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STEVE SWALLOW – ROBERT CREELEY : jazz et poésie

So There

D 8 janvier 2007     H 23:01     A Jacques Chesnel    


parution : 29 janvier 2007

Jazz et poésie : nouvelle rencontre

Dès le début du siècle dernier, certains poètes ont senti que le jazz soufflait sur leur temps comme un souffle d’air frais ; aux USA, du mouvement de la Renaissance de Harlem dans les années 20 – 30 aux deux cent quarante-deux chorus de Mexico City Blues de Jack Kerouac, les textes rythmés du groupe The Last Poets et les interventions de Ted Joans dès les années 50… en France, Philippe Soupault écrivit Ragtime en 1917 ; les exemples qui suivirent sont nombreux de Michel Leiris et Pierre Reverdy avec Fonds secrets aux ouvrages de Jacques Réda en passant par André Hardellet.

Steve Swallow et Robert Creeley - So there -  voir en grand cette image
Steve Swallow et Robert Creeley - So there
Xtrawatt - 2006 - distribution Universal

De leur côté, nombre de musiciens se sont associés à des poètes ; Steve Swallow, l’un des plus importants bassistes électriques de l’histoire du jazz, séduit par l’écriture de Robert Creeley (1926 – 2005) qu’il découvrit à la fin des années 50, fit une première tentative, réussie, pour « mettre en musique » certains poèmes en septembre 1979 avec le disque Home dans lequel se trouvait déjà le pianiste Steve Kuhn : d’avoir fait cet album m’a poussé à aller encore plus loin ; les poèmes de Bob m’ont accompagné tout au long de ma vie, je n’au cessé d’y revenir encore et encore ; c’est une œuvre tellement profonde.

Dans ces courtes pièces, la structure des compositions de Steve Swallow découle directement de la forme des vers du poète que celui-ci exprime d’une voix légèrement rauque d’une diction irréprochable suivant les inflexions et les rythmes de la musique et la musique suivant la voix, en complète osmose dans les différentes atmosphères, la valse de Names, la note free de Here Again, l’ambiance bluesy de Later, les exposés de thèmes et les solos de Steve dans Indians, Just in Time… imbrications, enlacements embrasements délicats et parfaits entre mots et musique.

Admirons les nombreuses facettes du jeu de Steve Kuhn remarquable dans la totalité et tonalité des interprétations, la qualité du quatuor à cordes engagé souvent dans le répertoire de la musique contemporaine, la réalisation technique : la musique fut enregistrée quatre années après que Robert Creeley les eût lui-même enregistrées… et cinq mois après son décès intervenu en mars 2005.

Ecrire et faire de la musique, c’est la même chose, affirmait le poète,
Tout est dans la façon de phraser, de retarder la note, de l’infléchir, de lui donner forme pour finalement lui donner la vie. Et ce que vous ne jouez pas est aussi important que ce que vous dites effectivement.

Ce disque qui se termine par un poème d’amour sur un I love you répété en est l’impeccable démonstration.

Plus qu’un témoignage, un document : un chef-d’œuvre, rare.


> XtraWATT 12 / ECM - distribution Universal.

Robert Creeley (voix), Steve Swallow (basse), Steve Kuhn (piano),
The Cikada String Quartet : Henrik Hannisdal et Odd Hannisdal (violon)
Marek Kons tantynowicz (alto), Morten Hannisdal (violoncello)

Enregistré en 2001 et août 2005
Poèmes de Robert Creeley Musique de Steve Swallow

1/ Oh No. 2/ Names. 3/ Here Again. 4/ Ambition. 5/ Indians. 6/ Histoire de Florida. 7/ Suti Sam Christian. 8/ Later. 9/ Wellington, New Zealand / de Eight Plus. 10/ Miles. 11/ Just in Time. 12/ Return. 13/ Echo. 14/ Sad Advice. 15/ Riddle. 16/ Blue Moon. 17/ I know a Man. 18/ A Valentine for Pen


> Liens :

Le site de Watt (Carla Bley et Steve Swallow) : http://www.wattxtrawatt.com/

Le site d’ECM Records : http://www.ecm-records.com

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http://www.sitartmag.com, magazine culturel en ligne.