« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2012 » Sébastien Bonniau Trio : « Infundibuliforme »

Sébastien Bonniau Trio : « Infundibuliforme »

Un nouveau talent du vibraphone en France.

D 31 juillet 2012     H 07:42     A Armel Bloch    


Le vibraphone a su imposer sa place dans le jazz, sans doute par le succès de quelques figures marquantes du jazz de la scène internationale, telles que Lionel Hampton, Mike Manieri, Dave Samuels, Malatu Astakte, Milt Jackson, Gary Burton, David Friedman... mais aussi par l’adaptation personnelle qu’en ont fait ces grands maîtres des percussions-claviers sur le plan harmonique, mélodique, rythmique et parfois sonore. La scène française a su aussi défendre son créneau en modernisant l’instrument et en diversifiant les styles (musiques improvisées, électroniques, afro-beat, jazz acoustique ou électrique) avec Franck Tortiller, Norbert Lucarain, David Patrois, Alex Grillot, Philippe Macé, Vincent Limousin, David Neerman...

Sébastien BONNIAU Trio : « Infundibuliforme » -  voir en grand cette image
Sébastien BONNIAU Trio : « Infundibuliforme »
Wide Sound / www.widesound.it
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

Depuis quelques années, on ne cesse de voir en France de nouveaux talents du vibraphone : Benjamin Flament (qui n’hésite pas à déformer le son naturel du vibraphone pour emmener l’auditeur vers d’autres univers sonores souvent inconnus dans Metal-O-Phone, Radiation 10, Magnetic Ensemble), Stefan Caracci (membre actif des groupes collectifs Rétroviseur, Big Four, du Tentet d’Hervé Sellin), Benoît Lavollée (pilier incontournable du trio Lavollée/Dubreuil/Larmignat et du quintet Zoot), Tom Gareil, musicien à l’expérimentation indépendante de sonorités vibrantes (orchestre Le sens de la marche de Marc Ducret, groupes Fonetik et Mécanos Sonores du label Rude Awakening), la très belle découverte de Renaud Detruit au festival Orléans Jazz 2012 qui électrifie son vibraphone dans le Synaptic Project et de Benoît Alziary, teneur de mailloches aux côtés de Christian Vander dans Magma, récemment entendu lors d’un excellent concert à l’Atelier du Plateau avec le sextet d’Antonin Leymarie.
La sortie du disque « Infundibuliforme » nous fait reconnaître que Sébastien Bonniau (ancien membre du trio Dulabo) fait partie de cette équipe de jeunes vibraphonistes français surdoués, affirmant son propre style, proche de celui de Franck Tortiller dans les années 90 ou de Mike Manieri au sein du groupe Steps Ahead, sur le plan sonore et mélodique.

Il fait le choix d’une rythmique assez électrique (basse-batterie), tel un power trio, totalement en adéquation avec le son profond choisi pour son vibraphone, insuffisamment entendu de nos jours, parce que soit très électrifié au point de ne plus reconnaître le son brut de l’instrument ou totalement acoustique très proche du son d’origine. Sébastien Bonniau dévoile un son massif intermédiaire sans faire abstraction de la teinte sonore naturelle du vibraphone. La première composition « Les loups ne se mangent pas entre eux » annonce bel et bien la couleur avec un son continu et relativement amplifié.
« Outback » nous donne l’occasion d’apprécier le jeu original du guitariste Pierrejean Gaucher, invité sur ce thème dans un contexte différent de son jazz rock qui lui va si bien. Il ne déroge cependant pas à ce style dans « Red » qui conclut le disque.
On apprécie le jeu de batterie polyrythmique d’Attilio Terlizzi et les multiples contrepoints du bassiste Guillaume Antonicelli.

On découvre dans ce disque une musique pleine de sens, généreuse, captivante, aux accents groove et jazz rock (notamment dans Infundibuliforme), aux mélodies chaleureuses et aux improvisations menées à bout avec excellence, parfois teintées de mélancolie et d’émotion (« Outback », « Lande »), respectueuse de ce qu’ont pu offrir Franck Zappa et Robert Fripp dans les deux hommages qui leur sont rendus.

Ce trio soudé, complice de longue date, s’est donné le temps de construire les choses avec intelligence, sans être précipité par l’obligation d’enregistrer un album pour se faire connaître.
Il en résulte une musique très mature, d’une grande cohérence, dynamique et énergique, qui alterne les humeurs et les couleurs au fil des thèmes, festive et enthousiaste (reconnaissable sur les titres « Invective Designophone » et « Le café est notre ami »), parfois dansante dans « Mutante », où l’on découvre le joueur de marimba Jean-Luc Rimey-Meille et le guitariste Frédéric Balsarin.

Sébastien Bonniau frappe très fort avec ce premier disque : son talent et sa réussite sont bien là. On ne peut souhaiter à ce groupe plus qu’une chose : combler de plaisir le maximum d’auditeurs à l’écoute de ce magnifique album et lors des prochains concerts.


> Sébastien BONNIAU Trio : « Infundibuliforme » - Wide Sound WD193 - disponible sur www.widesound.it/Sebastien-Bonniau-Trio

Sébastien Bonniau : vibraphone, compositions sauf 4, 6 et 9 / Guillaume Antonicelli : basse / Attilio Terlizi : batterie // Invités : Pierrejean Gaucher : guitare électrique / Frédéric Balsarin : guitare électrique / Jean-Luc Rimey-Meille : marimba / Nicolas Casanova : cor

01. Les Loups Ne Se Mangent Pas Entre Eux / 02. Invective Designophone / 03. Outback / 04. Mutante (Rimey-Meille) / 05. Infundibuliforme / 06. Echidna’s Art Of You/Don’t You Ever Wash That Thing (Zappa) / 07. Lande / 08. Le Café Est Notre Ami / 09. Red (Fripp)


> Liens :

Dans la même rubrique

26 décembre 2012 – Petit voyage en Suisse

18 décembre 2012 – La vitrine de décembre 2012 : 9 disques.

13 décembre 2012 – [retour sur...] Jérôme SABBAGH : « Plugged in »

6 décembre 2012 – [Disques] Les ÉTOILES de l’année 2012.

6 décembre 2012 – [retour sur...] Anne PACEO : Yôkaï