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Comme une section de trompettes

Parade cuivrée à Paris en été.

D 26 juillet 2012     H 08:39     A Philippe Paschel    


Cet été, Paris est un festival de jazz. Ainsi en une semaine de juillet,
quatre trompettistes intéressants se sont présentés dans divers lieux.

Il y eut d’abord Raynald Colom (Vincennes 1978), invité du trio du
pianiste Aruan Ortiz. Ce dernier est présenté comme cubain, ainsi que le
batteur, mais la musique était bien du jazz américain, sophistiqué, une sorte de free-jazz apaisé ; un solo de piano évoquait le style de Cecil Taylor, un déluge de
notes, mais sans la violence des clusters. Le trompettiste, la trentaine, bajoues gonflées comme celles de Dizzy Gillepsie en fin de carrière, utilise les possibilités de la trompette (coups de langue, pistons mi-enfoncés, sautes d’octaves) pour agrémenter de longs solos bien construits. Il est très bien intégré au groupe dont la musique souigne et est originale (l’exposition étonnante d’un thème de Monk).

Ambrose Akinmusire - Sunside, 18 juillet 2012
Ambrose Akinmusire - Sunside, 18 juillet 2012
© Philippe Paschel

Ambrose Akinmusire (Oakland, Californie,1982) est un musicien formidable
d’une technique complète qu’il met au service de l’expression musicale. Pas d’esbroufe, mais une recherche constante, par la variété des sonorités, des attaques, des effets. C’est un virtuose qui met son savoir au service de ce qu’il veut dire, de ce qu’il essaye de dire.
Il ne s’agissait pas d’une musique de bilan -présentation de disque-,
mais une exploration de nouveaux chemins pour atteindre à l’émotion. La
musique est belle et violente, harassante pour l’auditeur qui essaie de suivre les idées qui fusent sans cesse -le musicien lui même n’était pas fatigué à l’issue des deux sets où il avait été le principal soliste. Le groupe est très soudé, ils s’amusent. Le pianiste ne se contente pas de donner un soubassement harmonique, il joue comme un soliste tout au long de la soirée.
Deux bémols : la batterie placée dans un coin est parfois trop sonore -mais la disposition des lieux l’impose- et le contrebassiste n’est pas très juste avec l’archet.
Cette musique diffuse une énergie extraordinaire, qui m’a littéralement
empêché de dormir. A.A. cherche, trouve, exploite, et cherche de nouveau. C’est une musique qui avance. Aussi bien le disque “When the heart emerges glistening” (Blue Note), un peu trop impeccable, que le concert de La Courneuve (11/04/2012) ne montraient cette force. A.A. dit que le Sunside lui rappelait la Jazz Gallery de NYC où les musiciens peuvent expérimenter. C’est ce qu’ils firent cette nuit là.

Wynton Marsalis (Nouvelle Orleans 1961) est une star modeste, il joue
dans le pupitre de trompette du Lincoln Center Jazz Orchestra, mais c’est lui qui s’adjuge le premier solo. L’orchestre est impeccable, mêmes costumes, mêmes chaussures, mêmes cravates pour la premier ligne et la troisième et une autre cravate pour la deuxième ligne (trombones et bassiste), seul le batteur est en manches de chemise et porte bretelles ; il n’est d’ailleurs pas très bon.
Le public est celui habituel de la salle, le même que pour Tony Bennett (6/07/2012), prompt à taper des mains, et exprime son enthousiasme par des hurlements.
En première partie, il y eut une belle musique de bal, bien jouée, avec même un morceau “typique” écrit par le contrebassiste. Dans la deuxième partie, un des bons moments fut le passage de Gregory Porter, qui chanta trois morceaux dont deux blues “Red Wagon” et “Going to Chicago”, ce dernier avec un accompagnement d’orchestre très “Last of the Blue Devils”. W.M. fit un long solo à la sourdine plunger, qu’il manie avec subtilité et variété, et joua un rappel en quartet. L’orchestre, qui s’était dispersé, revint jouer un dernier morceau. C’est une musique bien policée, sans aspérités, avec quelques anciennes audaces harmoniques dans les exposés de thèmes, agrémentée de solos de divers musiciens comme Victor Goines (sax. soprano) ou Joe Temperley (sax. baryton).

Christian Scott Atunde Adjuah (Nouvelle Orleans 1983) se la joue star,
carte de viste sur chaque siège avec sa photo ; il quitte la scène le set fini, sans saluer. Mais c’est quand même un garçon qui aime parler, dans une langue très populaire, pour nous expliquer l’origine de tous ses thèmes, qui évoquent les errements de sa vie ou des gens qui l’entourent : arrestation par un policier raciste, fusillade contre des gens qui voulaient de réfugier sur la hauteur de Algiers après le cyclone Katrina. Malheureusement la musique n’est pas à la hauteur du discours. C.S. a un son aigre de mariachi, il ne joue que des phrases
très brèves, des éructations à plein poumon. Tout est très répétitif. Il y a du volume sonore électronique et naturel, mais cette musique reste sur place.

  • Sunside, samedi 14 juillet 2012 : Aruan Ortíz (p), Bruno Schorp (b), Lukmil Pérez (dms), Raynald Colom (tp).
  • Sunside, mercredi 18 juillet 2012 : Ambrose Akinmusire (tp), Walter Smith III (ts), Sam Harris (p), Harish Raghavan (b), Justin Brown (dms)
  • Olympia, jeudi 19 juillet 2012 : Lincoln Jazz Orchestra dir. Wynton Marsalis + Gregory Porter.
    Trompettes : W. M., Ryan Kysor, Kenny Rampton, Marcus Printup.
    Saxes : Joe Temperly, Walter Blanding, Sherman Irby, Ted Nash, Victor Goines.
    Trombones : Vincent Gardner, Chris Crenshaw, Elliott Mason. Dan Nimmer (p), Carlos Henriquez (b), Ali Jackson (dms).
  • New Morning, samedi 21 juillet 2012 : Christian Scott aTunde Adjuah (tp), Matthew Stevens (gu), Kristoph Keith Funn (b), Jamire Williams (dms).

> Liens :

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