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Alexandra GRIMAL – Lee KONITZ – Gary PEACOCK – Paul MOTIAN : « Owls Talk »

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D 3 septembre 2012     H 05:14     A Edouard Hubert    


La pochette du disque nous plonge d’emblée dans le propos : le nom d’Alexandra Grimal traverse ceux de ces maîtres du jazz américain que sont Paul Motian, Gary Peacock et Lee Konitz. Entendons : les époques se télescopent et s’interpénètrent, entraînant la musique à faire de même. Et cela sur le flou du titre Owls Talk, une conversation d’oiseaux de nuit, nébuleuse et vaporeuse, au sein de laquelle sont entonnés les chants d’une rencontre intemporelle.

Alexandra GRIMAL – Lee KONITZ – Gary PEACOCK – Paul MOTIAN : « Owls Talk » -  voir en grand cette image
Alexandra GRIMAL – Lee KONITZ – Gary PEACOCK – Paul MOTIAN : « Owls Talk »
Aparté records / Harmonia Mundi

Cette rencontre, c’est la jeune saxophoniste française, alors en formation à New York, qui est allée la provoquer il y a presque trois ans. Quand trois bonhommes de cette taille répondent présents à ce type d’invitation improvisée, cela dépasse la simple aubaine ou le culot, mais révèle plutôt un projet riche en prises de risque (et donc taillé sur-mesure) par une musicienne dont le talent ne faisait aucun doute, déjà à l’époque, aux oreilles les plus aiguisées.

Et c’est bien de conversations qu’il s’agit ici. Malgré les géométries variables que peut prendre l’ensemble (du solo au quartette) cette éphémère formation s’inscrit complètement dans cette dimension du jazz qui consiste à affirmer que cette musique est avant tout conversationnelle. On a alors le droit à divers historiettes « multi-contées » et des colorations collectives toujours dans le ton du récit (on pense notamment aux trois duos de Grimal avec la contrebasse tout en grâce de Peacock). Konitz confirme ici sa nouvelle manière de liberté contrôlée, apportant tout à la fois son sens explicite du swing et une volonté de modernité (on peut même entendre des échos paradoxalement ornettecolemaniens dans sa composition Blows II).

Au sein des tissages narratifs proposés, la poétique dégagée est tout en souplesse et légèreté (ce qui n’empêche en rien les moments de tension) : on y entend constamment le fil ténu du swing ininterrompu dans le silence. Un « style » d’ailleurs à l’image du son de Grimal, ce son plein et mat, cette plénitude sonore qui donne à entendre le silence quand retentit l’instrument et qui, quand elle retourne dans le silence, continue la musique. Une musique spatiale donc, une musique de l’air. Et Grimal troque volontiers le ténor pour le soprano (qu’elle utilise sur la majeure partie du disque), certainement plus aérien, indubitablement plus volatile.

Outre la mise en valeur des couleurs sonores de cette rencontre, la récente remasterisation de l’album au studio La Buissonne permet également de prolonger l’œuvre de Paul Motian, disparu moins de deux ans après cet enregistrement. Une autre raison de dire que ce disque est d’ores et déjà entré dans l’histoire.


> Alexandra GRIMAL – Lee KONITZ – Gary PEACOCK – Paul MOTIAN : « Owls Talk » - Aparté records AP037 - distribution Harmonia Mundi

Alexandra Grimal : saxophones ténor et soprano / Lee Konitz : saxophone alto / Gary Peacock : contrebasse / Paul Motian : batterie

01. Awake (Grimal) / 02. Horus (Peacock) / 03. Breathing Through (Grimal-Peacock) / 04. If This Then (Peacock) / 05. Owls Talk (Grimal-Konitz-Motian) / 06. Petit Matin (Peacock-Grimal)-Envol (Grimal) / 07. Moor (Peacock) / 08. Melodie pour Joao (Grimal) / 09. Blows II (Konitz) / 10. December Green Wings (Peacock) / 11. A.H. (Grimal) / 12. Dance (Motian) / 13. Awake (Grimal) / 14. Indicible (Grimal-Peacock) / 15. Eclipse (Grimal) // Enregistré à New-York les 15 et 16 décembre 2009


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