« Le jazz tisse sa toile... »
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Rémi Gaudillat, le chant des possibles.

Un assemblage signifiant...

D 5 septembre 2013     H 08:26     A Marceau Brayard    


L’écoute d’un disque va dépendre d’une foule de paramètres pour y donner un avis conséquemment objectif avec la touche d’intersubjectivité qui va avec. Le contexte, l’humeur, tout va jouer un rôle déterminant, qu’on soit à pied à cheval ou en voiture qu’il pleuve ou qu’il vente. Ce disque a demandé cette écoute toute particulière, il a fallu tendre l’oreille pour s’en approcher avec l’attention qu’il méritait. De la première impression à la dernière tout a changé dans des renversements radicaux. Peut-être parce qu’il sait toucher en nous des zones proches de la fragilité, relatant la paix recherchée à la lueur des différentes saisons qu’il a parcouru.

Rémi GAUDILLAT : « Le Chant des Possibles » -  voir en grand cette image
Rémi GAUDILLAT : « Le Chant des Possibles »
IMR 009 / Muséa
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

Sans impatience à son encontre mais en se disant qu’on n’écrirait rien sur lui, c’était plus confortable cette sorte d’inertie. Du coup c’est lui qui a su s’imposer et exister à part entière le plus naturellement possible. La déroute fondamentale nous y attendait.

Elle s’y hasarde parfois dans l’incertitude harmonique qui s’improvise, liée à une ironie mordante. C’est l’esprit en éveil qu’ils délogent avec une grande perspicacité, le train-train du musicien ressassant à l’infini son da capo. La démarche est en marche dès le premier morceau. Pas à pas, la structure musicale va se dévoiler à notre intérêt attisé par la curiosité de ce qui va suivre. La tonalité des corps de souffle se charge sur un registre empli de malice aux courbes insidieusement morcelées au travers de tribulation. Une des meilleures espèces à la manœuvre, où les propagateurs se confondent tantôt inséparablement tantôt diversement, offrant une réunion méthodique mais aussi clairvoyante. Cette continuation quadripartite éclairée, constitue un volet d’imageries où la parole instrumentale donne toute sa voix à ce tableau trivalent (Trompettes, Trombone, Clarinette) qui s’y montre empli d’une identité nourricière.

Disque courageusement ailé qui sollicite un des organes les plus précieux chez l’être humain, celui qui insuffle de la respiration, que les instruments vont venir abondamment révéler à la sagesse de la fuite évolutive, en s’essoufflant les poumons dans de multiples cavalcades. Tous ces éléments à vents s’emboitent les uns aux autres, pour le devenir d’un assemblage signifiant. L’ouvrage s’apparente à un puzzle avec lequel le hasard ne semble pas exclu pour le joueur, sur un terrain de jeu où l’exigence est de mise et préside au sens. Ils suivent cette ligne de force sur un territoire qu’ils fouillent de fond en comble. Dans cette progression ils avancent en véritables fouineurs, auscultant la moindre petite faiblesse jusqu’à l’état de crise. Incursion discographique d’une quarantaine de minutes consistantes, durant lesquelles ils s’aventurent comme s’ils jouaient à saute-mouton dans l’enchainement des sept chapitres. Sans se laisser tromper par des évidences éculées, tant le subsistant indompté qu’ils ravivent fulmine d’espaces imprévisibles.

Nous n’avons plus qu’à attendre la forme scénique, dans l’environnement idéal à cette réalisation empirique ne laissant pas sa place à l’autolimitation. En souhaitant que les gentils organisateurs programmateurs sachent se saisir de cette jolie opportunité.


> Retrouvez ce disque et beaucoup d’autres dans la Pile de Disques de mai 2013.
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Rémi GAUDILLAT : « Le Chant des Possibles »

IMR 009 / Muséa

Rémi Gaudillat : trompette et bugle / Fred Roudet : trompette, bugle, tuba / Loïc Bachevillier : trombone / Laurent Vichard : clarinette basse

01. Jeux d’Ombres / 02. Envolées / 03. L’Armée des Poètes / 04. Rien en Face / 05. Mechanical Wind (L. Bachevillier) / 06. Le Voyage / 07. Lune Triste // Enregistré en décembre 2012.

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