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Élise CARON et Denis CHOUILLET

Nouvelles Antiennes au Triton

D 16 octobre 2013     H 21:43     A Alain Gauthier    


D’abord, Denis CHOUILLET. Le gars planqué derrière ses claviers et son petit bedon mignon. Ceux qui ont lu Stoner de John Williams, traduit par Anna Gavalda, savent l’équilibre incroyable de ce roman. Sa totalitude. Sa complétude. Aucun mot superfétatoire. Et bien, le Denis, y fait pareil. Il va à l’essentiel, il distille ; chaque note compte et conte. Un ostinato obstiné, un trait en forme de saillie, une ligne mélodique subliminale. Pas question d’en faire dégringoler partout autour. Il ne se couche pas sur le clavier, il ne le frappe pas à coups d’avant-bras ( -le-kata-du-pianiste-karatéka-), il ne concourt pas au championnat de la plus haute vélocité pianistique.
Avec Denis CHOUILLET, chaque note EST nécessaire. Chaque note. Chaque note. Chaque note.

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Élise Caron (2013)

Et là, pas loin, à portée de son regard, au sein d’un territoire matérialisé par un micro au bout d’un bras rotatif, un tabouret, une guitare, un clavier électrique, un autre micro, au milieu de cette brocante, Élise CARON. Madame. Bon, non, elle n’a pas l’âge canonique d’une rombière du 7è à la peau de caïman surexposé au soleil du Lubéron et démasquée par la chirurgie inesthétique. Madame, parce que. Mademoiselle, ça ne le fait pas. Fifille non plus. Cette créature, possible. Mais Madame, oui. Donc Madame Élise Caron.

Pour le troisième concert d’une série de cinq consécutifs, à une heure indue : 19h 30. Qui va au concert à 19h 30 ? Et laisse les petits tout seuls devant la nounou multichaînes en attendant la fonte de la soupe surgelée ?
Eh bien, Jean-Pierre Vivante (le taulier ) assume le karma de son nom. Avec lui, la vie vivante c’est tous les jours. Il tente de faire évoluer le triptyque métro-boulot-dodo en métro-boulot-triton-dodo et ça réussit plutôt pas mal.

Nouvelles antiennes nous emporte dans un vaste tourbillon, un manège, une valse lente qui, de temps en temps, laisse la place à des petites choses moins ternaires, plus carrées.
Il faut le dire : les mélodies ne sont pas destinées à des hurleuses approximatives, à des qui confondent ligne mélodique avec chant primal ou expectoration laryngée. Elles nécessitent une précision de diamantaire, de chirurgien du cerveau.
Les textes circulent entre tendresse, nostalgie, humour à la Bobby et clins d’oeil oulipiens, tristesse, réalisme désabusé, etc... La vie kouahhh !!!
Courtes vignettes intenses, chansons abouties : l’incontournable texte en anglais au titre rare « Hey you », « Nos réfrigogérateurs », « les temps sont durs », « j’aimmmm-alalatête », « on est tous guéris, au gué », « Je me fais mon deuil »...

La salle, cocon intime, retient son souffle, écoute, écoute, écoute. On entendrait glisser un drône dans les cintres.
Il y a du mystère chez cette immense chanteuse. De temps en temps, elle entrouvre une porte, entame un truc puissant, maîtrisé, plein et referme aussitôt la porte, nous laissant frustrés de ne pas en écouter davantage. Ce début de lied allemand en accordant sa guitare ( blauen blumen, mein schatz, für dich ), ce délire gromelot, …..
Au premier rappel, nous entendrons Eurydice ter. Au second rappel le cultissime « la boulangère ».
On aimerait bien qu’elle recommence au début.

Le Triton - 10 octobre 2013 - 19h30
11 bis, rue du Coq Français - 93260 Les Lilas


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