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Retour sur...Jean-Marie Machado « Lagrima latina »

J-M Machado & Danzas « Lagrima latina » au Perreux sur Marne (mars 2012)

D 10 juin 2012     H 08:26     A Armel Bloch    


Le 13 mars 2012, le pianiste, compositeur Jean-Marie Machado présentait « Lagrina Latina », nouveau projet de son orchestre Danzas au Perreux-sur-Marne.
Nous revenons sur un concert qui s’est déroulé il y a quelques temps mais avec un programme toujours d’actualité !

Les amateurs de grandes formations françaises connaissent l’univers de l’orchestre Danzas du compositeur Jean-Marie Machado, réputé pour son écriture élaborée, son instrumentation simple hors des clichés big band, qui offre des ressources infinies propices au brassage stylistique et ses thématiques singulières qui ont éveillé les oreilles des plus curieux depuis 2008 : des variations imaginaires de musiques de danses d’inspiration traditionnelle (Fiesta Nocturna), les chansons de Boby Lapointe (La fête à Boby) chantées par l’excellent André Minvielle. Les grands connaisseurs savent aussi que le pianiste a des origines méditerranéennes très affirmées : il est né au Maroc, d’une mère italienne et espagnole, d’un père portugais. Il s’est illustré depuis plus de vingt ans par un parcours à la croisée des musiques classiques, jazz et traditionnelles. Jean-Marie Machado affirmait dans une interview publiée sur CultureJazz.fr en février 2010 être un musicien hors cadre, devant rester libre et soucieux de créer de nouveaux répertoires en suivant une continuité entre les projets et une intuition personnelle : celle de la rencontre de musiciens d’horizons différents.

Jean-Marie Machado -  voir en grand cette image
Jean-Marie Machado
Photo © Christian Ducasse

Il n’y a donc rien d’étonnant de constater que le troisième programme « Lagrima Latina » de l’orchestre Danzas, présenté le 13 mars dernier au Centre des Bords de Marne au Perreux sur Marne, rassemble tous ces constats. Machado trouve cette-fois ci comme prétexte d’écriture l’utilisation des voix et des langues de femmes de la Méditerranée - inspiration inédite dans le registre des grandes formations françaises - qui ont bercé son enfance et nourrit son goût pour les métissages. Pour l’occasion, il bénéficie des textes du poète et interprète galicéen Antonio Placer (avec lequel il signe récemment le disque Republicalma) et de trois voix de femmes bien distinctes : la française Claudia Solal, une habituée du jazz d’aujourd’hui, l’italienne sarde Simonetta Soro, qui chante aussi bien de la musique ancienne que traditionnelle et la portugaise Sofia Ribeiro, adepte du fado et du jazz.
Machado intègre en plus de son effectif habituel la violoniste altiste et bretonne Cécile Grenier et le percussionniste macédonien Stracho Temelkovski qui apporte des couleurs très orientales et andalouses. Il utilise de façon raisonnée la complémentarité des couleurs et timbres naturels de chaque instrument pour créer une musique élégante, où la voix et le reste de l’orchestre constituent un élément musical à part entière d’un point de vue du son global.

Jean-Marie Machado & l'orchestre Danzas : « Fiesta nocturna » -  voir en grand cette image
Jean-Marie Machado & l’orchestre Danzas : « Fiesta nocturna »
© K.Morisset

Chacun trouve sa place, grâce à une écriture précise qui laisse de l’espace à des improvisations dans lesquelles les solistes évoluent et mettent en valeur leur personnalité musicale sans imposer leur spécialité stylistique. On apprécie les phrasés et sons particulièrement soignés des soufflants François Thuillier (tubiste habitué à servir avec élégance la musique du compositeur), Jean-Charles Richard (saxophoniste surdoué de plus en plus demandé sur la scène française), Jocelin Mienniel (flûtiste incontournable de l’ONJ actuel et du récent quintet Les âmes papillons du pianiste) et Claus Stötter (brillant trompettiste allemand trop peu vu sur les scènes françaises depuis sa présence dans une version de l’ONJ du début des années 90).
Il en résulte un melting pot de styles et de genres musicaux différents, sans passer par le jeu facilement perceptible de l’emprunt. On reconnaît des phrases chantées alternativement ou ensembles en français, italien, espagnol, portugais et parfois breton [1] (une marque de culture que Machado avait déjà exploré dans son programme Chants de la mémoire avec le septet Vibracordes). La sonorité émouvante des mots se ressent dans chaque thème : nous déduisons que le pianiste est un poète passeur de sons et d’intuitions musicales latines, qui éveille notre curiosité et surtout notre plaisir.

Lagrima latina prouve une fois de plus l’orientation artistique que le compositeur a toujours su défendre : celle de croiser avec expertise et succès différentes cultures connues et distinctes pour créer une signature musicale très personnelle, appréciable, marquante, riche et nouvelle parmi toutes les musiques qu’il est commun d’entendre de nos jours.

Musiciens : Jean-Marie Machado (piano, compositions), Didier Ithurssary (accordéon), Jean-Charles Richard (saxophones soprano et baryton), Joce Mienniel (flûtes), François Thuillier (tuba), Claus Stötter (bugle et trompette), Cécile Grenier (alto), Stracho Temelkovski (percussions orientales, mandole), Antonio Placer (livret poétique), Simonetta Soro (voix sarde), Claudia Solal (voix française), Sofia Ribeiro (voix portugaise).


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  • Jean-Marie Machado

[1en galicéen précisément. NDLR