« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Sur scène » Sur scène en 2015 » L’ACOUSTIC LOUSADZAC de Claude Tchamitchian à Paris.

L’ACOUSTIC LOUSADZAC de Claude Tchamitchian à Paris.

Under the radar, il s’en passe des choses...

D 14 septembre 2015     H 06:30     A Alain Gauthier    


Pendant que « Jazz à la Villette » déploie ses fastes dans le Parc éponyme, son tentacule Under the radar tâte d’endroits plus conviviaux, tel l’Atelier du Plateau, au fond de l’impasse.
Salle comble (encore) pour la seconde soirée de l’Acoustic Lousadzak. Deux soirées seulement dans cette salle à la jauge délicieusement intime, n’est-ce pas un peu court tout de même ?
Claude TCHAMITCHIAN, composition, contrebasse et direction, le rappelle haut, fort et clair :
2015, centenaire du génocide arménien ;
1915 : son papi se débine pour sauver sa peau et arrive en France. Un siècle déjà.
Et ce soir, en pleine actualité « Migrants », il nomme l’Atelier du Plateau Terre d’asile pour son accueil chaleureux, ouvert et permanent.
D’ailleurs, tiens, qui sont-ils et d’où viennent-ils les musiciens migrants de ce soir ?
Géraldine KELLER et sa voix, Catherine DELAUNAY et sa clarinette, Roland PINSARD et ses clarinettes, Fabrice MARTINEZ et ses trompinettes, Régis HUBY et son violon, Guillaume ROY et son violon alto, Stephan OLIVA et son piano, Rémi CHARMASSON et sa guitare, Edward PERRAUD, sa batterie et ses petits objets vibrants. On voit bien qu’ils portent des noms qui parlent de coins exotiques pas franchement franchouillards : le grand Ouest, le grand Est, le grand Sud et le Nord sans oublier le Centre. Voilà, ils sont tous d’ailleurs. Bienvenue !!

JPEG - 79.8 ko

Le premier mouvement de leur suite orchestrale Even Eden ( Heaven Eden ? ) commence comme l’élaboration-tissage d’un écrin où chacun apporte son brin, sa bribe, sa cellule, il flotte comme un implicite : « attention, take care ! ». Juste avant le Silence. L’écrin s’ouvre, elle surgit, la créature hiératique : Géraldine Keller et sa voix venue d’un ailleurs qui la transcende.
Les poils se dressent, partout (Ami-es épilé-es, comment vous faire goûter cette sensation ?), comme aimantés vers là-bas. La respiration se suspend aux cintres, les corps se figent, oui, elle nous pompe tout l’air disponible.
« N’aie pas peur, je suis là, je te protège, tu peux boire » qu’elle dit et répète (l’orchestre n’est pas subventionné par la ligue anti alcool hic).
Et puis, la parole circule alentour, Huby et Roy entament un débat, il n’est pas question de savoir s’il passeront sous ou par-dessus les barbelés, non, ça semble beaucoup plus sérieux et profond, Oliva aussi prend position, pas du tout en mode léger façon on peut rire de tout, non non, dense, intense, profond. Rien de facile, pas de cliché.
Ah oui, les soli sont des soli hongrois, on croit que c’en sont mais non, chacun a le soutien d’un ou deux partenaires, comme une solidarité en acte, Perraud soutient Oliva, Charmasson soutient Delaunay, Tcham’ soutient Charmasson and so on and so on and so on. Tous pour un-un pour tous. Une charpente à la japonaise, tenons et mortaises fabriqués main, t’enlèves un bout, le tout tient bon.
L’orchestre a laissé de côté les confrontations, les bastons, les gnons. Il fait dans l’intense, le dense, le soutenu. Trouver une faille ? Un interstice ? Fume !!
Keller se repointe : « Imaginez l’éternité » qu’elle nous demande.
Ben oui, chérie, t’as pas plus facile comme proposition ?
Les trois mouvements de cette suite filent comme un collant.
Sauf une voisine qui a entamé la lecture intégrale du Don paisible de Mikhaïl Cholokhov sur son smartphone ( smart ? Mon oeil... ), le public est ravi.

Ravi comme enlevé, transporté, soulevé, libéré...

(8 et ) 9 septembre 2015 - Atelier du Plateau, 5 rue du Plateau - Paris 19è