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Balades à Jazz In Marciac… et en pays gersois

Découverte de « Jazz in Marciac » pour la 36ème édition...

D 17 août 2013     H 05:09     A Pierre Gros    


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J.I.M. [1], 36ème édition

> Mercredi 31 juillet :

Première pour nous à Marciac, découverte du village, de son église et de ses rues entièrement dévolues au jazz pendant ces 3 semaines de festival.
Le off se tient sur la belle place aux arcades du village, et nous donne l’occasion d’entendre le trio de Guillaume de Chassy, dans un style qui nous rappelle celui d’un jazz moderne libéré des contraintes autres que celles qu’il s’impose.
Un très beau moment, de très beaux sets étalés sur deux jours, qui nous permettent d’entendre une musique faite de compositions originales et de reprises, certes très cadrées dans la forme, mais libres dans leurs propos.

Guillaume de Chassy : piano – Laurent Chavoit : contrebasse – Pierre Dayraud : batterie

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>LE CHAPITEAU :

21h : KENNY BARRON PLATINIUM TRIO ou la (très) grande classe.

Que dire sur ce formidable musicien qui, 1h30 durant, nous a époustouflé par une musique éternelle, par une modestie et une inspiration sans limite. Il reconnaît lui-même qu’il n’a pas été un novateur, mais nous pouvons affirmer qu’à 70 ans il a été un passeur exemplaire de la grande histoire du jazz. Combien en reste-t-il encore après lui depuis le décès de Mulgrew Miller auquel il a rendu un hommage appuyé ce soir ? On peut citer le trop méconnu George Cables. Mais ils sont rares aujourd’hui ceux qui peuvent prétendre nous jouer avec une telle décontraction, une telle élégance, avec un respect infini, en solo, un medley de compositions de Duke Ellington et Billy Strayhorn. On peut dans la même louange associer le contrebassiste George Mraz et le drummer Lewis Nash, eux aussi dans la continuité de l’histoire du jazz, ouvrant une voie royale au pianiste.
Respect et chapeau bas messieurs.

Kenny Barron : piano - George Mraz : contrebasse - Lewis Nash : batterie

23h : WYNTON MARSALIS QUINTET

Du quintet de Wynton Marsalis on retiendra d’abord un swing, une virtuosité d’exécution et instrumentale hallucinante, la lecture d’une musique à la croisée du swing, du be-bop et du hard-Bop qui n’est pas sans rappeler le quintet de Max Roach et Clifford Brown. Thèmes à l’unisson, succession de solos, à toi à moi, re-thème pour conclure. Mais autant Kenny Barron s’inscrit dans une vivante continuité autant Wynton Marsalis et son quintet semblent s’être arrêtés à une relecture, certes emballante grâce à la qualité des compositions, à leur construction, à l’habileté des solistes.
On est en droit alors de se demander quel est le but poursuivi par Wynton. Dans ses premiers enregistrements sous son nom, la musique était proche du second quintet de Miles Davis, des Jazz Messengers des années 60, peut-être allait-il être le grand successeur que l’on attendait. On connait depuis sa volonté de reprendre l’histoire à ses racines, de s’approprier par l’étude, l’analyse et in fine par le jeu in situ, sans contrainte, le jazz passé (où commence et s’arrête le passé pour Wynton ?) pour en recueillir les fruits d’aujourd’hui. L’acte de création chez cet homme intelligent et sincère, généreux avec le public, féru d’enseignement et de pédagogie est celui là.
C’est une voie risquée.
Le problème est qu’elle écarte tout l’apport culturel extérieur ou alors le blues dans son essence serait-il l’universel ? Le swing serait-il incompatible avec les trouvailles de la musique européenne du XXème siècle ? Pourtant le jazz s’est nourri, comme le be-bop en son temps, d’apports (surtout harmoniques) non américains. C’est peut-être en ce sens que le jazz est profondément américain : l’Amérique n’est elle pas ce lieu où l’on arrive avec tous ses bagages ? Le souci ne vient-il pas d’une étiquette jazz trop vite collée à une musique fourre-tout sans saveur et industrialisée comme un fast-food. L’histoire future nous dira comment il en ira pour Wynton Marsalis, s’il s’en tiendra à une relecture actuelle dans sa virtuosité de la musique du passé.
Toujours est-il que ce soir-là, en dehors de ces questions un brin barbantes, nous avons eu droit à un moment où l’artiste, en pédagogue, a parlé à son public, lui a fait écouter ce qu’il attendait, pour le plaisir, sans aucune autre considération.

