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Leyla McCALLA & ODETTA : deux grandes voix noires

La seconde pourrait être la grand-mère de la première...

D 15 décembre 2013     H 18:04     A Jean Buzelin    


La seconde pourrait être la grand-mère de la première car toutes deux s’inscrivent dans cette mouvance folk song, à la fois en marge des grands courants et de plain-pied avec la réalité constante qui ponctue l’histoire de leur communauté. Toutes deux sont des voix de leur peuple. Leyla McCalla propose un hommage au grand poète Langston Hughes (1902-1967), grande conscience afro-américaine, très engagé dès les années 20 dans le mouvement Harlem Renaissance et très proche du blues et des gospel songs (souvenons-nous de son spectacle “Black Nativity”). Odetta chanta lors de la grande marche de Washington d’août 1963 lors de laquelle Martin Luther King prononça son discours désormais immortel.

Leyla McCalla

LEYLA McCALLA : “Vari-Colored Songs – A tribute to Langston Hughes“ -  voir en grand cette image
LEYLA McCALLA : “Vari-Colored Songs – A tribute to Langston Hughes“
Dixiefrog / Harmonia Mundi
« OUI ! On aime ! »
« OUI ! On aime ! »

Née à New York de parents d’origine haïtienne, Leyla McCalla étudie le violoncelle classique mais se passionne très tôt pour les musiques traditionnelles des Caraïbes et des Etats-Unis. Installée depuis quelques années à la Nouvelle-Orléans où elle se sent plus proche de ses racines, elle a accompagné durant deux ans les Carolina Chocolate Drops, string band qui fait reviver l’esprit vintage. Elle a tourné en France cet automne (parfois en compagnie de notre ami Raphaël Imbert, toujours présent sur tous les fronts), et se produit à Paris en décembre 2013, à l’Olympia et au Duc des Lombards.
Son premier album solo, “Vari-Colored Songs”, se compose donc, pour moitié, de poèmes de Langston Hughes qu’elle a mis en musique, et de morceaux traditionnels arrangés par elle-même et chantés pour la plupart en créole. Leyla McCalla possède une voix pure et brute qui véhicule, plus que de la nostalgie, un certain sens du tragique. Elle s’accompagne, suivant les pieces, au violoncelle pizzicato, au banjo ténor ou à la guitare acoustique. Elle est parfois rejointe par un ou deux musiciens, la chanteuse des Chocolate Drops Rhiannon Giddens chantant avec elle à trois reprises. Il en résulte un disque bougrement attachant, qu’on écoute et réécoute sans se lasser. Plongeant dans les folklores, sans oublier le blues (Love Again Blues), Leyla McCalla réussit à leur rendre une étonnante fraîcheur. Sa musique est intemporelle et, ce qui est très fort, totalement originale.

Odetta

Odetta : « To Ella » -  voir en grand cette image
Odetta : « To Ella »
Silverwolf / Orkhêstra

Odetta (1930-2008) est née à Birmingham (Alabama), berceau de la lutte pour les droits civiques dont elle sera l’un des grandes voix dans le milieu artistique. Elle acquiert une très grande popularité dans les années 50/60 avec un repertoire éclectique comprenant folk songs, negro spirituals et, plus tard, blues, et sera l’une des influences majeures de Joan Baez, de Janis Joplin, et aussi de Bob Dylan.
Ce concert a été capté lors du festival de Kerrville le 15 juin 1996, le jour même de la mort d’Ella Fitzgerald. C’est pourquoi ce disque est intitulé “To Ella”, bien que le repertoire, traditionnel, n’ait rien à voir avec celui de la grande dame du jazz. Odetta commence par un Black Woman chanté a cappella, et termine avec le célèbre Amazing Grace que reprend le public. Sa voix, si elle n’a plus l’ampleur exceptionnelle de sa jeunesse, conserve sa force et, simplement accompagnée par une guitare, la chanteuse module toujours admirablement son chant.
Un beau retour aux sources.


LEYLA McCALLA : “Vari-Colored Songs – A tribute to Langston Hughes“

Dixiefrog DFGCD 8752 - Distribution Harmonia Mundi

Leyla McCalla : voixl, violoncelle 1-2-3-4-11-13, banjo ténor 3-4-5-6-7-10-13-14, guitare 8-9-12 / Tom Pryor : pedal steel guitar 1-3-4-14 / Joseph Dejarnette : basse 1 / Luke Winslow-King : guitare 6-9 / Cassidy Holden : basse 6-9-11 / Rhiannon Giddens : voix, shaker 7-10-12 / Matt Rhody : violon (fiddle) 9 / Hubby Jenkins : guitare 10, bones 11 / Don Vappie : banjo ténor 11).

01. Heart of Gold / 02. When I Can See the Valley / 03. Mesi Bondye / 04. Girl / 05. Kamèn sa w fè ? / 06. Too Blue / 07. Manman Mwen / 08. Song for a Dark Girl / 09. Love Again Blues / 10. Rose Marie / 11. Latibonit / 12. Search / 13. Lonely House / 14. Changing Tide.

Poèmes de Langston Hughes, musiques de Leyla McCalla (1-4-6-8-9-12-13), compositions de McCalla (2), traditionnels, arrangements McCalla (3-5-7-10-11-14), enregistrées à Floyd (Virginie) et à la Nouvelle-Orléans en janvier 2013.

ODETTA : “To Ella“

Silverwolf SWCD1012 - Distribution Orkhêstra

Odetta (vocal), accompagnement de guitare non indiqué.

01. Black Woman / 02. The Fox / 03. Suite : Ancestors (10 songs) / 04. Ol’ Lady Sally / 05. Amazing Grace.

Traditionnels, enregistrés au Kerrville Folk Festival le 15 juin 1996.

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