« Le jazz tisse sa toile... »
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« CAROLINE », un soir aux Lilas

Dog eats cat eats mouse

D 9 octobre 2015     H 04:30     A Alain Gauthier    


il est question de différentes bestioles, de chaîne alimentaire et de musique.
Avec un quintet de grosses pointures : Sarah MURCIA, contrebasse, SH101, Guillaume ORTI, sax soprano et alto, MS20, Olivier PY, sax ténor, Gilles CORONADO, guitare, Franck VAILLANT, batterie. Grosses pointures cousues Goodyear, talon bottier, languettes en cuir de vache massée au calva : du solide donc.
Devant un public nombreux et super attentif.
Au Triton, un jeudi soir de bel automne.

Les deux premiers morceaux sont nécessaires pour assurer le nettoyage des routines d’écoute et le décapage des oreilles jusqu’au cartilage. Ça râpe, ça trépane, ça fore, ça évase, ça évacue et ça recommence. Le prix à payer pour entrer dans cet univers musical comme on dit dans les revues sérieusement paresseuses. Parce que, entre la guitare de Coronado qui fait pas dans le bluezy convenu, les lignes de basse de Murcia sur sa machine et les frappes poutinesques de Vaillant, il faut comme un temps d’adaptation. Sortir de ses schémas, débrancher les attentes, arrêter les commentaires de la radio interne, pfff : auditeur, un métier à plein temps.
Olivier PY envoie des phrases qu’il a du pomper dans les Brumes du passé de Leonardo PADURA, des phrases qui, au moment où elles ont l’air de s’arrêter, continuent encore un peu, encore un peu, encore un peu parce que des choses à dire il en a et c’est son moment warholien alors il les raconte, non non, il ne se répète pas, la preuve qu’on l’écoute, qu’il sait qu’on l’écoute et que son propos est clair et d’ailleurs, s’il pouvait mais non, trop tard. Ses chorus sont monstrueusement monstrueux.
Quand il n’est pas arrimé à sa machine MS20, un genre de poste à galène en moins pire dont il essaie de tirer les sons les moins parfaits possibles, ORTI vient, à l’exact opposé de PY, nous faire entendre sa petite musique à lui : il joue du silence et de la respiration pour poser quelques bribes. Là, tu commentes in petto, il nous dit pas tout, le gars, il en garde sous l’anche, c’est l’auditeur qui doit faire les liens, rassembler les bouts épars, combler les ellipses.
Et t’oublies tout. Parce que ça tourne rondement, que tes oreilles ont trouvé le format qui va bien, que cette bande de furieux prend du plaisir et leur musique te scotche.
Orti s’offre son quart d’heure IRCAM ( bidouilles, radio « ici l’ombre » ), Murcia flirte avec Mingus, Vaillant tente d’assassiner ses fûts, Coronado délire comme sous substance et Py entame le second tome de ses furieuses aventures.
Le public, hyper concentré, ne pipe mot.
Et les rappelle pour une paire de morceaux. Aussi primesautiers, légers, coruscants et joyeusement enfantins.

Jeudi 1er octobre 2015
Le Triton
11bis, rue du Coq Français
93 260 LES LILAS

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