Wynton Marsalis : trompette -
Walter Blanding : saxophone, clarinette - Dan Nimmer : piano - 
Carlos Henriquez : contrebasse - 
Ali Jackson : batterie.

> Jeudi 1er Aout :

Que la campagne gersoise est belle. On comprend que certains jazzmen aient voulu s’installer ici. Les formes douces et rondes des coteaux, les bastides, les montées et les descentes abruptes, tout ceci semble bien loin du swing, de la douleur du blues mais le bonheur et la fête sont communicatifs… et dans les prés.

Le off :

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Jean-Benoît Culot Quartet à Marciac - 1er août 2013
© Pierre Gros

Le beau quartet coltranien et swinguant de Jean-Benoît Culot dans l’atmosphère surchauffée (entre 35° et 40°) d’un après midi de festival à Marciac.
On préfère écouter cette façon, ce plaisir de jouer plutôt que des stars qui font la tronche (je ne citerai personne par décence, mais, bon, les chanteuses blondes nous gonflent, ras le bol !)

Jean-Benoît Culot : 
batterie - Eric Prost : saxophone ténor - Leonardo Montana : piano - Rénald Fleury : 
contrebasse.

L’ASTRADA :

21h30 : ERIC BARRET - JACQUES PELLEN DUO

La belle salle de l’Astrada se prête à l’intimité et sied à merveille au duo que nous proposent Eric Barret aux saxophones et Jacques Pellen aux guitares. Une musique très écrite aux accents folk, celtiques, renforcés par l’emploi de la guitare douze cordes ou plus trinaire avec la guitare six cordes (prêtée par Nelson Veras présent dans la salle comme de nombreux musiciens). Des improvisations inspirées par des instrumentistes tout en maitrise.
Un très beau concert par des musiciens qui ne donnent pas dans la facilité béate et demandent au public une écoute attentive. On attend avec impatience leur prochain disque pour septembre.

Eric Barret : saxophone ténor & soprano - Jacques Pellen : guitares 12 & 6 cordes

23h : MOUTIN FACTORY QUINTET

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Quel potentiel, quelle énergie, quel bonheur de jouer et de faire partager une envie musicale ! On mouille la chemise au sens propre comme au sens figuré. Pas besoin de faire de grands dessins pour le premier concert de ce nouveau groupe. L’engagement est total et l’on a droit à des soli d’Emmanuel Codjia merveilleusement bien construits. Quant à Christophe Monniot sont talent énorme n’est plus à démontrer. Nous avons eu droit à un duo du contrebassiste et du batteur dans un superbe hommage à Ornette Colman, tout en joie, tout en sueur, des complicités rythmiques incompréhensibles si, je suppose, on n’est pas jumeaux. Nul doute que Thomas Enhco apprendra énormément dans cette usine à musique. À suivre…

Christophe Monniot : saxophones - Thomas Enhco : piano -
 Emmanuel Codjia : guitare -François Moutin : contrebasse - 
Louis Moutin : batterie.


> Vendredi 2 Aout :

Debout tôt ce matin (7h !!!) malgré l’heure tardive du coucher, mais bon impossible de résister à l’appel de la balade à la fraiche sur la crête en face de Marciac, avec vue sur la chaine des Pyrénées… Une merveille.

