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Trois disques pour éclairer l’hiver.

Musiques, mystiques et gestes.

D 22 décembre 2014     H 06:30     A Pierre Gros    


Si l’on a une vision étriquée de la théorie, la musique ne pourrait être qu’une mécanique. Il conviendrait alors d’appliquer des formes parfaites, des clichés robotisés, des techniques éprouvées. Et on en trouve à toutes les époques : des motets palindromes de la renaissance aux fugues miroirs parfaitement fonctionnelles du grand Bach. Le jazz n’y échappe pas et peut parfois donner à tort ou à raison cette impression de machine bien huilée. Il est même possible aujourd’hui de faire, à partir d’un bon ordinateur et d’un logiciel adéquat, pour peu qu’on en connaisse les rouages, un disque de be-bop idéal et froid. Oui mais bien souvent on oublie que la théorie n’est que le reflet de la pratique, que la musique est d’abord un geste.


David VIRELLES : « Mbókò »

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David VIRELLES : « Mbókò »
ECM
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Sacred Music for Piano, Two Basses, Drum Set and Biankoméko Abakuá

Dans son nouvel enregistrement, Mbókò sous-titré Sacred Music for Piano, Two Basses, Drum Set and Biankoméko Abakuá, le cubain David Virelles fait appel aux forces spirituelles de son île natale. Plus précisément aux rites des sociétés secrètes de l’Abakua, tradition venue du Nigéria dont étaient originaires la majorité des esclaves cubains. C’est à cette aune qu’il faut écouter les dix plages de ce disque. Et dès le premier titre Wind Rose (Antrgofoko Mokoirén), nous voilà plongés au cœur de cette mystique. Un dialogue entre tambour et piano, une exploration, un appel aux esprits qui nous entourent si l’on en croit ces traditions.
Rien de terrifiant mais un Monde presque intouchable fait de foisonnements rythmiques et qui n’est pas sans évoquer l’esthétique d’un Art Blakey période Orgy In Rythm. S’y ajoute une texture toute particulière avec l’emploi de deux contrebasses auxquelles viennent se greffer les couleurs harmoniques très sophistiquées du pianiste sans oublier les incantations de Román Díaz. Tout cela donne à cet album un coté transcendant et envoûtant que l’on peut explorer longuement pour y découvrir un pan souterrain de l’histoire cubaine.

> ECM 378 2966 / Universal Music France

David Virelles : piano, compositions / Thomas Morgan, Robert Hurst : contrebasse / Marcus Gilmore : batterie / Román Díaz : biankoméko

01. Wind Rose (Antrogofoko Mokoiren) / 02. The Scribe (Tratado de Mpege) / 03. Biankomeko / 04. Antillais (A Quintín Bandera) / 05. Aberinan y Aberisen / 06. Seven, Through the Divination Horn / 07. Stories Waiting to Be Told / 08. Transmission / 09. The Highest One / 10. Efe (A Maria Teresa Vera) // Enregistré aux Avatar Studios, New-York en décembre 2013.


JAUME – SOLER – IMBERT – HARMONIUM TRIO : « Reed Organ & Reeds »

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JAUME – SOLER – IMBERT – HARMONIUM TRIO : « Reed Organ & Reeds »
Label Durance
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Voici le guitariste [1] Alain Soler devenu harmoniumiste, c’est à dire qu’il joue d’un harmonium, instrument à la fois à vent à clavier à anches libres, à registres et à jeux comme un orgue, doté en plus d’un mécanisme à pieds qui permet d’activer tout ça. La difficulté de l’instrument vient de son manque de dynamique rythmique, d’un trop plein de latence qui oblige le musicien à jouer des lignes mélodiques simples ou en block chords. Cette contrainte s’avère ici un atout expressif, art du naïf et sensible aux blues. Ce d’autant plus que nous avons en André Jaume et Raphael Imbert deux joyeux drilles ailés et zélés qui s’amusent foutrement bien autour de mélodies issues de compositions personnelles, du jazz le plus moderne, de standards archi-rejoués, de pop et de folk. Art du vibratoire, ce disque est une histoire d’anches qui se mêlent au gré des improvisations, un état d’esprit tout à la fois sérieux, jovial et ultra-généreux.
Façon idéale de débuter l’année, je ne peux m’empêcher de commencer ici, à en faire le buz(z).

> Label Durance JS1052014 / Orkhêstra

André Jaume : saxophones alto et ténor, clarinette basse / Raphaël Imbert : saxophones soprano, alto et ténor / Alain Soler : harmonium

01. Stella Hymnis (Imbert) / 02. Crystal Silence (Corea) / 03. First Song (Haden) / 04. Angel Eyes (Brent – Dennis) / 05. Art Mots Nient Homme (Jaume) / 06. Infant Eyes (Shorter) / 07. In Germany Before The War (Newman) / 08. Aura Lee ( Love me Tender) (Poulton – Fosdick) / 09. Blame It On My Youth (Levant – Heyman) / 10. Lilou (Soler) / 11. The Fool On The Hill (Lennon – McCartney) // Enregistré à Château-Arnoux (04) le 12 janvier 2012.
Le texte de pochette est de Jean Buzelin, alias Buz. Un plume bien connue de nos lecteurs ! ndlr.


WOVEN ENTITY : « Woven Entity »

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WOVEN ENTITY : « Woven Entity »
Babel Label
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Voici un disque du foisonnement. Fouillis de sons, de sensations que l’on pourrait penser arythmiques tant les rythmes se croisent. Mais voici que surgit un semblant d’organisation, une pulsation, une voix, une mélodie, une flûte, un saxophone, une percussion, un steel drum, une pointe d’humour inattendue et pourtant si évidente.
Il serait ici difficile de dégager une personnalité tant nous avons affaire à une musique d’ensemble à la manière d’un Art Ensemble of Chicago ou d’un Sun Ra. Même la basse qui sert d’ancre n’est en fait que l’émergence d’une texture essentiellement percussive. Ce disque est le fruit d’un long travail entre improvisations collectives spontanées et réflexions mûries d’où surgissent des influences caribéennes, africaines et électroniques. Et chacun sait que pour que les rouages de cette mécanique faite de tôles et de peaux fonctionnent, il faille trouver un pot commun, des références, un laboratoire d’idées : ici la scène londonienne et le fondamental croisement des cultures. Rendons alors hommage au travail du label anglais BABEL LABEL qui dans un travail en profondeur sait prendre des risques et les faire vivre. Soulignons aussi la prise de son qui permet d’identifier chaque instrument en ayant su leur trouver un champ et un espace.
Un disque passionnant si on prend le temps d’en écouter tous les détails qui font le suc du foisonnement susmentionné.

> Babel Label BDV13123 / Harmonia Mundi

Lascelle Gordon : percussions, électronique / Patrick Dawes : percussion / Paul May : batterie / Peter Marsh : contrebasse /+/ Ben Cowen : claviers, électronique sur 1, 5, 7 / Julie Kjaer : saxophone alto, flûte sur 3, 8, 9 / Alan Wilkinson : saxophone alto sur 5

01. C358X / 02. Naked Eye / 03. Who’s who / 04. This Day Will Come / 05. So Black Dada / 06. Hola / 07. Trissh / 08. Earth-Crisis / 09. Point Noir / 10. Moors And Orandas // Enregistré en Grande-Bretagne - date non précisée (2013-2014 ?)


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 : ce logo désigne nos disques favoris !
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David Virelles :

Harmonium Trio :

Woven Entity :


[1et polyinstrumentiste ! ndlr

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