le swing de la rythmique est alors à son maximum.

BONJOUR CRÉPI. Composition de Julien Touéry. Thème prétexte, solo de piano très be bop qui va en se ceciltaylorisant, le soprano se lance dans un discours volubile qui tourne à la diatribe. Énorme !

CHAUVE ET COURTOIS. Deuxième composition de Sylvain, je n’ose risquer une astuce facile sur le titre. Un grand quasi-silence d’une minute entière précède des bruissements métalliques et une sublime ligne de basse à la mélodie lancinante. Émile revient à un ténor très maîtrisé.

Autopsie réalisée avec succès, on peut refermer le chien.
Tous les titres sont comme à l’habitude d’un ésotérisme assumé et les dessins de la pochette dus à Thomas Perrodin ne font qu’enfoncer le clou. Bestiaire montrant chien, guêpe, chats, canard, plus des scènes de plage, un brosse et des dents animées dont l’une a perdu un bras ! Total délire, que c’est bon... Les photos de Framboise Esteban mettent en scène les quatre musiciens, j’allais écrire musichiens, en tenue de sport ( !!!??? ). En judoka , en rugbyman, en coureur à pied ( ? ) et en randoramoneur. Folie, je vous disais...
Quoi, ce CD ne dépasse guère les 39 minutes, un vrai vinyl Impulse ! Et alors ?
J’écoutais tout récemment les deux derniers albums d’un pianiste français : 48 et 54 minutes. Pour dire quoi ?

Les membres du Quartet d’Émile Parisien nous font partager un grand moment de folie créatrice. Qu’ils en soient remerciés.
Je terminerai en vous recommandant d’aller sur CultureJazz voir le portrait de Sylvain par Edouard Hubert.


> Émile PARISIEN QUARTET : « Chien Guêpe » - Laborie Jazz LJ15 - distribution Abeille Musique.

Émile Parisien : saxophones soprano et ténor / Julien Touéry : piano, piano préparé, bordel (!) / Ivan Gélugne : contrebasse / Sylvain Darrifourcq : batterie, percussions, cithare

01. Dieu m’a brossé les dents / 02. Chocolat Citron / 03. Bonjour Crépi / 04. Chauve et Courtois
Enregistré au Studio Laborie à Solignac (87) par Philippe Abadie.


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