« Le jazz tisse sa toile... »
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Ensemble ART SONIC, à Paris.

En été, au Parc Floral

D 28 juillet 2014     H 17:04     A Alain Gauthier    


Dans le magnifique Parc Floral, sous la conque de toile, l’Ensemble Art Sonic donne le départ du dernier week-end du Paris Jazz Festival 2014. Avant que la musique classique ne prenne la suite. Choix qui s’avère judicieux tant la musique proposée se situe dans l’entre-deux : ni jazz ni classique, un peu des deux. Une passerelle en quelque sorte.

Ce quintet formé de Jocelin MIENNIEL à la flûte, Sylvain RIFFLET à la clarinette si B, Sophie BERNARDO au basson allemand, Cedric CHATELAIN aux hautbois et cor anglais et Baptiste GERMSER au cor d’harmonie est quasiment un quintet de bois. Et bois évoque des senteurs de futaies après l’averse, un ouisquie de tourbe, un plat de girolles cueillies sous la mousse au pied d’un châtaignier, l’odeur entêtante d’une allée de pins sous un cagnard insolent, la douceur d’un outil en cormier patiné, le rugueux d’un plancher mal équarri, la piqûre d’une écharde dans la pulpe d’un doigt...

Ce quintet nous a enveloppé de cette atmosphère boisée même si l’immensité du site laisse à penser qu’une cave voûtée, un lieu clos, une chambre pourquoi pas, seraient des endroits plus appropriés pour goûter jusqu’à la plus infime molécule les œuvres interprétées.

Pas de pédales d’effet, pas de petites bidouilles électroniques : rien que du son naturel, bio, avec l’intrusion murmurante du vent s’ajoutant de ci de là.

Musique à l’écriture serrée, millimétrée, qui impose une interprétation parfaite : inutile de tenter des broderies ad libitum, ça ne passerait pas. Et mettre un « pain » là-dedans ? Aussi discret qu’une érection dans un harem... Soudés à l’arc, ils font corps, telle une élégante mêlée de rugby sans contact physique : ensemble ils poussent, patientent, étayent, colmatent, avancent et se sourient quand c’est fini. De la belle ouvrage.

La machine à nuages (J. Mienniel) offre à Rifflet le temps d’un solo, histoire de nous faire croire qu’il s’agit bien d’un concert de jazz.
Non non, juste de la musique improvisée dans un cadre très écrit. Puis Xiasme d’Edward Perraud, arrangée par J. Mienniel, Les mélodies éphémères du même Miennel, Les scélérats ( de Fred Pallem ) avec un solo de cor anglais tout en poésie, fraîcheur et couleurs. La pièce Un dessein (de Rifflet) impose aux musiciens une contrainte particulière : rien d’écrit sur les partitions sinon des informations rythmiques. Pièce éphémère ré-inventée à chaque interprétation. Le concert se termine avec la suite Sequenza delle Cinque Terre de Jocelin Mienniel.

On les rappelle, tellement on se sent bien dans cette clairière virtuelle, momentanée et démontable, qu’ils ont su créer, là, au milieu du parc floral.

Paris Jazz Festival 2014 - Parc Floral de la Ville de Paris, samedi 26 juillet.


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