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Dave Brubeck sauvagement digressé.

On tient les coupables : David CHEVALLIER et le quatuor IXI

D 27 octobre 2015     H 12:00     A Alain Gauthier    


Tout le monde a en tête l’un ou l’autre des thèmes composés par Dave Brubeck. Et ceux qui se sont dit : chouette, un remake, se sont gravement interrogés avec le premier morceau du concert.
David CHEVALLIER, guitare et composition et le quatuor IXI, Guillaume ROY, alto, Régis HUBY et Théo CECCALDI, violon, Atsushi SAKAÏ violoncelle, exécutent une pièce étonnante qui n’est pas sans rappeler la mode des fringues destructurées ; bandes de tissu désunies, motifs aléatoires, le revers renversé et les poches n’importe où. Et avant reconnaître de quel morceau il s’agit, bonjour. Ils s’emploient à masquer tout indice (ils sont joueurs), à poser des fausses pistes ( ils sont scénaristes), à parcourir des chemins de traverse qui ne raccourcissent rien, pour enfin fialement à la fin laisser entendre et pas in extenso quelque chose suggéré par Take five ( de Paul Desmond et non de Brubeck ) et renommé FIVE. Là, impression que les fenêtres ouvertes laissent passer un vent du large qui vient juste de caresser les îles Chausey et s’installe ici dedans.

Théo Ceccaldi, Régis Huby, Atsushi Sakaï, Guillaume Roy, David Chevallier. -  voir en grand cette image
Théo Ceccaldi, Régis Huby, Atsushi Sakaï, Guillaume Roy, David Chevallier.
Source image : www.lesonart.com

THREE réinvente Three to get ready et l’art de la digression se développe : régression, progression, digression, scions scions. On sait très vite qu’il s’agit du Jazz et la Java et on navigue de la familiarité à l’inconnu, Ceccaldi s’envoie en l’air, aucun hacker ne perturbe son vol ( ni son atterrissage ).

Une intro solo double renvoie dans les caisses à poussières les bricoleurs de l’archet : ROY et SAKAÏ ne font pas dans le léger façon en passant-rigolons un coup. Ils taillent une bavettte mémorable ( 800 gr prés de l’os ). Ses gars-là avaient besoin d’un solide débrief, un retour d’expérience, on a tous les détails, qui quoi où quand comment combien pourquoi et pour quoi ?

Et puis, pas la peine de mégoter, dés les premieres notes, THE DUKE devenu Looking for the duke, entre la réminiscence de ce thème inoubliable et la patte de Chevallier, est simplement superbe. Chevallier qui ose un solo à faire craquer une vahiné sur le sable chaud, moite et chandon.

Avec Time in et In your old sweet way, Roy se met en valeur comme on dit à la banque de France et bonjour les étudiants et bon courage pour le relevé car il fait dans la démesure, y’a des notes partout. Plus que des feuilles mortes en automne.

Là, on est tous collés au plafond. Prévoir de construire une verrière ouvrable, un jardin d’hiver, un dôme à coulisse. Silence de crypte : personne ne moufte, aucun pied de chaise ne se fait remarquer. La mousse des bières se tait. Qu’est-ce qui peut nous arriver de pire maintenant ?
Fast life rebaptisé Fast life and death of a maidden puis le Blue rondo à la Reich (Sakaï envoie du bois : il taille les grumes en bûchettes).

Ce quatuor sonne terrible, Chevallier a trouvé l’équilibre parfait entre sa guitare électrifiée et le band acoustique. Ses interventions, délicates, variées, à propos, ajoutent ce qui va bien à ce quatuor. Et quelle écriture somptueuse !!
Qui génère une musique stupéfiante
Jouée par des musiciens ahurissants
Dans ce concert exceptionnel.

Vendredi 16 octobre
Le Triton
11bis, rue du Coq Français
93 260 LES LILAS