« Le jazz tisse sa toile... »
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« THE PIMPLES » à l’Atelier du Plateau (Paris)

Une soirée dermatologique...

D 20 novembre 2014     H 08:28     A Alain Gauthier    


Création mondiale, ce soir, à l’Atelier du Plateau qui n’a pas peur de concurrencer Radio France-et ses portes ouvertes ce soir aussi. Le philharmonique là-bas, THE PIMPLES ici à savoir : Guillaume ROY au violon alto, Hasse POULSEN aux guitares, Florent CORBOU à la guitare basse et François MERVILLE à la batterie.

Roy avait annoncé plus tôt dans l’année qu’il concoctait un quelque chose avec de l’électricité : foin de l’acoustique. Pourquoi pas nous aussi branchés sur le nucléaire nomdedieu-ça va faire des étincelles.

Ça commence par un tiret d’archet obsessionnel qu’on pourrait traduire par « il était une fois » répété ad libitum par un mec dont le disque dur a buggué et qui garde le saphir sur le même sillon : il était une fois-il était une fois-il était une fois...

Il était une fois une énervante rougeur sur la fesse droite, une de ces zones qu’on effleure sans y penser, encore et encore comme si à l’effleurer, elle disparaîtrait.

Mais pas du tout, ça ne fait qu’empirer au point que Poulsen est pris d’une frénésie si frénétique que son bras droit entame une frénétique série de pompes frénétiques sur un accord furieux. Il martyrise sa guitare comme un furoncle insupportable devenu un volcan fessier : le drame se consomme sous nos yeux dans l’emballement irrépressible de Poulsen. Une pensée flotte : « mais jusqu’où s’arrêteront-ils ? ». Le savent-ils eux-mêmes ? C’est haletant. Ça s’appelle PIMPLES 1, pour le moment. Ça pourrait s’appeler Vie et mort d’un furoncle.

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Guillaume Roy
© Florence Ducommun - 2014

Suit Béquille sur l’infini du même Poulsen. Là, tu te dis : visualisons une béquille sur l’infini. Ohé, Atlas, comment tu ferais toi ? Où tu la poserais la béquille ?
Les mauvais esprits, prompts à la généralisation immédiate, se la racontent
« ouais, d’accord, vous recommencez en mode pépère paisible une petite histoire douce douceâtre avant de finir en jus de boudin fukushimesque. Encore une métaphore de la vie du furoncle. »
Eh bien non. Cette béquille sur l’infini s’avère un infini de douceur, de poésie, de lignes mélodiques simples et belles.
Quoi !! Y-z-auraient craché leur venin électrique dés le début ?

Une troisième pièce ( Hat man ? ) s’organise en double trio. D’abord Merville-Corbou-Roy puis Poulsen-Cordou-Merville. Lequel Merville ne frappe pas ses fûts et cymbales comme un gendarme les zadistes de Sievens. Il percussionne avec une élégance et une délicatesse épatantes : il souligne, il surligne, il stimule, il laisse tomber sa vaisselle métallique, il se tait, il écoute, il frapote, il crapote, il tapote. Pfff : the right man at the right place at the right time.

Ensuite, un genre d’impro introductive qui mène one more time à un délicieux quelque chose de doux, comme un parfum entêtant, une fragrance tenace, une effluve impalpable qui s’accroche au revers du veston.

Bien sûr on en veut encore : et là, ils nous offrent une fantaisie folk sans fioritures, un thème simple comme une chanson qu’on entendrait les yeux fermés en s’endormant au pied des Monts Ozark, comme quoi, l’électricité, c’est pas que pour les exécutions capitales.

Atelier du Plateau - 5, rue du Plateau - 75019 Paris
Vendredi 14 novembre 2014 à 20 heures.