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L’ONJ en Ciné-Concert : « Docteur Mabuse »

mardi 5 février à 20h30.

D 18 février 2013     H 18:57     A Pierre Gros    


Ciné-concert-ONJ [1] : « Docteur Mabuse, Le Joueur » de Fritz Lang
Inferno, une pièce sur les hommes de ce temps
Musique : Acoustic Mabuse par L’ONJ - Cinéma Le Balzac - Mardi 5 février 20H30

Docteur Mabuse film muet de 1922, chef d’œuvre expressionniste de Fritz Lang en deux parties.
Première partie : Le Joueur, une image de notre temps.
Seconde partie : Inferno, une pièce sur les hommes de ce temps.
Imagination musicale : musiciens de l’ONJ.

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Dr Mabuse, le joueur - Film de Fritz Lang
© www.onj.org

Dommage de n’avoir pas pu le mardi 29 Janvier assister à la première partie du film que je connaissais par ailleurs. Ça a valu les protestations écrites d’une partie du public mécontent de la musique, ce qui a pour effet de me faire regretter encore plus mon absence. Peu importe.
Seulement, ce soir, la belle salle du cinéma le Balzac n’est pas remplie.

Rappelons de quoi il s’agit.
Le docteur en question est un fou criminel, génie du mal qui s’évertue par des déguisements, une emprise psychologique, des phrases que l’on devine grandes, à manipuler son monde afin d’assouvir sa soif de pouvoir, jouant sur les marchés financiers comme on triche au jeu. Connaissant les hommes il joue sur l’avidité, la faim. L’Allemagne humiliée déboussolée en crise n’est plus qu’un immense tripot. La société enfante ses monstres et rien ne semble pouvoir arrêter Mabuse sinon peut-être son amour pour une comtesse décadente ou la pugnacité d’un procureur.
Effrayantes perspectives et cauchemar prémonitoire quand on connaît la suite de l’histoire, la vraie celle-là. C’est comme l’avait dit Fritz Lang une peinture de son temps.
Un film dont la modernité résonne en écho aujourd’hui, de quoi aussi se poser des questions sur les discours prégnants dont on nous abreuve. Au final le doute de soi, des autres, s’installe de façon pernicieuse comme le fait Mabuse avec ses valets, ses victimes, ses esclaves aveugles.
Mais alors la musique là dedans ?
Il faut dire que la seconde partie du film met en scène de manière plus évidente la lutte à mort entre le mal et le bien. Qui va triompher ? Qui va gagner ? Le bien est il l’ennemi du mal ? Sont ils complices ? Y aura-t-il un vainqueur ? Mabuse n’a qu’à s’abaisser pour ramasser en s’inspirant du monde sans foi ni loi et affairiste qui l’entoure. Les affaires sont les affaires. Le film, aux découpages précis qui amplifient les sensations, offre ainsi les thèmes propices aux improvisations des musiciens.
Ils sont comme tapis dans la pénombre de la salle, on peine à deviner qui est qui et qui fait quoi rajoutant du mystère à l’angoisse déjà prégnante. On croit entendre un accordéon. Est ce Eve ? Les images sortent de l’écran et viennent furtives se réfléchir se mêlant à l’orchestre qui devient à son tour acteur du film.
Mille Mabuse sont parmi nous. Rêve ou réalité ?
Des mailloches planent au dessus des cymbales, rajoutant au fantastique. Remi Dumoulin au son peut être le plus jazz (dans le sens traditionnel), de l’ensemble et dont on devine qu’il a étudié les différents plans du film initie le mouvement musical par de simples phrases, habillées par Yoann Serra et une toujours étonnante Eve Risser qui saura emmener son monde vers d’autres imaginaires plongeant dans les profondeurs de son piano pour y découvrir des sons inconnus. Minimalismes, pointillismes musicaux, jouets, sirène, chuchotements qui collent aux lèvres des acteurs.
Le quintette se sort ainsi du piège évitant le séquençage en surfant sur les actes de cet opéra muet. On sait que Sylvain Bardiau, Antonin-Ti Hoang sont adeptes de recherches sonores, les images du film en sont le terreau propice. Le final est alors digne de la fin de la Bande à Bonnot avec encerclement, assaut, coup de feux, fumée, morts et explosion musicale, l’orchestre atteint là son paroxysme, Mabuse perdant toute prise avec la réalité sombre dans la folie et la mort.

On sait cet orchestre sur sa fin, plus qu’un an environ et je peux dire pour ma part qu’il m’aura permis de découvrir des musiciens encore jeunes à la maturité étonnante et même s’ils ne sont pas inconnus, de les mettre en avant. J’attendrai, attentif, la suite de leurs aventures. C’est le plus grand mérite de cet orchestre.

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Les musiciens de l’ONJ...
© www.onj.org

Acoustic Mabuse par L’ONJ

Sylvain Bardiau (trompette, bugle), Remi Dumoulin (sax ténor, clarinettes), Antoni-Ti Hoang (saxophone alto, clarinettes), Eve Risser (piano, piano préparé), Yoann Serra (batterie), directeur Daniel Yvinec.


> Liens :


[1Orchestre National de Jazz - Daniel Yvinec

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