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À Paris en février : Counterparts puis Rhizottome « Downtown »

Ça sent le printemps

D 16 février 2015     H 06:30     A Alain Gauthier    


Deux soirs à Paris à l’écoute de musiques toujours inclassables :
À l’Atelier du Plateau, le 6 février, il était question de James Joyce avec « Counterparts » (Ronan Guifoyle, Christophe Lavergne, Dominique Pifarély, Stéphane Payen et Hughes Mayot)
Le duo Rhizottome (Matthieu Metzger, Armelle Dousset) annonçait (déjà) les prémices du printemps ) la Galerie Downtown le 11 février.

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Counterparts : Joyce in Dublin & Paris

Counterparts - Joyce in Dublin and Paris

Où ? À l’Atelier du Plateau qui comme son nom l’indique se trouve en altitude. Pas de congères mais un vent sibérien qui, après s’être affûté les crocs dans la montée des Buttes Chaumont, déboule comme un TGV dans l’impasse du Plateau, y tourbillonne et ébouriffe les impatients de se mettre à l’abri.

Quand ? Vendredi 6 février, à l’heure joyeuse.

Qui ? Ronan GUIFOYLE, composition et basse, Christophe LAVERGNE à la batterie, Dominique PIFARÉLY au violon, Stéphane PAYEN au sax alto et Hughes MAYOT au sax ténor et clarinette siB.

Quoi ? Counterparts-Joyce in Dublin and Paris, une composition inspirée par la vie, l’univers et l’œuvre de James Joyce.

So what ?
En ces temps de Tournoi des Six Nations, on tient là la première ligne de la mêlée et les deux arrières. Une solidité de déménageurs sans palmes ( « votre armoire Henri II, on la met où ma ptite dame ? Au 6è et y’a pas d’ascenseur, mon pov’monsieur Pas de souci, écartez-vous !! ), un pack soudé à l’argon ( Ton cation dans mon anion ), un quintet de gros bras tatoués ( « à maman pour la vie »).
La première ligne mêle trois générations ( allez, d’accord, des demi-générations ), trois histoires, trois expériences.
Les thèmes solides, ardus, bien foutus cohésent le groupe et s’effacent pour d’étendues plages de solo, des plages de sables fins bien sûr. C’est magnifique.
Pas de bidouillage électronique pour faire effet, du vrai, du brut, du qui soupire, transpire, respire.
Solide, costaud, trapu, burné, couillu, ferme, inébranlable, robuste, vigoureux, balèze, voilà les mots qu’ils évoquent.
GUIFOYLE nous a parlé des villégiatures de Joyce, de Télémaque extrait d’Ulysse, de Short Stories et de Finnegans Walk.

Les puristes diront que tout ça ne remplace pas la lecture de l’œuvre.
Quoique.

> Counterparts - Joyce in Dublin and Paris - Atelier du Plateau (Paris) - vendredi 6 février 2015 à 20h

Rhizottome « Downtown »

Rhizottome « Downtown »

Ça sent le printemps...

La discrète rue Visconti s’étire de tout son long entre la rue de Seine et la rue Bonaparte, planquée à deux pas de Saint-Germain des Près (Boris Vian still alive !! ). Derrière de hauts murs, au fond d’une cour intérieure, Downtown Studio, galerie dédiée à la photographie, surmontée d’un clone de la pyramide de Pei, lumineuse, vaste, mêlant bois, pierre et verre : un bonheur de confort esthétique et un espace épatant qui accueille depuis quelques années, les plus grands solistes de la scène jazz européenne : Humair, Chevillon, Sclavis, JC Richard, Huby.... Pfff, rien que du classieux qui ne risque pas de trahir l’esprit du jazz.

Ce soir, le duo Rhizottome formé d’Armelle DOUSSET à l’accordéon diatonique et de Matthieu METZGER au sax sopranino.

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Matthieu Metzger, Armelle Dousset : Rhizottome.
Juin 2014, Chinon en Jazz.

So what ?
Comme un bal folk immobile qui rassemble musiques et danses traditionnelles, ces danses qui remplaçaient avantageusement face-de-bouc et mitik quant au lien social : mazurka, bourrée, valse, scottish... pourquoi pas le jabadao, le plin, la ronde, le branle ou la gavotte.... et qui invite à un cinéma intime : il y aurait un grand grand salon, ses portes entrouvertes sur un jardin de curé, un quadrille arrondi s’enroule et se déroule, un souffle d’air, les voilages ondulent mollement, des écharpes et des châles aussi, de légères glissades spiralées, le plaisir de la danse à deux, trois et plus si affinités.
Puis une cour de ferme où les danseurs, non contents de taper du pied pour damer le sol, gardent la tête haute et le souffle mesuré ( la tuberculose moi ? Jamais !! ) devant les pères et mères soupçonneux ( lequel ne s’essouffle pas et fera l’affaire pour notre chère fille ? ), et pourquoi pas une soirée paisible, adossés au mur, face à la nature qui s’ensommeille...
Chaque morceau comme la bande-son d’un court-métrage où Metzger et son sopranino convoquent bombarde, hautbois, cabrette, vielle tandis que Dousset perpétue le fil intemporel des musiques populaires de la planète : folkeux, baroqueux, festnozeux, gigoteux, tous sont conviés.
Pour un hommage à Schubert qui n’en demandait pas tant, Metzger dégaine un instrument de sa fabrication, sans doute inspiré du gaffophone de Gaston Lagaffe, d’une taille nomade (pas sûr que Schubert ait digéré sa truite et échappé aux arêtes), prend un solo en respiration circulaire, ostinati obstinés et tout et tout. Evan Parker apprécierait.

Armelle Dousset et Matthieu Metzger - Coutances, mai 2014 -  voir en grand cette image
Armelle Dousset et Matthieu Metzger - Coutances, mai 2014

Dousset, partenaire millimétrée, se fait ambianceuse, imprime un groove qui invite au rebond, au jaillissement, danser elle connaît.
Ils nous emportent dans le plaisir d’un concert de savante musique populaire et de musique savante et populaire.
Quand est-ce qu’on recommence en dansant  ?

> 11 février 2015 : Concert privé à la Galerie Downtown, Paris (75)