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Louis SCLAVIS & Michel PORTAL au Triton.

Un tandem d’enchanteurs.

D 23 janvier 2015     H 20:02     A Alain Gauthier    


Soirée de gala au Triton et salle comble pour le premier concert de la carte blanche 2015 de Louis SCLAVIS, lequel a choisi d’inviter Michel PORTAL.
LE Michel PORTAL. Deux souffleurs de clarinettes et aussi de sax soprano. Deux immenses musiciens. On n’est pas loin, avec PORTAL, de recevoir une légende vivante, ni sortie du formol, ni soutenue par des sidemen trentenaires survitaminés ne rêvant que de le croquer, une légende qui ignore qu’elle l’est, ah putain de moine, quel pied !!! comme dit l’unijambiste.

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Louis SCLAVIS
© Florence Ducommun - 2014

Ils ouvrent le set avec Droit de réponse. SCLAVIS utilise sa clarinette basse comme des percus et propose des structures rythmiques si simples qu’on pourrait les scander avec lui ; là-dessus, PORTAL y va de sa petite musique à lui. Rien à jeter tant il fait dans l’épuré. On dirait une comptine qu’on chantonne pour s’endormir et qui s’incruste dans les rêves.
Cet esprit de simplicité va illuminer toute leur production d’un soir. Avec Max mon amour, ils atteignent à la simplicité et la minceur absolue : on est à l’os.
SCALVIS donne un coup d’accélérateur avec un thème qui n’est pas sans rappeler l’adrénaline des joutes avec Bearzatti : mise au point au pied à coulisse, unisson sans défaut et vogue le bikayak sur le flot torrentueux : anda !! anda !!
Puis un morceau en forme de questions-réponses. Superbissime et trétrétrébô.
- Jtediknon, ilépa-entréparlacuisine.
- Amékomentulsé ? Tuyété ?
- Non, mélfilsduvoisin madiksonbofrèrluiiété.
- Alorsillavussachanjtou, tédakor ?

Juste magnifique et donc un peu court. Quand c’est bon, on aimerait que ça dure.

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Michel PORTAL
© Florence Ducommun - 2014

Dans ce patchwork de courtes pièces qui n’est pas sans rappeler les nouvelles courtes de Sternberg ou Brautigan, ils jouent le même morceau au tempo « doux religieux » en changeant l’instrumentation façon exercice de style ; PORTAL bricole un truc avec le piano et son sax soprano, on dirait un môme qui déballe ses cadeaux de Noël.
Pour finir, il s’empare de son bandonéon pour ce sublime thème de SCLAVIS : les dieux n’existent pas ( qui pourrait concurrencer la chanson de Souchon « et si y’avait personne  » qui colonise les radios depuis vous savez quoi ). Comme un cri du dedans, avec un énorme solo de PORTAL. Ce mec ne fait pas que bricoler avec cet instrument poignant : il en joue en virtuose.
SCLAVIS, d’un bout à l’autre du concert, s’est mis au service de PORTAL, a magnifié son jeu, ouvert des possibles et pourquoi faire compliqué quand si simple c’est si beau.
Simplicité, légèreté, évidence, plaisir.
On les rappelle, ils reviennent pour une musiquette qui ne déparerait pas dans un fest noz noyé au chouchen ( bando-harmonica ),
on les re-rapelle, ils re-reviennent.
PORTAL chaud comme une baraque à frites en remet une louche de collectivité avec une valse qui oblige SCLAVIS à des prodiges de transposition à vue, un petit bout de concerto de Mozart. Il hésite ? Une petite dernière avant de se quitter ?

Deux mômes facétieux, espiègles, rigolards, contents d’être là.
Nous aussi.

> Le Triton - Les Lilas (93) - mercredi 21 janvier 2015 à 20h.

Photos © Florence Ducommun : Louis Sclavis à Castellas (Gard - janvier 2014) et Michel Portal à Porquerolles (Jazz à Porquerolles - juillet 2014)