« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2013 » Miles DAVIS, Amsterdam 1960 : inédit !

Miles DAVIS, Amsterdam 1960 : inédit !

So What, The complete 1960 Amsterdam Concerts.

D 28 janvier 2013     H 17:13     A Michel Delorme    


Découvrir un inédit de Miles Davis est chose relativement courante. Un inédit de John Coltrane malheureusement beaucoup moins. On avait bien exhumé récemment un ahurissant concert de 66 à la Temple University de Philadelphie, mais c’est rare. Un inédit de Miles Davis AVEC John Coltrane, alors là c’est le bonheur absolu.

Miles DAVIS : « So What - The Complete 1960 Amsterdam Recordings » -  voir en grand cette image
Miles DAVIS : « So What - The Complete 1960 Amsterdam Recordings »
Dutch Jazz Archive Series}} / www.platomania.eu

Et ce disque n’est même pas un Pirate ! Il est issu des Dutch Jazz Archive Series puisqu’aussi bien il a été enregistré le 9 avril 1960 au Concertgebouw d’Amsterdam. Mais alors, quid du concert de Scheveningen lui aussi enregistré le 9 avril 1960 ?
Well, le concert du Kurhaus de Scheveningen était à 18H15 et celui du Concertgebouw d’Amsterdam à minuit. Comme Scheveningen, le bord de mer de La Haye, n’est qu’à 50 kilomètres d’Amsterdam, le groupe aurait presque pu s’y rendre à bicyclette après sa grandiose performance de 18H15.

L’auteur des formidables notes de pochette, Bert Vuijsje (ne me demandez pas comment cela se prononce !) nous narre qu’après le concert du 8 à Zurich, le quintet rata l’avion pour Schiphol, l’aéroport d’Amsterdam, et dut pédaler ferme pour arriver à Scheveningen avant 18H15. Ce qui explique peut-être la moins grande implication de Coltrane durant le concert d’Amsterdam, la fatigue aidant. Mais ce n’est pas la seule raison car Trane ne cachait pas qu’il voulait quitter le groupe de Miles à la fin de la tournée pour s’investir dans sa propre musique. On rencontrera la même chose avec Eric Dolphy et Charles Mingus en 1964. Une conversation à ce sujet entre les deux hommes ayant même été filmée. Conversation poignante : Mingus demande à Dolphy s‘il restera longtemps ( en Europe ) et Eric lui répond que non. Il devait mourir à Berlin quelques semaines plus tard…

Mais revenons à Amsterdam. Le programme fut exactement le même qu’à Zurich et comporta 4 titres seulement, pour une durée d’environ 45 minutes. En fait, le quintet assurait la seconde partie d’un concert du JATP de Norman Granz qui présentait également Stan Getz et Oscar Peterson. Un ballad medley à Düsseldorf avec Coltrane et Getz a même été filmé.

Après une introduction du dit-Granz, le quintet se lance dans If I were a bell. Miles Davis, avec le son unique de sa trompette bouchée, improvise magnifiquement. John Coltrane démarre timidement mais sa citation incongrue du saucisson désuet Ciribiribin le réveille enfin. Coltrane ne faisait jamais de citations, sauf une fois dans je ne sais plus quel club où il fait son petit Dexter Gordon !

Sur Fran dance, en hommage à la sublime créature, Frances, qui fut sa femme au début des années 60, Miles, toujours bien embouché, nous régale. Le solo de Coltrane commence bizarrement, comme s’il ne jouait que les harmonies en prenant tout son temps. Puis arrivent les fameuses harmoniques, plusieurs notes jouées en même temps, qui lui valurent tant de huées à l’Olympia de Paris le 21 mars, première date de la tournée. Et qui virent au Concertgebouw un grand nombre de spectateurs quitter la salle. Les novateurs n’ont jamais été acceptés d’emblée. En 1948 à Paris au concert du big band de Dizzy Gillespie, on entend des cris d’oiseaux pendant le solo de John Lewis sur Round about midnight ! Charlie Parker et Thelonious Monk durent attendre avant de s’imposer. On considère maintenant qu’ils sont d’un « classisisme » ordinaire. Il est possible que ce rejet ait été la troisième raison de cette apparente désertion coltranienne du Concertgebouw.