LE CHAPITEAU :

21 h : RICHARD GALLIANO ‘’I Remember Astor’’

Richard Galliano c’est le copain à l’allure bonhomme et des copains comme ceux-là on en redemande. Dans un écrin musical, accompagné, que dis je, porté par un quintet à cordes qui sait ce que musique de chambre veut dire, qui connaît la rigueur de la formation « à la classique », Richard nous a offert une musique toute en finesse et en lyrisme. De plus, malgré l’extrême difficulté technique de la musique proposée, il a su garder ce côté populaire qui, loin d’affadir le propos, ajoute un surcroit de simplicité et d’humilité. La musique d’Astor a des accents indéniablement swing et jazz mais histoire de se marrer cinq minutes nous avons eu le privilège (et non le sacrilège) d’assister à un été de Vivaldi pris à un tempo qui laisserait sur place le plus rapide des TGV. Je ne dirai rien sur La Javanaise reprise en cœur par la foule… Oui Richard, on veut avoir des potes comme toi plutôt que des blondes qui tirent la gueule.

Richard Galliano : accordéon - 
Bertrand Cervera : premier violon
- Saskia Lethiec : second violon
- Jean-Paul Minali-Bella : violon alto
- Éric Levionnois : violoncelle
 - Sylvain le Provost : contrebasse

23h : JACKY TERRASSON « Gouache »

Gouache est à prendre au pied de la lettre, je veux dire par là que Jacky Terrasson a à sa disposition une palette de couleurs qui lui permet de coloriser une musique en mouvement perpétuel. Dans ce cas, la prise de risque est maximale. La musique ça va ça vient et le jazz est bien un art du vivant. C’est cette vie qui fait sa force, il convient d’accepter l’improbable, l’erreur si l’on ne veut pas être déçu.
L’histoire de cette soirée commence ainsi à tâtons, on se cherche par petites touches et puis ça finit par décoller, chacun prend son temps avant de plonger dans le dur (sauf Portal qui fonce tête baissée, le taureau !). Puis arrive Malia et là tous les gars du chapiteau se transforment en loup façon Tex Avery, il faut dire que la dame a le sens du spectacle, fausse ingénue (elle nous fait même sa timide), voix éraillée entre soul, Billie et Dinah. Trois chansons dont un Don’t explain et Stéphane Belmondo de nous livrer un superbe chorus. S’en suit un Caravan expérimental, surtout pour Portal qui se viande, heureusement la solidité de Jacky, de la rythmique sont là pour remettre de l’ordre dans tout ça.
Bref on aurait souhaité entendre Jacky en trio plus longtemps…

Jacky Terrasson : piano -
 Stéphane Belmondo : trompette, bugle -
 Michel Portal : clarinette, saxophone soprano - Burniss Travis : contrebasse -
 Leon Parker : batterie - Minino Garay : percussions - Malia : voix

Dans la nuit du 2 au 3 août : Retour dans notre castel. On a beau dire, les étoiles la nuit c’est beau…

> Samedi 3 Aout :

LE CHAPITEAU :

