« Le jazz tisse sa toile... »
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Funk, jazz & slam à Banlieues Bleues

Festival Banlieues Bleues 2015, Espace 1789 à Saint-Ouen.

D 17 avril 2015     H 17:18     A Pierre Gros    


> Vendredi 03 avril à 20h30.

Il est des formes d’expressions universelles qui traversent les âges et les frontières. Du commencement de nos ères historiques à aujourd’hui, l’art oratoire, le poème scandé et rythmé en est un qu’il soit rimé ou en prose. Il en existe encore de nombreux exemples, le bertsolari, joutes improvisées et chantées au Pays Basque, en Afrique à travers des traditions ancestrales, et bien entendu dans le slam, on pourrait même y ajouter, loin des écrans, sur les planches ou près du feu la conteuse, le conteur.
Et c’est bien Lacan n’est ce pas, qui nous disait «  il n’y a pas de trouvailles, il n’y a que des retrouvailles »

> 20H30

Hubert DUPONT VoxXL !

Si on suit la discographie, les projets scéniques d’Hubert Dupont, à l’évidence on peut dire qu’il ne s’est jamais laissé enfermer dans des schémas répétitifs. De Kartet à Jasmim juqu’au VoxXL ! de ce soir, son regard, sa musique se sont tournés vers un cosmopolitisme, ne serait ce que musical, choisi et assumé. Non pas qu’il faille chercher ici une béatitude emplie de beaux et faux semblants mais plutôt un engagement de faire dialoguer et se confronter des mondes qui pourraient se croire étrangers et qu’il n’est pas si facile de réunir.

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On ne connait pas l’histoire de ces rencontres, ça a peut être son importance, mais ici à Saint Ouen où on a vu se mêler le funk, le slam et le tassou sénégalais (chant traditionnel wolof). Il nous a été donné à voir et entendre un certain sens du métissage, un mélange des genres, un face à face dont la dimension corporelle est loin d’être négligeable et qui s’appuie sur une composante polyrythmique tout-terrain, en particulier celle de son leadeur dont il faut souligner l’extrême souplesse à la basse électrique. On pourrait presque y lire d’une telle performance un message politique tant les sujets abordés sont multiples : de l’hommage à Stevie Wonder en passant par la prise de conscience du quotidien, aux forces de l’invisible. Traditions ancestrales, fantaisies slammées et urbaines, flute orientale, rythmiques emplies d’influences tant binaires qu’africaines, prise de parole, tout ici combine pour un concert au final haut en couleurs. Tout au plus il se pourrait que ce genre de musique convienne mieux aux salles où l’on se tient debout histoire de participer à la fête, d’en ressentir tout l’impact physique, d’y participer… mais surtout ne boudez pas votre plaisir d’aller écouter et voir un universalisme d’une grande force à la fois direct et palpable.
Par les temps qui courent ça fait plaisir…

> 22H00

David MURRAY Iinfinity Quartet feat. Saul WILLIAMS

Suite à cette première partie aux accents universels, retour à un jazz acoustique et swing. C’est au sein de son quartet Infinity, que David Murray convie la voix de Saul Williams, slammeur, récitant hors pair, doté d’une voix puissante et que l’on devine revendicatrice. À l’évidence, il a trouvé en David Murray et son groupe un espace qui lui permet d’exprimer sa poétique, des partenaires taillés pour son verbe. Il faut aussi savoir que David Murray est un musicien porteur dans le sens afro-américain du terme et dont la dimension politique est loin d’être superficielle. Ses influences sont manifestes, la lignée musicale sans ambivalence : gospel, blues, Coleman Hawkins, Sonny Rollins, Albert Ayler. On l’imagine très bien chez un Mingus et son saxophone n’est pas sans nous rappeler le grand George Adams. On devine le musicien fou de littérature, on sait que ses séjours parisiens ont été aussi l’occasion pour lui de rencontrer des écrivains comme James Baldwin, d’être confronté aux musiques africaines et antillaises.

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Les autres membres du groupe ne sont pas en reste, avec Orrin Evans, pianiste porteur d’une tradition qui passe par Wynton Kelly, McCoy Tyner entre autres, d’une paire rythmique sise dans les traces des plus grands représentants du genre bop, hard bop et leurs ramifications. Et David Murray d’avoir composé et taillé quelques alcôves musicales où viennent se poser les mots dits de Saul Williams.

Deux ensembles, deux rencontres, musiques et verbes. Versants d’une même parole retrouvée ?


Hubert DUPONT VoxXL !

MIKE LADD rap, slam / IBRAHIMA DIASSE tassou, tama / HUBERT DUPONT basse électrique, compositions / SEBASTIEN GINIAUX guitare / NAÏSSAM JALAL flûte / PIERRE MANGEARD batterie / DJENGO HARTLAP live sound design

Le répertoire : Wonder – Dribble - Juska Juska - Force Invisible - Multi Kutsi - Baisse la Clim - Joujou - Slamabad

David MURRAY Iinfinity Quartet feat. Saul WILLIAMS

DAVID MURRAY : saxophone ténor, clarinette basse / ORRIN EVANS : piano / JARIBU SHAHID : basse / NASHEET WAITS : batterie / SAUL WILLIAMS : voix

Le concert de David Murray et Saul Williams est visible en suivant ce lien :
> culturebox.francetvinfo.fr/david-murray-saul-williams