« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Sur scène » Sur scène en 2012 » Retour sur... Sylvain Kassap Trio

Retour sur... Sylvain Kassap Trio

« The world is too small for walls » à l’Atelier du Plateau.

D 24 juin 2012     H 21:30     A Armel Bloch    


Sylvain Kassap est un habitué de l’Atelier du Plateau. Ses clarinettes ont déjà beaucoup raisonné au cœur des grands murs de cet endroit ouvert aux créations musicales et aux rencontres improvisées, sur le haut des Buttes Chaumont. Les habitués se souviennent de ses prestations marquantes en trios improvisés (avec Claude Tchamitchian et Patricio Villaroel, Didier Levallet et Gunter « Baby » Sommer), en duo avec Hélène Breschand ou avec son quartet l’an dernier.
Kassap n’a jamais tourné le dos au jazz traditionnel mais depuis plusieurs années, il enrichit son expérience d’improvisateur par l’apport des musiques occidentales, du free jazz et de la musique contemporaine, notamment au sein de l’ensemble Laborintus dont il est un membre très actif.

Page d'accueil du site de Sylvain Kassap.

On pourrait se dire : « que va t’on entendre de plus ou de différent dans la musique de ce grand clarinettiste ? ». Nous retrouvons dans le trio « The world is too small for walls » entendu le 28 mars dernier beaucoup de différences et de nouveautés par rapport au passé musical de Kassap, dans lequel nous n’avons d’ailleurs jamais constaté de répit ou de lassitude, ce qui n’est pas toujours une évidence pour les musiciens qui ont émergé dans les années 80 et qui continuent à être actifs.
L’originalité se reconnait déjà sur le concept même du projet : trois improvisateurs se rejoignent pour jouer sur les projections des photographies d’Alexandra Novosseloff. Il ne s’agit donc pas d’un projet musical à part entière.
Les photographies choisies ne montrent pas des paysage découverts lors de voyages mais des murs frontières qui symbolisent l’enfermement, la résistance... On observe les murs d’Irlande du Nord, du Sahara Occidental, de Chypre ou de Melilla, ceux qui séparent les USA du Mexique, l’Inde du Pakistan, les deux Corées, celui qui se bâtit en Israël. On reconnait des barricades, séparations, ruptures, graffitis, barbelés, logos d’interdiction, avec des effets de zoom, glissements d’une photo à l’autre, retours en arrière. Ce genre de sujet n’est pas idéalement utilisé comme support photographique pour les improvisateurs.

Le clarinettiste ajoute à cette distinction un autre point peu commun : celui du pari risqué d’inviter à chaque concert de nouveaux musiciens, avec lesquels il n’a parfois jamais joué, sans conserver de schéma instrumental standard et identique. Il s’entoure pour l’occasion de la chanteuse contemporaine Emilie Lesbros (dont le récent disque « Attraction terrestre » en solo la révèle parmi les plus intéressantes du moment) et du batteur Sylvain Darrifourcq (entendu dans le quartet du saxophoniste Émile Parisien et le trio Q). Il ne tombe pas dans le piège d’une écriture illustrative : les improvisations sont dévoilées en temps réel en fonction des images qui défilent sous nos yeux. Autre nouveauté : l’utilisation en direct des effets de recording grâce à la magie des outils électroniques.
Ce projet est une invitation à l’exploration d’un environnement sonore peu entendu chez Kassap, rendu possible par les multiples effets que les trois improvisateurs apportent pour enrichir leur langage sur leur instrument de base : basse électrique et cymbales frottées à l’archet, onomatopées variées, objets électroniques mis au contact des peaux et cymbales pour donner un son continu qui sert de trame sonore d’accompagnement, une clarinette séparée en deux pour créer deux voix distinctes...

Beaucoup de choses semblent possibles dans cette rencontre improvisée de haut vol, qui nous satisfait aussi bien par la qualité de la musique engagée des trois complices qui se révoltent et s’interrogent, que par les photos riches d’expressions et de couleurs. Ce projet nous incite à réfléchir sur notre monde qui semble de plus en plus cloisonné par des murs, réels ou virtuels, quelque soit le sujet : géographique, social, économique...

Une vraie nouveauté dans l’univers de Sylvain Kassap, qui serait tout autre sans le choix raisonné qu’il fait d’inviter à chaque représentation de nouveaux improvisateurs pour donner à la musique tout son côté inédit.


> Liens sites internet :

> Liens audios d’un émission de radio consacrée à Sylvain Kassap dans le cadre de la thématique « Les figures marquantes du jazz français des années 70 à 90 » réalisée par Armel Bloch pour radionevers.fr :

Plus d’infos sur :

  • jazzfan.e-monsite.com/pages/emissions-de-radio/

> D’autres concerts en Île de France et ailleurs dans l’Hexagone ? Consultez l’agenda de CultureJazz.fr