« Le jazz tisse sa toile... »
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L’ACOUSTIC LOUSADZAK : jour et lendemain.

Tchamitchian Président !

D 21 mars 2014     H 21:56     A Alain Gauthier    


Claude Tchamitchian -  voir en grand cette image
Claude Tchamitchian
© Yves Dorison

On dira ce qu’on voudra, le jour du mariage, c’est bien : chacun sur son quant-à-soi du dimanche, le cheveu gominé, le soutif arrimé sous le décolleté panoramique, le ventre rentré et le sourire jusqu’aux oreilles, fin prêt pour le monde des appâts rances.

Mais le lendemain, tout le monde vous le dira : y’a rien de meilleur ! La mariée a oublié sa gaine-culotte qui tentait de faire tenir un quarante et quelque dans un trente-six optimiste, sa mère aussi (trois tailles au-dessus...), le marié a renfilé son vieux d’jean pourri et son veston daté qui fait style, son témoin a noué sa cravate autour du cou d’une bouteille de Chablis qui fraîchit dans un seau au milieu des glaçons, les tontons ont tombé la veste et, répandus sur leur chaise, se font une petite belote coinchée, les femmes repliées au bord du jardin refont le match de la soirée.
L’ambiance du retour-de-noces est à la détente, au relâchement, à la joie.
L’Acoustic Lousadzak a fait de même : le samedi soir, emplissant le plateau de l’Atelier du Plateau de ses musiciens : Claude TCHAMITCHIAN aux compos et à la contrebasse, Rémi CHARMASSON à la guitare, Guillaume ROY au violon alto, Régis HUBY au violon, Catherine DELAUNAY et Roland PINSARD aux clarinettes, Fabrice MARTINEZ aux trompette, cornet et bugle, Stephan OLIVA au piano, Géraldine KELLER, voix et Edward PERRAUD aux percussions, il a joué sérieux, mesuré, propre sur soi. Un magnifique concert que le public a ovationné.

Et le lendemain, tiens-toi bien Sébastien, le dimanche, sur le coup de 17 heures, pendant que d’aucuns cramaient aux terrasses et préparaient aux dermatos une semaine de rêve, ils sont arrivés relax-Max, cool-Raoul, tranquilles-Cyril et alors là, on a entendu ce qu’on a entendu : le nectar plus ultra, la quinte et sens, ZE best in ZE world !

Ça commence par un ostinato ténu têtu du guitariste, poursuivi par le piano et le violon qui s’installent au-dessus, puis les vents soufflent (ceci n’est pas un contrepet) et étalent une autre couche elle-même recouverte par la contrebasse et la batterie !!! Et vazy que j’te !!! Ça boucle et reboucle, pur orchestre de chambre qui nous la fait gentil-gentil-gentil. Oui, belle-maman, n’ayez crainte, on ne risque rien, c’est pas de la musique de sauvages.
Alors, LA voix.
De Géraldine Keller.
Esseulée seule en solo.
Strip-tease intégral de ses cordes vocales.
Ahurissant.
Elle ne savait pas que c’était impossible alors elle l’a fait.
N’aie pas peur, qu’elle dit, redit, répète, crie, susurre, chuinte, psalmodie, siffle, souffle, sature.
L’air de l’atelier se fait rare, comme aspiré par cette bouche et ce corps.
Puis ils la rejoignent, Huby et Roy emportés dans une impro féroce que Tcham soutient, et le trio classique piano-basse-batterie où Oliva prend son temps et toute la place dont il a besoin pour la raconter, son histoire ; plus tard, il sera question des sentiments, « soyez doux avec vous », qu’elle nous dit Géraldine ; Roy s’y décolle, les yeux fermés sur son cinoche perso l’archet en folie, puis on arrive vers la fin de ce premier morceau, ça pourrait finir tranquille pépère, on a retenu les paroles, on les a entendus se livrer, ben non. Martinez embouche sa trompette et livre (le samedi ET le dimanche SVP) LE solo énorme, déchirant, émouvant, poignant et mémorable. Là, t’as beau être le lendemain, détendu du string, t’as des trucs qui se nouent serrés comme un nœud mouillé. Peut-être même qu’une petite humidité discrète t’humecte le coin de l’œil, reconnais-le.

