« Le jazz tisse sa toile... »
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Paul JARRET - PJ5 : « Word »

Une musique qui nous parle sans mots.

D 26 septembre 2013     H 06:04     A Pierre Gros    


Le jazz d’aujourd’hui ne s’apprend plus à la dure dans les caves, c’est un fait. On peut toujours regretter ce passé mythique que beaucoup auraient voulu vivre, lieu paradisiaque ou enfer à huis clos, il ne reviendra plus et ne regrettons rien. La musique, le jazz continuent leurs vies et réclament études et excellence si l’on veut exister un tant soit peu, mais également, entre autre curiosité, savoir faire « promotionnel ». Ce que l’on perd d’un coté on le gagne de l’autre. Point de salut si l’on veut avoir une chance de se produire dans des salles qui comptent.

Paul JARRET - PJ5 : « Word » -  voir en grand cette image
Paul JARRET - PJ5  : « Word »
SUCH Prod / Harmonia Mundi
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

Et voici un disque qui permet d’aller à la rencontre du guitariste Paul Jarret, de sa musique, de son projet : le quintet PJ5. Et si Paul a composé l’ensemble du répertoire dans un geste jazzistique totalement assumé, il est aussi le reflet de lui même comme il le dit, d’une vie musicale sans œillères, si jeune soit elle (tous les membres du groupe ont moins de trente ans), d’une génération née à l’ombre d’internet. On entend sourdre de cette musique les grands maîtres du jazz : quintet à la Blue Note, une pincée de Weather Report, une autre de Steve Coleman, le jazz new-yorkais d’aujourd’hui, J.S Bach, le rock ou la pop, Hendrix, mais aussi une culture venue du nord de l’Europe et plus particulièrement de la Suède.

Attention ce n’est pas une tambouille fourre-tout sans goût, ou des paysages glacés à l’horizon infini : Paul a un talent de compositeur qui se manifeste tout au long du disque par la qualité des mélodies et la structure des compositions mais également par des interventions plus courtes (Talk 1 & Talk 2) ou plus intimistes (Ode & Give It A Name). On retiendra plus particulièrement la belle composition Far North Suite qui, après une introduction à la guitare, un choral sur la voix sans paroles d’Isabel Sörling, nous entraîne de manière subtile vers les improvisations et les développements thématiques. Une richesse qui nous vient aussi de multiples détails qui surgissent, inattendus, au fil des écoutes.
Pas de jaloux, tous les musiciens sont ici excellents, dans la maîtrise, que ce soit dans le son ou dans les soli. Ils sont d’ailleurs tous issus des meilleurs conservatoires (CRR de Paris, CNSM), bardés de diplômes et de prix bien qu’ici ça ne soit pas l’essentiel. Alors chipotons un peu et réclamons encore un petit effort, celui de dire non, celui de la révolte. Le studio, même les meilleurs comme ici, peut parfois freiner l’enthousiasme des improvisateurs et Stéphane Guillaume, fort de son expérience, sait montrer la voix et amener un peu de folie par ses interventions.
Leur manquerait-il l’épreuve de la cave à la dure ? C’est sans importance, leurs destinées musicales, ils les construisent. Quoiqu’il en soit c’est une bien belle musique que voilà et le lâché-bride aura certainement lieu sur scène.

Alors, bonnes gens, allez écouter cette musique qui nous parle sans mots, ces musiciens le méritent, l’avenir est entre leurs mains.


PAUL JARRET PJ5  : WORD

> SUCH Prod 005 - Collectif BLO / distribution Harmonia Mundi (parution en octobre 2013).

Paul Jarret  : guitare & composition / Maxencera Velomanantsoa : saxophone ténor / Léo Pellet  : Trombone / Alexandre Perrot : Contrebasse / Ariel Tessier  : Batterie / Stéphane Guillaume  : Saxophone soprano (11) & clarinette basse (1), Isabelle Sörling  : Voix (3) / Benjamin Belloir  : Bugle (3) / Bertrand Luzignant  : Bugle (3) / Anthony Caillet  : Euphonium (3)

01. Stammer / 02.Over The Lazy Dog / 03. Far North Suite / 04. Talk1 / 05. Emily’s Sleep / 06. Ashfield / 07. Ode / 08. Peanuts / 09. Mutisme / 10. Talk 2 / 11. City Owl / 12. Give It A Name

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