« Le jazz tisse sa toile... »
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[Paris] Light Blazer à l’Ermitage

Le costume de lumière, olé !!

D 29 avril 2014     H 07:46     A Alain Gauthier    


Une étude sociologique des lieux de musique permettrait de cerner quel public se rend où pour écouter quoi. Par exemple : les inconditionnels du New Orléans et de la première moitié du XXè, les amoureux du be-bop et de la seconde moitié du XXè siècle, ceux qui préfèrent les musiques présentes de ce début du XXIè et ceux que les mélanges ravissent : le composé de la combinaison du cocktail, du panachage et du croisement du jazz, du rock, du rap et plus si affinités. ( y mas si afinidades : claro que si, la rédaction de CultureJazz s’ibérise ).

Ce soir, au Studio de l’Ermitage, un public de trentenaires joyeux, picoleurs, printaniers et beaux comme des dieux se prépare à jouir collectivement ( si si… ) de ce brassage dû à l’octet LIGHT BLAZER qui rassemble, réunit et regroupe : Jonas MUEL, sax ténor, compositions et arrangements, Julien SILVAND à la trompette, Julien SORO au sax alto, Julien GOEPP à la batterie, Stéphan CARACCI au vibraphone, Guillaume MARIN à la basse électrique, Paul JARRET à la guitare et Edash Quata : MC. Sans oublier le cochon rose qui groinque ici et là avec à propos et Soro.
Bon, MC, ça veut dire quoi d’abord : Militaire Compulsif ? Mahousse Crétin ? Aime Cé-(cile) ? Maître de Cérémonie.

Ça commence de l’autre coté de l’océan avec l’entrée à l’américaine du MC : descente des escaliers sous les cris et les applaudissements et hip hop : c’est parti.
Rap râpeux en anglais, s’il vous plaît. Déjà, en français, attraper la scansion du truc, les enchaînements maraboudficeldechval, les allitérations, les homéotéleutes, métaphores et autres paronomases sans oublier la rage du rapeur, ça occupe une grande partie de la capacité de l’auditeur. Mais en anglais ?!!! T’imagines ???
Feuqu’tchiz-parking-on-the-beach-bitch-feuq’-ketchup-loving-happy-day-... : pffff. Éreintant. Heureusement, Edash Quata n’est pas un rappeur du genre monocorde oscillant d’un pied sur l’autre. Il groove grave grivois, met de l’émotion-de la passion-des nuances-des cadences-de l’élégance-du cœur-ma soeur-des tripes and stars et la musique l’emporte et nous aussi.

Il rappe en anglais, il boit des coups en français ( iiilll est des no-otreu !! )
« Prise d’otages à Pôle Emploi » nous fait vivre l’improbable dialogue intermittent du spectacle-permanent du Pôle. Entre le rappeur et l’orchestre, les questions et les réponses installent un reflet parfait de cet univers déjanté et surréaliste, pété d’humour. Exit Edash Quata le temps de l’utopie de Muel : « Une autre direction » ( que celle, merdique, désespérée, criseuse du monde actuel ). Un autre monde qui serait bien plus et beaucoup moins. Gros clins d’œil à la musique répétitive, des boucles en veutu-envoilà et le jazz colonise la scène avec les solides soli velus couillus de Soro, Silvand et Jarret. - Ces gars-là savent faire autre chose qu’envoyer des riffs derrière un rappeur.
Suit une pièce superbement écrite et arrangée où Edash Quata et June, éphémère chanteuse, s’affrontent dans une épatante opposition scansion brève/scansion longue. Puis Patience où le rappeur se fait chanteur épatant.

Au retour de la pause, un énorme Nightwatcher nous cueille au plexus scolaire ( c’est les vacances ) avec solo de trompette, battle ténor-alto. Le jazz dans sa toute splendeur qui intègre les influences du moment. Jazz hip hip hop : hourra !!!
Séquence zen avec les mots du maître Shutaku ( entre Hui-neng et Lima-ong ) qui dit ( en résumé ) : « chaque molécule prêche une loi parfaite ». Ce qui, traduit en français de chez nous devient : un point, c’est tout. ( Oui, relire, s’arrêter un instant, inspirer, relâcher : un point, c’est tout. )
« La légende du serpent à lunettes » confirme le sérieux de ces mecs et la densité du propos : ça ne rigole pas, ça envoie.
Dernier morceau, rappel scat Va Douh Vey ( prononcez Veill’ ).

Superbe concert, superbe orchestre, superbe musique.
Dans la rue, aucun sage ne montre la pleine lune du doigt et aucun idiot ne regarde son non-doigt.

Studio de l’Ermitage - 8, rue de l’Ermitage - 75020 Paris - mardi 15 avril 2014 à 20h30
Light Blazer : Jonas Muel : saxophone ténor, compositions, arrangements / Julien Silvand : trompette / Julien Soro : saxophone alto / Julien Goepp : batterie / Stéphan Caracci : vibraphone / Guillaume Marin : basse électrique / Paul Jarret : guitare / Edash Quata : MC


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