Claude Tchamitchian & Rémi Charmasson - Avignon, 13 juillet 2013 -  voir en grand cette image
Claude Tchamitchian & Rémi Charmasson - Avignon, 13 juillet 2013
© Thierry Giard

Alors, on applaudit, longtemps, longtemps, longtemps ( quand le soleil a disparu... ).
On pourrait s’arrêter là, rassembler nos émotions, nos ressentis, nos sentiments, nos frissons.
Non, ils appliquent une deuxième couche.
Qui commence comme un crumble secoué : ça discute ferme entre la guitare, la batterie et la clarinette et soudain tout le monde s’y met. Le pékin moyen-moyen se demande mais il est où le chef d’orchestre habitué qu’il est à voir des chefs partout. Y’a pas de chef mon gars, t’es pas à l’UMP ni au FN, là où on guette l’homme providentiel. T’es chez des voyous d’intermittents du spectacle, des anars, des libertaires, peut-être même de la mouvance tu sais quoi.

Un signe de tête, un échange de regard, une inspiration manifeste et hop !!! il s’y collent. Le rythme mollit du genou ? L’archet du Roy envoie l’info, régulation discrète et efficace. La voix encore, qui nous saisit et qui déroule « tout, temps, tâtonner, tenter, imaginer l’éternité... ». Et Pinsard à la clarinette basse qui envoie un solo free de chez free que plus free, c’est trop cuit !! Puis Huby, puis Peyraud. Ils y passent tous. Bordel de dieu : quels talents !!! Outre d’être des intermittents, ils sont aussi épris d’une valeur rare qui aggrave leur cas. Entre servir ou se servir, ils ont choisi : servir, servir l’autre, le collectif, la musique. Servir.

Et la dernière pièce.
La clarinette de Delaunay vient en raconter une petite toute mignonne, flirte avec le bassiste genre tu viendrais pas faire un tour au parc avec moi ? Oui, là, derrière, aux Buttes ? Mais non, ça le fait pas et le bassiste y va tout seul de son côté, triste le pôvre, eux tous en groupe et pas lui, voilà, c’est karmique, y’a rien à y faire......
Et le crumble secoué de plus belle pour finir en apothéose et nous en apesanteur.
Tes mains, tu les contrôles plus, elles applaudissent comme jamais, longtemps longtemps encore.

Kicéti qui fait le plus de bien à la démocratie :
les intermittents du spectacle ou les permanents de la politique ?
Ceux qui visent à partager une culture polymorphe ouverte jubilatoire innovante et compétitive t’as vu le prix que tu gagnes avec ton talent d’intermittent ?) ou ceux qui se droguent dur aux mandats, plus accros qu’un morpion à une foune ?
Un milliard par an pour le régime des intermittents avec en contrepartie ce bonheur partagé, cette ouverture au monde et à l’autre ou trente milliards du CICE sans aucune contrepartie ?
Un milliard par an pour le régime des intermittents ou 210 milliards annuels d’argent public en aides diverses aux entreprises ?

Les textes sont de Agosta Kristof et Christine Roillet.

Il n’est pas convenable de lire :
« Reprendre, ni sang ni dette » de Jean Michel TRUONG,
« Délits d’élus, tome 1 (400 politiques aux prises avec la justice) » de Graziella Riou HARCHAOUI et Philippe PASCOT.


> Atelier du Plateau - 5, rue du Plateau ; 75019 Paris - samedi 1er et dimanche 2 mars 2014.
Claude Tchamitchian -Acoustic Lousadzak : Claude Tchamitchian : contrebasse, compositions / Rémi Charmasson : guitare / Guillaume Roy : violon alto / Régis Huby : violon / Catherine Delaunay, Roland Pinsard : clarinettes / Fabrice Martinez : trompette, cornet et bugle / Stephan Oliva : piano / Géraldine Keller : voix / Edward Perraud : batterie, percussions / Agosta Kristof et Christine Roillet : textes


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