« Le jazz tisse sa toile... »
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THE DARK SIDE NINE

Encore un soir où on risque de ne pas échapper au meilleur

D 2 juillet 2015     H 07:00     A Alain Gauthier, Florence Ducommun    


Ils entrent en quintet, Nguyên Lê à la guitare, Gergo BORLAI à la batterie, Romain LABAYE à la basse électrique, Illya AMAR au vibraphone et électronique et Himiko PAGANOTTI au chant.
Une pulsation cardiaque s’installe suivie de la voix triturée de Paganotti avec les premiers sons à la guitare. Tout ça est très électro. Vade retro les luddites !!!

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Nguyen Lê, Celebrating The Dark Side Of The Moon

Les souffleurs se glissent sur scène : Stéphane GUILLAUME aux flûtes, sax ténor et soprano, David ENHCO aux trompette et bugle, Daniel ZIMMERMAN au trombone et Céline BONACINA aux sax alto et baryton.
Mazette : Nguyen Lê ne s’entoure pas de demi-portions, son pupitre de souffleurs a grande allure !!!
Ils font d’abord dans le planant, converse avec les vents « bonsoir tout le monde, çavati ? Oui pas mal et toi ? ».
Y’a du Pink Floyd dans l’air, c’est sûr.
De The Dark side of the Moon à The Dark Side Nine, un genre de cousinage, des ressemblances, des similarités.
À peine l’intro achevée, Stéphane Guillaume au soprano y va d’un solo à sa façon donc de très haute qualité. Lui, jouer moins bien que très bien, il ne sait pas.
Ça bidouille férocement du côté des petites machines.
Puis le bassiste jette le bébé, l‘eau du bain, la gourme, l’huile, la poudre : ça chauffe !!!
Il se passe des choses musicales sans que personne ne bouge le petit doigt, magie de la technique d’aujourd’hui, juste avant que le nonet rassemblé ne pousse terrible et gronde. Puissance de feu alchimique, l’athanor va leur péter à la gueule.
Paganotti chante ici et là des bouts de texte, comme une histoire qui se poursuit au gré des emportements instrumentaux. Mais que raconte-t-elle ? Mystère et goule de bonne.

Nguyen Lê -  voir en grand cette image
Nguyen Lê

Elle dialogue avec Nguyen, qui va converser souvent avec l’un ou l’autre, mettre son grain de son bidouillé dans les soli.
C’est vachement bien écrit : des sous-groupes émergent, se causent, disparaissent. Des masses sonores explosent comme des déferlantes en bout de course, des crescendi hurlant battant se muent en abrupts pianissimi où l’on entendrait voler les drosophiles silencieuses.
Le vibra se fend d’un solo tendre-intime sur fond de quatuor à vents au son rond de tous les côtés : « tu sais, j’avais pas vraiment peur mais un peu tout de même.... » qu’il raconte le vibra. Ils s’en foutent, les autres, de ses peurs intimes, et foutent un bordel sonore à filer la honte à un esprit hurleur. Le solo du baryton et sa grosse voix s’invitent à cet instant, à point pour calmer la baston en cours.
Puis le solo de bugle, une merveille d’engagement, un truc tendu qui ne fait pas dans la douceur molle si souvent associée à cet instrument : c’est beau !! Rien à jeter, l’essentiel est dit et bien dit. Chapeau Monsieur Enhco.
En fond de scène, le binôme batterie- basse se montre implacable. Le batteur a dû suivre des stages de forge niveau avancé : une masse dans chaque main et cogne mon petit avec l’option ravaudage de bas de soie ( pour sa main douce, soigneuse et précise ) ; le bassiste entend tout, voit tout, serre ses pognes et cogne : au bout de ses bras, des mains bioniques pour tricoter des écharpes en avançons de kevlar.
Ngyuen Lê s’offre un détour asiatique, on entend comme un luth, la mélodie sent le bord du Mékong, ciné cliché : un buffle, une rizière, un bâton d’encens, le vaste vide.
Puis Zimmerman trombone a cappella. Il se donne comme jamais, un solo rare.
Et une fin à faire chalouper de bonheur et se dandiner d’un pied sur l’autre 80000 personnes à Bercy.
L’orchestre rugit. Plaisir. L’acmé approche.
Lê qui a fait entendre sa voix ici et là avec beaucoup d’à propos se prend pour Hendricks et riffe comme un furieux back to the seventies.
Mais non, l’histoire n’est pas finie, c’était une ruse : le voilà qui duote avec l’alto de Bonacina : jeu en miroir -écho-es-tu-là ?
Bon alors, cette fois, c’est la fin, oui ? non ?
Oui, grandiose. Une feu d’artifice sonore.

« All is black » conclut Himiko dans le silence retrouvé.

Le public enthousiaste les rappelle.
Ce sera Money.
Cash.

David Enhco Gergo Borlai & Romain Labaye Himiko Paganotti Nguyen Lê, Celebrating The Dark Side Of The Moon Nguyen Lê Nguyen Lê Stéphane Guillaume Daniel Zimmermann & Céline Bonacina

Vendredi 19 juin 2015
Le Triton
rue du Coq Français
Les Lilas (93)


Portfolio

  • David Enhco
  • Gergo Borlai & Romain Labaye
  • Himiko Paganotti
  • Nguyen Lê
  • Stéphane Guillaume
  • Daniel Zimmermann & Céline Bonacina