21h : WYNTON MARSALIS QUINTET WITH THE SACHAL JAZZ ENSEMBLE

Musique éponge, le jazz se nourrit de mixités, d’expérimentations, de tuilages, d’inspirations et d’évocations. Ce soi, la volonté de faire le bien, d’aller les uns vers les autres, l’humanisme était manifeste dans l’association du quintet de Wynton Marsalis et du pakistanais Sachal Jazz Ensemble dirigé par Ali Nijat. Ne serait-ce que pour cette noble raison cela valait le coup d’être tenté. Restons-en à la musique, car tel est aussi notre propos. Depuis, disons... Coltrane, par le biais de l’improvisation, on a essayé de rapprocher musiques du continent Indien et jazz. Or la connaissance de cette musique par Coltrane était on ne peut plus superficielle. Elle demande de très nombreuses années d’études, d’imprégnation, voire de soumission à un maître et seul peut-être John McLaughlin avec Shakti ou encore Rudresh Mahanthappa aujourd’hui sont arrivés à exprimer quelque chose d’abouti dans ce domaine. L’improvisation est-elle le lieu où les musiques se rejoignent ? Oui, elle se pratique sur tous les continents, mais cela n’en fait donc pas une spécificité. Et le rythme alors ? Là deux mondes s’affrontent et restent sourds l’un à l’autre. Le tuilage s’avère impossible entre le tala et le swing pur et dur. Reste le collage qui souligne encore plus l’irréductible et auquel nous avons eu droit à plusieurs reprises ce soir. Exposer Take Five de Paul Desmond au sitar à priori ne me gêne pas sauf que sur cet instrument il faut aussi swinguer ! On fait du jazz non !!!
Wynton Marsalis en appelle alors au blues, à tous les bleus de l’âme de toutes les cultures. Soulignons d’abord quel grand bluesman il fait, un magnifique solo tout en growl. Soulignons aussi l’emploi naturel par le sitariste Ahmad Nafees du bend (le fait de tirer sur la corde) qui rapproche les deux cultures bien que son essence soit complètement différente. Soulignons les longues et belles phrases modales du flûtiste Abbas Baqar dans lesquelles il peut alors se laisser aller, mais sans l’esprit du deep blues qui lui est complètement étranger. La tension était palpable au début du concert et il aura fallu attendre le rappel pour qu’enfin tout le monde se détende et qu’on sente un sens musical probant à cette rencontre. Au final, on voudrait les réécouter dans d’autres circonstances.
L’intention de Wynton est belle : « réunir à Marciac quelques uns des meilleurs musiciens de la planète venant des cultures les plus diverses pour partager ici de belles expériences musicales  ».
D’espoir nous avons besoin, d’humanisme également, tout n’est pas perdu…

Wynton Marsalis : trompette -
Walter Blanding : saxophone, clarinette - Dan Nimmer : piano - 
Carlos Henriquez : contrebasse - 
Ali Jackson : batterie

Nijat Ali : direction - Baqar Abbas : flûte
 - Nafees Ahmad : sitar -
Ijaz Hussain : tabla
- Rafiq Ahmed Naal -
Najaf Ali : dholak, mardang

23h : AHMAD JAMAL QUARTET

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D’Ahmad Jamal on peut dire qu’il creuse. Lorsque on réécoute ses enregistrements de 1958 et on les compare au concert de ce soir, la forme en est quasiment identique sauf qu’aujourd’hui il se dirige vers un athématisme grandissant, les phrases bopisantes ont totalement disparu. Seule une relecture très originale de I Got It Bad d’Ellington nous a rappelé le bon vieux temps. Ce calme (à rapprocher de celui de Kenny Barron), cette économie de gestes et de moyens (à l’opposé de Kenny Barron), cette sagesse ne viendraient elles qu’avec l’âge ? Peut-être.
Cette musique faite de constance est-elle l’aboutissement d’une vie en musique et je peux l’avouer, c’est la meilleure prestation du musicien auquel j’ai eu la chance d’assister. Il faut dire qu’entrant sur scène il a du répondre au message d’amour des marciacais qui ne l’avaient plus entendu depuis au moins deux ans ! Une éternité. Ça a du lui faire chaud au cœur. Et, au regard des échanges, le bonheur était présent un peu partout sous le chapiteau.
Impressionnant Herlin Riley qui nous a donné à entendre de très beaux soli de batterie parfaitement construits. Impressionnant Reginald Veal au son plein et généreux à la virtuosité jamais gratuite. Impressionnant Manolo Baderna qui a su coloriser la musique de ses multiples instruments et sifflets. Ahmad, souriant, a su diriger cet ensemble parfois bras croisés,.
Et le Maître, après avoir fait applaudir ses musiciens, est resté seul en scène pour recevoir les acclamations d’un public transi d’amour... Moi qui croyais sottement que le jazz était une musique d’équipe...

Ahmad Jamal : piano - Reginald Veal : contrebasse - Herlin Riley : batterie – Manolo Badrena : percussions, jouets, sifflets.

> Lundi 5 Aout :

La beauté gersoise viendrait-elle de cette impressionnante osmose entre la nature et la main de l’homme, qui a su ici caresser la terre et modeler la pierre ? Marchant sur ces chemins nous sommes portés à le croire. Terre d’harmonie.

