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Festival « Au Sud du Nord » dans l’Essonne.

Une 16ème édition triomphante...

D 9 octobre 2012     H 07:36     A Armel Bloch    


Le festival Au Sud du Nord dirigé par le contrebassiste Philippe Laccarrière s’est achevé le 30 septembre dernier, après trois semaines de concerts dans plus de vingt communes de l’Essonne.
À l’affiche : une programmation qui faisait cette année la part belle à la voix. Parmi les belles découvertes, celles de Sandrine Conry dans le trio Adrian Clarck qui flirte avec les musiques soul, jazz, pop, gospel et funk, Valérie Bélinga & Rio Dos Camaroes dans un répertoire qui illustre à merveille les musiques caribéenne, péruvienne et sud-africaine, la voix joyeuse et généreuse de Deborah Tanguy en duo avec Olivier Cahours, Baylavwa, un époustouflant quintet de jazz vocal masculin, le Travelling jazz trio d’Elisabeth Caumont autour de grands classiques du cinéma français et américain, le solo de Linda Bsiri et le légendaire trio Esperança, de quoi ravir les amateurs de jazz vocal dans des contextes musicaux et d’écoute très différents.

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Philippe Laccarrière ne déroge pas à son idée de faire confiance à des musiciens fidèles, qui reviennent régulièrement présenter des formations dans lesquelles ils sont mis en valeur en tant que compositeur et improvisateur. Parmi les retrouvailles, on retiens cette année une prestation marquante de l’organiste Emmanuel Bex avec son trio Open Gate, rendant hommage à Béla Bartok, accompagné par cinq musiciens de l’Orchestre Des Pays De Savoie, dans un concerto étonnant où les sonorités classiques des cordes se mêlent parfaitement à l’écriture alambiquée de Bex et aux chorus décoiffants du saxophoniste Francesco Bearzatti.

Henri Texier est aussi un habitué du festival, venu cette année avec le trio Romano/Sclavis/Texier, qui ravi le public avec les plus beaux tubes chaleureux et captivants de ces trois piliers incontournables du jazz français. Autre concert de choc : le trio du pianiste Bojan Zulfikarpasic à Arpajon, dans lequel il excelle, venu en voisin comme il aime le signaler. Le piano est l’autre instrument de prédilection de cette édition avec l’accueil de Mario Canonge en trio. Ce dernier explore les ressources de sa culture native : celle de la Martinique. Il mêle avec élégance ses origines au jazz, qu’il présente comme une musique aux influences multiples. Autre pianiste plus discret mais non moins talentueux pour autant : Francis Lockwood. Il s’applique devant une salle comble à revisiter des standards en compagnie de Philippe Laccarrière et du superbe batteur Frédéric Sicard, trop peu présent sur les scènes parisiennes.

L’un des plus beaux coups de cœur du festival : le quintet d’Edouard Bineau à Bouray-sur-Juine dans lequel les saxophonistes Sébastien Texier et Daniel Erdmann se livrent une complicité exceptionnelle. Ces derniers confèrent à l’ensemble une énergie nouvelle, pour une musique à la fois complexe et évidente, aux mélodies originales, touchantes, avec un sens aigu de l’espace et du rythme. La pianiste Sophia Domancich était aussi à l’affiche au Silo de Méréville, haut lieu de diffusion culturelle du sud de l’Essonne, aux côtés de Simon Goubert et Philippe Laccarrière, qui se connaissent depuis des dizaines d’années après avoir débuté leurs carrières dans le mythique club Riverbop à Paris.
Autre belle rencontre : celle du trio Philippe Petit (orgue hammond), Jean-Luc Pino (violon), Eric Dervieu (batterie), réunis pour une musique colorée et métissée, dans la lignée de celle offerte par le mythique groupe Humair/Louiss/Ponty dans les années 60 mais avec la touche originale d’un jazz plus contemporain avec leurs compositions personnelles. Les saxophonistes Claire Michaël en quartet, Stéphane Guillaume dans un duo passionnant avec le contrebassiste Marc Buronfosse, illustré par les peintures de Dominique Beccaria et le quartet Valse & Attrape d’Alain Debiossat ont aussi reçu un accueil élogieux du public.

La tribu « Au sud du nord »
La tribu « Au sud du nord »

La plus belle soirée fut peut-être celle d’ouverture du festival le 4 septembre au Vingtième Théâtre à Paris. En première partie, le groupe « Dans les cordes », issu de la rencontre entre le trio Lacca’s Dream’n’Bass de Philippe Laccarrière et la Compagnie Uppercut, regroupant trois poètes slameurs qui récitent des textes incisifs et engagés, dans un concert spectacle où les notes et les mots se cherchent et se rencontrent avec cohérence et facilité.
En deuxième partie, Philippe Laccarrière présente un orchestre inédit réuni autour de ses amis musiciens qui témoignent régulièrement de leur soutien et implication dans ce festival. On y retrouve des fidèles de longues dates : les Texier père et fils, le saxophoniste François Corneloup, l’organiste Emmanuel Bex, le vibraphoniste Franck Tortiller mais aussi d’autres artistes très présents lors des dernières éditions : les batteurs et percussionnistes Denis Tchangou, David Pourradier Duteil, Hubert Colau (également chanteur) et le guitariste Laurent Hestin, le tout accompagné et dirigé par Philippe Laccarrière. On aurait pu s’attendre à des compositions originales de chaque invité. La musique fut toute autre : il s’agissait d’improvisation totale et collective où la personnalité musicale de chacun est largement reconnaissable. Emmanuel Bex lance la première phrase, imitant un téléphone portable qui sonne dans la salle, puis les saxophonistes donnent la réplique et c’est parti pour quarante minutes (et malheureusement pas plus) de folie musicale qui n’aurait pas été celle-ci sans la présence de ces musiciens surdoués (pour certains habitués à se côtoyer) et sans l’aptitude de chacun à écouter l’autre, converser sur des idées passagères qu’ils explorent sans en abuser, se taire pour laisser d’autres s’exprimer et donner à la musique une dimension évolutive.
Pas de lassitude ni même de bavardages free inutiles à remplir le temps, cette musique éphémère aurait fait un très beau disque de chevet. Quelques gestes de Laccarrière orientent les solos, bien loin des codes du soundpainting.
De la douceur à la tourmente, tantôt agressifs tantôt délicats, ces musiciens en parfaite connivence et maîtres de leur instrument s’embusquent dans des thèmes surprenants composés sur l’instant, où chaque note est le reflet d’une émotion intense.
À l’issue de cette très belle soirée d’ouverture, on se dit que La Tribu Au Sud du Nord a frappé très fort et mérite d’être revue, indiscutablement !


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