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Les Combos de l’été... à Paris.

...ou trois trompettistes en juillet

D 31 juillet 2013     H 07:55     A Philippe Paschel    


Ce mois de juillet 2013, trois combos réguliers dirigés par des trompettistes sont venus à Paris. Ils avaient la forme traditionnelle du jazz moderne (trompette, saxe, piano, basse, batterie). Mais avec la même formation, le résultat peut être bien différent.

Terrence Blanchard - New Morning, Paris - juillet 2013 -  voir en grand cette image
Terrence Blanchard - New Morning, Paris - juillet 2013
© Philippe Paschel

La musique présentée par Terence BLANCHARD (La Nouvelle Orléans, 1962) est décevante. Sur une rythmique solide, le lideur se contente de jouer de courtes phrases peu imaginatives, dans le registre aigu de l’instrument, se repliant sur lui-même, sur la pointe des pieds (pressant le diaphragme avec son ventre qu’il a important, plutôt que maîtrisant la colonne d’air), jouant “bourrin” comme dit mon copain Jonathan, autrement dit “sur la gueule”. Il a certes un bien bel instrument, apparemment taillé dans la masse du métal -embouchure comprise ? -, avec une clé d’eau à pression. Le saxophoniste joue en force, très énergiquement, ce qui devient assez vite fatigant. Le batteur, veste pied-de-poule marron, chemise blanche et faux noeud-papillon bicolore aux vastes ailes, un peu clownesque, assure le rythme impeccablement. Le plus intéressant est le pianiste, Fabian Almazan, qui a un touché varié et beaucoup d’idées. En rappel, un hommage au Miles Davis électrique de la fin. Je ne me suis pas ennuyé -on est bien assis au New Morning-, mais je n’en demanderai pas plus. [Souvenir dans le même lieu, il y a très longtemps d’un concert avec Blanchard et Donald Harrison -et les sièges en bois étaient très inconfortables].

Roy Hargrove - New Morning, Paris - juillet 2013 -  voir en grand cette image
Roy Hargrove - New Morning, Paris - juillet 2013
© Philippe Paschel

Roy HARGROVE (Waco Texas, 1965), peau sombre, costume blanc, lunettes de soleil à monture blanche, ne frime que dans la tenue. Il a joué presque toujours dans le médium, sans frénésie mais avec une réelle virtuosité, un beau son juste, bien placé, peu de volume.
L’orchestre enchaîne les pièces sans solution de continuité. La section rythmique est puissante, le pianiste un peu rêveur dans des solos décalés. Mais la musique du lideur même est délicate et souignante. Cela apparaît précisément lorsqu’il joue du bugle avec la seule section rythmique. Il chante aussi d’une voix bien placée, juste, sans prétention, me faisant penser à Hot Lips Page (Dallas Texas 1908). Le saxophoniste, qui porte une veste malgré la chaleur, joue frénétiquement, souvent des plans identiques répétés, qui plaisent à l’assemblée. La musique du groupe est à haut voltage. Il y eut même un rappel à la fin du premier set !
Le lideur assure la continuité de certaines traditions de la musique noir américaine : il ne fait pas de présentation des morceaux et attaque sans préalable, comme Miles Davis, mais avec le sourire, c’est un bon garçon ; il fait des incursions dans le public à chaque set avec son saxophoniste, comme Lionel Hampton ; il change de vêtements au deuxième set, troquant la cravate pour un noeud papillon et des lunettes à monture grise, comme le Duke.
L’orchestre a joué 2 heures 40, cela faisait longtemps que l’on était pas sorti du New Morning aussi tard, fatigués mais contents.

Dave Douglas - Sunside, Paris - juillet 2013 -  voir en grand cette image
Dave Douglas - Sunside, Paris - juillet 2013
© Philippe Paschel

La musique de Dave DOUGLAS (East Orange (New Jersey,1963) est très élaborée. Son groupe poly-ethnique (Chine, Philippine, afro-américain, blanc) a joué en première partie le répertoire du disque récent “Time Travel” (Greenleaf records / Orkhêstra, enregistré en avril 2012) et dans une deuxième partie un autre répertoire de thèmes semblant être des hymnes. La musique est très arrangée, entre les exposés de thème, les solos et les riffs d’accompagnements. Le batteur, qui joue une batterie disposée très basse, grand gaillard au grand sourire, un peu chauve, m’a fait penser physiquement à Jo Jones et, sans doute, la tenue marque-t-elle un point de vue sur le monde et donc sur la musique, car, tout en étant moderne et pratiquant un jeu poly-rythmique, il avait une frappe claire, sans jamais oublier la mélodie dans ses solos. La bassiste assuma parfaitement son rôle rythmique. Le pianiste a un jeu irisé, fluide, sans rythme apparent, mais toujours en contact visuel avec le batteur. Le saxophoniste joue sans effort, de longues phrases avec des passages escarpés dans la continuité. Dave Douglas sait jouer de la trompette, ses incursions dans le registre aigu sur le souffle sont un régal. Sa technicité parfaite lui permet d’exprimer ses idées dans tous les registres, toutes les nuances d’une pensée musicale cohérente, toujours impeccablement juste, avec un beau son.
Cette musique est la résultante de la forte personnalité musicale du lideur avec les belles individualités des autres musiciens. Un moment exceptionnel, qui a duré plus de deux heures.

New Morning - jeudi 11/7/13
Terence Blanchard (tpt), Brice Winston (ts), Fabian Almazan (p), Joshua Crumbly (b), Kendrick Scott (dms). (2 h10)

New Morning - lundi 16/7/13
Roy Hargrove (tpt), Justin Robinson (as, fl), Sullivan Fortner (p), Ameen Salem (b), Quincy Philips (dms). (2h 45)

Sunside - mardi 23/7/13
Dave Douglas (tpt), Jon Ibaragon (ts), Matt Mitchell (p), LMinda Oh (b), Rudy Royston (dms). (2h10)


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