Premier cheval de bataille du Miles Davis façon jazz modal, So what. Miles nous gratifie d’un grand solo. Trane démarre le sien avec ce qui allait devenir un de ses thèmes emblématiques, Impressions, basé sur les harmonies de So what. Plus tard, The Creator has a Master Plan de Pharaoh Sanders empruntera les harmonies du A Love Supreme de Coltrane. Quoi qu’il en soit, le saxophoniste joue là son solo le plus satisfaisant de la soirée, ou plutôt du petit matin.

Deuxième modalité glorieuse, All blues. Miles s’y montre d’une fulgurance inouïe dès qu’il enlève sa sourdine pour une attaque de solo tranchante. Trane suit mais se traîne un peu, en fait il n’est déjà plus là. C’est du reste l’avant dernier concert de la tournée.
Tournée dont 9 concerts ont été publiés à ce jour, Paris, Stockholm, Copenhague, Düsseldorf ( curieusement sans Miles ! ), Frankfort ( 2 titres ), Zurich, Scheveningen, et maintenant Amsterdam. Plus un concert non daté. Sur un total de 21. Dieux du jazz, faites que nous retrouvions les 12 autres, je suppose qu’ils ont tous été enregistrés.

Après un tel concert, le reste du double CD qui nous occupe pourrait paraître anecdotique. Il s’agit de la prestation du quintet, avec Sonny Stitt cette fois, le 15 octobre de la même année. Anecdotique si Miles n’était pas toujours aussi brillant. Stitt est issu du be bop et son jeu très classique fait piètre figure sur les partitions modales, voire sur But not for me. Il est à noter que Miles « usera » une demi-douzaine de saxophonistes avant d’engager l’immense Wayne Shorter. C’est Coltrane lui-même qui l’avait recommandé à Miles mais ce n’est qu’en 64, alors débarrassé de ses engagements en cours, que Shorter pourra rejoindre l’homme à la trompette verte.

La section rythmique est la même en automne qu’au printemps, à savoir Wynton Kelly au piano, Paul Chambers à la basse et Jimmy Cobb à la batterie. Kelly enchaîne les notes perlées dans les aigus, un peu trop à mon goût, Chambers sait infléchir magnifiquement ses notes sur le modal et Cobb fait montre d’une frappe puissante, nette et sans bavures.

On peut commander ce double CD pour la modique somme de 30 euros à l’aide du lien ci-dessous.


> Miles DAVIS : « So What - The Complete 1960 Amsterdam Recordings » - Dutch Jazz Archive Series / www.platomania.eu/so-what-complete-1960-amsterdam-Miles-Davis

CD 1 :

Miles Davis : trompette sauf 7 & 8 / John Coltrane : saxophone ténor sauf 7 & 8 / Wynton Kelly : piano / Paul Chambers : contrebasse / Jimmy Cobb : batterie

01. Introduction by Norman Granz / 02. If I Were A Bell / 03. Fran-Dance / 04. So What / 05. All Blues / 06. The Theme / 07. Whisper Not / 08. Ease It

Enregistrement : 1-6 : Concertgebouw, Amsterdam, samedi 9 avril / 7-8 : Concertgebouw, Amsterdam, samedi 15 octobre 1960

CD 2 :

Miles Davis : trompette sauf 7 & 8 / Sonny Stitt : saxophone alto / Wynton Kelly : piano / Paul Chambers : contrebasse / Jimmy Cobb : batterie

01. Introduction by Norman Granz / 02. But Not For Me / 03. Walkin’ / 04. All Of You / 05. So What / 06. The Theme / 07. Stardust / 08. Old Folks / 09. All Blues / 10. The Theme

Enregistré au Concertgebouw, Amsterdam, Saturday, samedi 15 octobre 1960.


> Bonus souvenirs !

Michel Delorme avec Miles Davis et John Coltrane...

Michel Delorme avec Miles Davis... -  voir en grand cette image
Michel Delorme avec Miles Davis...
Photo © Christian Rose / Collection personnelle Michel Delorme.
Michel Delorme avec John Coltrane... -  voir en grand cette image
Michel Delorme avec John Coltrane...
Photo © Jean-Pierre Leloir / Coll. Michel Delorme

> Liens :