« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2012 » Stéphane KERECKI : « Sound Architects »

Stéphane KERECKI : « Sound Architects »

D 6 novembre 2012     H 05:44     A Edouard Hubert    


Le contrebassiste Stéphane Kerecki et son trio sont de retour sur disque avec le bien nommé Sound Architects. Au sein de ce quatrième album estampillé « trio », Kerecki invite le saxophoniste new-yorkais Tony Malaby (déjà présent sur le précédent « Houria ») et le pianiste Bojan zulfikarpašić, deux guests qui font partie intégrante de cet excitant projet.

Stéphane KERECKI : « Sound Architects »  -  voir en grand cette image
Stéphane KERECKI : « Sound Architects »
OutNote / Harmonia Mundi

D’emblée, le Serbian Folk Song donne le ton : c’est bien d’un quintet qu’il s’agit ici. Et la musique est arrangée pour cette formation. Chacun des chorus successifs (Donarier, Bojan Z, Malaby) fait appel à un accompagnement spécifique et sur mesure, la ritournelle folklorique servant de ponctuation à ces changements d’atmosphères. Kerecki écrit sa musique pour les musiciens présents, c’est clair et indéniable, mais ceux-ci se l’approprient avec un tel naturel qu’ils confèrent à ce disque une solide cohérence entre écriture et improvisation. Les ostinatos et motifs binaires sont un écrin pour Bojan Z qui joue avec les grooves et passe avec finesse du « dedans » au « dehors », et les thèmes à l’octave / unisson ouvrent ce magnifique espace de rencontre des timbres de Donarier et Malaby, celui-ci à la fausse clarté affleurée et celui-là d’une profondeur rauque et d’une douce déchirure. Incroyable avec quelle habileté Tony Malaby construit son solo sur le crescendo architecturé de Sound Architects à l’aide de ces parcours d’arpèges d’où s’échappe la couleur du thème final à venir. Dernière preuve du talent d’arrangeur de Kerecki : par cette science du mariage des timbres disponibles, cet ensemble (ce quintet) nous donne parfois l’illusion d’une formation bien plus vaste.

« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

Mais Stéphane Kerecki n’est pas seulement ce magnifique arrangeur ou le contrebassiste émérite qu’on connaît, Sound Architects est également l’occasion pour lui de continuer à expérimenter ses talents de compositeur. D’abord par la plume : ces mélodies d’une fausse simplicité envoyées avec force à l’oreille des auditeurs (celle qu’on se met à fredonner le lendemain avec cette étrange impression de la connaître depuis toujours). Magie du mélodiste. Mais également par le métissage des influences : le goût pour les folklores, qu’ils soient imaginaires (l’Afrique, explicite sur Houria est ici suggérée) ou bien réels (le Serbian Folk Song ou les accents spiritual de Bass Prayer) et pour les épisodes free (passant d’une esthétique contemporaine à un free clairement « New Thing », si ce n’est coltranien, Malaby y étant sûrement pour quelque chose), tout cela procurant un équilibre parfait entre esprit d’aventure et invitation à l’écoute. En témoigne le Fandango final, plus ornettien qu’andalou, prétexte dans un même mouvement à la liberté et à la mélodie.

L’album peut paraître un poil long, mais il est distribué avec cette « mesure de l’architecte », et il se situe bien plus dans la continuité que dans la rupture avec le travail précédent : Bass Prayer, faux final du disque, rappelle la joliesse des arrangements du Messiaen de « Houria », mais l’intonation churchy de Bojan Z permet à Kerecki de faire résonner sa contrebasse et de suggérer une filiation lointaine avec Mingus. Les trois Snapshots improvisés font écho aux duos avec Malaby tout en ouvrant au dialogue de la contrebasse du leader avec la liberté percussive de Thomas Grimmonprez. Ce disque est également un coup gagnant grâce à la réunion de ces talents musicaux (Bojan Z s’intègre au projet avec brio) et nous donne l’occasion d’écouter un Matthieu Donarier en grande forme (Ah ! Ce goût pour la dissonance sans perdre le principe de narration) qu’on n’avait pas entendu sur disque depuis un petit moment.

Stéphane Kerecki est aujourd’hui l’acteur de nombreux projets qui font mouche (Anne Paceo, Yaron Herman, son duo avec John Taylor, l’orchestre de Denis Colin, etc.), mais avec ce Sound Architects, il ne démérite en rien, loin de là, de nous faire entendre sa propre conception musicale, via ce travail de leader exceptionnel.


Stéphane KERECKI : « Sound Architects » - OutNote Records OTN017 / distribution Harmonia Mundi

Stéphane Kerecki : contrebasse, compositions sauf 1, 2, 5, 9 / Matthieu Donarier : saxophones ténor et soprano / Thomas Grimmonprez : batterie // + Bojan Zulfikarpašić : piano, Fender Rhodes / Tony Malaby : saxphones ténor et soprano.

01. Snapshot 1 (Kerecki - Zulfikarpašić - Grimmonprez)/ 02. Serbian Folk Song (trad) / 03. Le Scaphandre et le Papillon / 04. Sound Architects / 05. Snapshot 2 (Kerecki - Zulfikarpašić - Grimmonprez) / 06. Lunatic / 07. Song For Anna / 08. Kung Fu / 09. Snapshot 3 (Kerecki - Zulfikarpašić - Grimmonprez) / 10. La Source / 11. Bass Prayer/ 12. Fandango

> Liens :


> À (re)lire sur CultureJazz.fr :

Dans la même rubrique

26 décembre 2012 – Petit voyage en Suisse

18 décembre 2012 – La vitrine de décembre 2012 : 9 disques.

13 décembre 2012 – [retour sur...] Jérôme SABBAGH : « Plugged in »

6 décembre 2012 – [Disques] Les ÉTOILES de l’année 2012.

6 décembre 2012 – [retour sur...] Anne PACEO : Yôkaï