Le off :

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Je les avais dans mon viseur depuis quelques jours, émoustillé par leur dernier enregistrement. De Massaliazz, j’en attendais peut être un peu trop, non pas de la qualité des musiciens mais de leur prestation. La répétition des mêmes tempi et nuances peuvent à la longue lasser. Cependant ces trois musiciens ont, ensemble, une complicité amicale. Ça fonce sans se poser de questions, ça met en joie et ça fait du bien aux neurones.

Olivier Témime : saxophone ténor - Michel Zenino : contrebasse, arrangements - Jean-Pierre Arnaud : batterie

LE CHAPITEAU :

21h : RAYNALD COLOM QUINTET & CHICUELO

Je ne connaissais rien de Raynald Colom, un peu son nom c’est tout. Le problème à la sortie de cette prestation c’est que je n’en sais pas beaucoup plus.
De cette musique très écrite, jouée avec maitrise mais aussi très prévisible il ne m’est rien resté. Un Roger Blavia (batterie) beaucoup trop envahissant, un Logan Richardson trop absent et qui semblait se demander ce qu’il était venu faire ici. Même le Fair weather de Kenny Dohram, pris en duo avec le pianiste 
Marco Mezquida semblait sans lignes directrices.
La musique présentée ici n’était pas déplaisante, elle était tout simplement sans âme ou alors elle ne m’a personnellement pas touché.

Raynald Colom : trompette - 
Logan Richardson : saxophone

Juan Gomez « Chicuelo » : guitare - 
Marco Mezquida : piano - 
Armand Sabal-Lecco : basse - 
Roger Blavia : batterie, percussions


23h : PACO DE LUCIA

Ay Paco , ton humilité, ton charisme, simple guitare en main, signe ton entrée, seul en scène sur des variaciones de minera et que l’on soit trois mille ou une personne ne changera rien à l’affaire. Tu ne peux rien faire d’autre que te livrer entièrement et en chacune de tes notes résonnera toute ton âme, ton chant intérieur. Nous ne pourrons rien faire, captivés, ta musique viendra se tordre devant nous. Tu appelles alors ta tribu : chants et palmas avec Rubio et 
David de Jacoba, bailaor et zapateado avec l’extraordinaire danseur Farruco aux poses lascives et tauromachiques, percussions avec El Piraña, clavier et harmonica avec Antonio Serrano, et la basse solide d’ Alain Perez, tous amis de musique pour que la fête soit complète comme au camp à Algésiras. Que tu fasses du jazz ou pas peu importe, car de ta sensualité vient ta capacité à faire chavirer le cœur des femmes, les émouvoir. Tes mains puissantes investissent des boléros, des tangos, des rumbas et autre buléria. De tes mains puissantes jaillissent des fulgurances, des vibratos, des trémolos sans larmes artificielles. Fierté, colère, sourire, complicité, amour et rage. Te voilà maitre de cérémonie, grandiose apparat d’or, de lumière et de feu. Te voilà aussi ici chez toi dans ce pays gersois où l’on sent la pointe des cornes des taureaux venus de l’Espagne andalouse.

Paco de Lucia : guitare 
- Antonio Sanchez : guitare - 
Antonio Serrano : claviers, harmonica
- Alain Perez : basse 
- Piraña : percussions -
Rubio : voix
- David de Jacoba : voix 
- Farruco : danse

> Mardi 6 Aout :

Le chemin des crêtes qui mène de Marciac à Auch a quelque chose de magique. Comme des vagues, les coteaux se succèdent et nous font croire à un tour du monde en voilier que nous n’avons pas encore fait.

L’ASTRADA :

21h30 : ORCHESTRE JIM & CIES EN REGION Direction Jean-Charles Richard

Saluons ce beau projet, ORCHESTRE JIM & CIES EN REGION qui doit permettre à sept jeunes musiciens appelés pour certains d’entre eux à devenir professionnels, d’être confrontés à la scène, à ce moment si particulier où l’on oublie la technique et le savoir pour jouer qui on est. Ils doivent encore grandir, confronter à une technique instrumentale à affermir. Mais aussi quelques beaux solos qui laissent entrevoir pour quelques uns, un bel avenir.

