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Susanne ABBUEHL - Le don

Un disque intemporel.

D 20 mars 2014     H 13:59     A Yves Dorison    


Ce qu’il advient de l’âme du poète quand elle laisse son art s’écouler, qui peut le dire ? S’appauvrit-elle, se consume-t-elle ? Ou bien se régénère-t-elle, nourrie de son essence révélée ?

Susanne ABBUEHL : « The Gift » -  voir en grand cette image
Susanne ABBUEHL : « The Gift »
ECM 372 7084 *2322 / Universal
On aime ! -  voir en grand cette image
On aime !

Il est notable que Susanne Abbuehl, poétesse en sa matière, confirme cette plausible hypothèse avec « The gift », album au titre véritablement approprié.
Car c’est bien d’un don qu’il s’agit, d’un don vocal, baigné par le verbe poétique de Sarah Teasdale, Wallace Stevens, Emily Brontë et Emily Dickinson, accompagné par la musicalité complice d’artistes sensibles en parfaite connivence avec la chanteuse bernoise à laquelle un passé commun déjà conséquent les lie.

Il n’y a, à proprement parler, rien à dire de cet enregistrement si ce n’est qu’il donne en partage à l’auditeur une équanimité empreinte de mysticisme.
Que la fureur vous tienne et l’envoûtement du chant la désagrège.
Que la tristesse vous serre la gorge et la poésie vous soulage par les mots autant que par la voix si naturelle de Susanne Abbuehl qui se rapproche toujours plus de son humanité profonde, de son territoire intime.

C’est donc affaire de vérité première, de voix libre, d’exhalaison ténue, de souffle retenu, d’irisations subtiles, de couleurs unies par les liens du pigment musical. Le paysage introspectif se livre, d’abord entier, puis par touches infimes, dans les inflexions ombreuses d’une toile sonore à la densité sans pareille. Ce qui semble de prime abord si évanescent est plus sauvage qu’il n’y paraît car sans fracas mais avec constance, la voix brute impose à l’auditeur l’essence de son chant, l’immerge dans un bain salvateur de remous qui berce notre sensibilité auriculaire dans les chatoiements nuancés d’un art consommé. Et l’on s’émeut de tant de beauté délivrée... et l’on se souvient avec bonheur que Yves Bonnefoy a osé affirmer que la poésie pouvait sauver le monde.

Post Scriptum : Et puisqu’on parle de poésie, nous vous signalons que Philippe Jaccottet vient, de son vivant, d’être publié dans La Pléiade / Gallimard.


Susanne ABBUEHL : « The Gift »

ECM 372 7084 *2322 / Universal Music France (parution le 13/05/2013)

Susanne Abbuehl : voix / Matthieu Michel : bugle / Wolfert Brederode : piano, harmonium indien / Olavi Loihivuori : batterie, percussions

01. The Cloud -texte Sara Teasdale / 02. This and My Heart - texte Emily Dickinson / 03. If Bees Are Few -texte Emily Dickinson / 04. My River Runs To You - texte Emily Dickinson / 05. Ashore at Least - texte Emily Dickinson / 06. Forbidden Fruit - texte Emily Dickinson / 07. By Day, By Night - exte Sara Teasdale / 08. A Slash Of Blue - texte Emily Dickinson / 09. Wild Nights - texte Emily Dickinson / 10. In My Room - texte Wallace Stevens / 11. Bind Me - texte Emily Dickinson / 12. Soon Five Years Ago - texte Susanne Abbuehl / 13. Fall, Leaves, Fall - texte Emily Brontë / 14. Sepal - texte Emily Dickinson / 15. Shadows on Shadows - texte Emily Dickinson / 16. This and My Heart (var.) - texte Emily Dickinson // Enregistré aux Studios La Buissonne (Pernes-les-Fontaines - France) les 30 juillet et 1er août 2012.

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