Raphael Matheu : trompette 
- Rodolphe Tissinier : trombone - 
Alexandre Galinié : saxophone ténor - 
Laurent Coulondre : piano - 
Antoine Paulin : guitare
 - Louis Navarro : contrebasse
- Jeremy Bergès : batterie

23h : JEAN-CHARLES RICHARD TRIO « Traces »

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De Jean-Charles Richard on retiendra surtout sa volonté farouche de faire prendre à sa musique un autre angle. À fondre les différentes influences qui font son univers dans un ensemble cohérent. La redite du passé n’est pas son monde, ce qui ne veut pas dire qu’il le mette au rebut le passé, bien au contraire. Qu’on écoute son Wiener aux relents dodécaphoniques, son étrange et fascinante pièce Firmament en hommage à Gérard Grisey maître de l’écriture spectrale ou encore le Nardis de Bill Evans (et, comme le dit Jean-Charles, non de Miles Davis) et l’on comprendra mieux ce dont je parle. Car oui cette musique exigeante et passionnante mérite l’écoute approfondie et se mérite comme un vin (ou un armagnac), œuvre de longue haleine. Elle mérite aussi d’être maturée, d’être jouée (d’être VUE) bien plus souvent pour trouver l’osmose et la complicité nécessaire entre Jean-Charles, Peter Herbert et Wolfgang Reisinger, afin de lui donner sa pleine dimension poétique.

Jean-Charles Richard : saxophone -
 Peter Herbert : contrebasse -
 Wolfgang Reisinger : batterie

> Mercredi 7 Aout :

L’orage gronde ici et le ciel prend de bien belles couleurs. Le bleu, le blanc, le gris donnent un aspect fuyant à la terre et aux collines. Tout le monde (humains et bêtes) s’abrite dans les belles fermes du pays et sous la bâche du festival… de peur que le ciel lui tombe sur la tête et ça tombe dru !!!

Le off :

Il y a certains groupes qui mériteraient de passer sur la big scène tellement c’est bien. Par exemple Anne Paceo et ses collègues. C’est le grand mérite du Off de faire découvrir sur deux jours de jeunes talents et je me suis aperçu qu’en dehors des aficionados du jazz, peu de monde connaissait Anne Paceo. D’ailleurs attirés par la musique, les mélodies simples et chantantes, la texture instrumentale, bon nombre de chalands finissaient par s’asseoir.
Beau moment donc qui reprend le répertoire de son disque Yôkai entourée de sa très solide équipe. Et il est fort possible que nous tenions là, l’un des avenirs du jazz en France ! Ils sont jeunes et vont assurément vers la maturité de leurs carrières musicales même si, pour la plupart d’entre eux, elle a déjà bien commencé. On attend donc la suite de leurs aventures au sein de cette formation et dans leurs projets personnels.

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Anne Paceo : Batterie – Antonin-Tri Hoang : saxophone alto, clarinette basse – Léonardo Montana : piano – Pierre Perchaud : guitare – Stephane Kerecki : contrebasse

> Jeudi 8 Aout :

LE CHAPITEAU :

21h : RAVI COLTRANE QUARTET & STEVE COLEMAN

Imaginons un peu que Ravi Coltrane refasse, à l’instar de Wynton Marsalis, une partie de l’histoire du jazz, imaginez une seconde qu’il reprenne Body and Soul, pire encore, My Favorite Things ou quelques autres standards.
Impossible ! Alors accordons-lui sa chance. Après tout il a le droit (ce que personne au demeurant ne lui conteste) de jouer du saxophone ténor et du jazz et de se faire son prénom. Saluons son courage. Il a dû étudier, comme tout autre musicien, son père, passer des heures et des heures à l’écouter, à relever chorus après chorus, lui qui l’a si peu connu (1 an et des poussières), un père qui n’a pas eu le temps de lui enseigner quoi que ce soit, en était-il seulement capable ? Peut être sa mère Alice… Ravi creuse sa voix (voie) celle qu’il s’est choisi avec intelligence, évitant les écueils, croisant la route de nombreux musiciens pour apprendre, dont celle de Steve Coleman. C’est ce travail qu’il a choisi de nous présenter ce soir. Soyons franc, cette musique dense, sérieuse et implacable peut en désarçonner (voire en effrayer) beaucoup. Elle demande en effet concentration à son auditoire. Les mélodies sont loin d’être faciles, les grooves (beaucoup de mesures impaires, de claves) peuvent sembler à tort incohérents. L’arrivée de Steve Coleman booste tout le monde dans une autre dimension plus énergique et contrapuntique. Les échanges entre les deux musiciens se font plus rageurs. David Virelles au piano est le parfait équilibriste en sachant se taire quand il le faut et jouer à propos quand c’est son tour. Johnathan Blake est impérial à la batterie dans une musique très exigeante rythmiquement.
À la sortie de cette prestation les applaudissements sont polis, sans plus.
Courage Ravi, tu es sur la bonne voie (voix), la tienne !

Ravi Coltrane : saxophone ténor 
- Steve Coleman : saxophone 
alto - David Virelles : piano
- Dezron Douglas : contrebasse - 
Johnathan Blake : batterie

23h : JOSHUA REDMAN QUARTET

Après la prestation convaincante de Ravi Coltrane retour à un certain classicisme qui allait rassurer une partie du public effrayé par tant d’audaces. Surtout que Joshua Redman commence par un Summertime qui se voulait survolté. Et autant la musique de Ravi était urbaine et rugueuse autant celle de Joshua se révélait légère et sans aspérité. Et avouons le tout de suite, au fil des minutes, plus les applaudissements et l’enthousiasme du chapiteau allaient crescendo, plus je me sentais seul au milieu de cette effervescence.
Et ni Gregory Hutchinson à la batterie ni 
Aaron Goldberg au piano n’arrivaient à me sortir de l’ennui et de la torpeur.
Seul l’espoir de voir et d’écouter Céline arrivait à me maintenir éveillé.

Joshua Redman : saxophone - 
Aaron Goldberg : piano
 - Reuben Rogers : contrebasse –
 Gregory Hutchinson : batterie

01h : CELINE BONACINA REUNION

Mais pourquoi faire débuter un concert à une heure du matin ? Pourquoi ne pas commencer la soirée à 20h ? La salle s’est vidée à moitié. Il faut dire renseignements pris que les ¾ du public ignorait de qui il s’agissait. Céline qui ? Céline quoi ? Et Céline Bonacina de mettre tout ce petit monde d’accord.
Généreuse jusque dans le partage, Céline, au travers de ses compositions, a pensé au rôle de chacun des musiciens. Mention spéciale à Leïla Martial dont la voix est traitée comme un instrument à part entière et Illya Amar auteur de très bons soli au vibraphone sans oublier Céline Bonacina impérieuse au baryton. Hélas mille fois hélas, j’ai du quitter la salle, moi aussi, avant la fin pour cause de lever très matinal. Dommage pour une musique qui me semblait allier à la fois fête et sérieux.
Le meilleur en quelque sorte !!!

Céline Bonacina : saxophones 
- Illya Amar : vibraphone - 
Romain Labaye : basse 
- Hary Ratzimbazafy : batterie
- Nicolas : Leroy - percussions
 - Leïla Martial : voix

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De ce festival convivial il me restera quelque chose de profondément humain. Rendons grâce aux marciacais mais aussi au Gers que nous retournerons humer un automne. Comme nous l’on dit Hélène et Yves, des gens du pays, l’air y est suave et les couleurs paraît-il chatoyantes…

Ps : Vous me permettrez également de remercier l’ensemble des organisateurs et des bénévoles du festival pour la gentillesse de leur accueil.

NDLR : Pierre Gros s’est lancé ! Il prétend ne rien connaître à la photo mais il nous a tout de même adressé quelques clichés réalisés avec son téléphone... Un grand merci à lui pour ces témoignages visuels « vus au téléphone » comme dirait Louis Sclavis...


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[1Jazz in Marciac (Gers)

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