« Le jazz tisse sa toile... »
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Les Émouvantes 2015, « Mémoires en portées »

Le 15 octobre à La Friche de la Belle de Mai, à Marseille.

D 30 octobre 2015     H 06:30     A Florence Ducommun    


Depuis sa première édition en 2012, le festival « Les Emouvantes » prend ses quartiers à l’automne à la salle Seita de La Friche Belle de Mai, à Marseille. Cette année, qui voit tristement se répéter les mêmes scènes d’exode et de destruction de l’Histoire de l’humanité ( Palmyre et autres sites classés au Patrimoine de l’ Humanité), est celle du centenaire du génocide arménien... Et avant même ces événements dramatiques, le thème « Mémoires en portées » prend tout son sens si on le transforme en « Mémoires emportées »... Sauf que cette Mémoire collective survit à toute destruction grâce à l’Art et la culture résiste à toute forme de contrainte, l’épreuve renforçant la volonté de transcendance et de survie. Trois soirées ont été programmées à Marseille et une quatrième à Avignon à l’AJMI, dont est rapportée ici la soirée du jeudi 15 octobre.

Nouvelles réponses des Archives du contrebassiste Guillaume SEGURON

Guillaume Séguron solo -  voir en grand cette image
Guillaume Séguron solo

Création longtemps en gestation, présentée en janvier de cette année à l’AJMI d’Avignon, ce solo de contrebasse fait surgir la mémoire de son grand-père républicain espagnol. Soient une radio sur la gauche et le tic-tac d’une pendule sur la droite avec la contrebasse allongée par terre dans le clair-obscur... Une scène de théâtre où va surgir Séguron qui donne vie à sa contrebasse. À partir de là, l’histoire se déroule avec les voix entremêlées en catalan de la lecture du carnet de guerre et celle de la contrebasse qui apparaît comme un être vivant à part entière. Et peu importe que l’on comprenne ou non l’espagnol, on reconnaît les dates et les lieux, on voyage avec ces voix, on se laisse porter par l’instrument qui devient bateau avec un capitaine concentré qui exprime tous les sentiments. Délicatesse de l’archet, fracas des cordes, pizzicati, battements ( de cœur), frottements, la musique devient langue, la langue devient musique. On divague en pensant à Guernica de Picasso, on se souvient de ses lectures sur la guerre d’Espagne ( le dernier en date de Lydie Salvayre « Pas pleurer » Goncourt 2014). La blessure saigne encore, preuve qu’on est toujours vivant. Jamais contrebasse n’a été autant incarnée, humaine, dotée de capacité mémorielle...És acabat... C’est ainsi que se terminaient les contes occitans dans les veillées (c’est achevé...). Le carnet se referme, mais l’histoire continue malgré tout.

Traitement sonore et spatialisation par Pierre Vandewaeter.

Disque : « Nouvelles réponses des Archives » Label / Distribution : Rude Awakening.

« 2015 » du contrebassiste Claude TCHAMITCHIAN

Avec Géraldine Keller (voix), Daniel Erdmann et François Corneloup (saxophones), Christophe Marguet (batterie), Philippe Deschepper (guitare) et Claude Tchamitchian (contrebasse et composition)

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Claude Tchamitchian sextet

En cette année 2015,Le centenaire du génocide arménien ne pouvait pas laisser indifférent Claude Tchamitchian. Son grand-père a fui l’Arménie en 1915, son père né en France et lui ayant vécu en Normandie enfant, il a très vite senti les non-dits qui facilitaient l’intégration. Puis la musique langage universel a tracé son chemin. Mais c’est la lecture du livre « Seuils » de Krikor Beledian, premier livre d’un cycle de récits autobiographiques, qui le touche énormément. À la découverte d’une liasse de photos de famille, le narrateur retranscrit, recrée et réinvente ces vies et ces destins croisés, ces odyssées d’exode vers les pays d’accueil, à travers chaque détail des photographies retrouvées. Il y voit en parallèle sa propre histoire. Et c’est ainsi qu’est né « 2015 ».

Claude Tchamitchian -  voir en grand cette image
Claude Tchamitchian

Belle scène et belle lumière, les six musiciens sont en demi-cercle. Quatre suites où récits imaginaires ou non, onomatopées, chorus se mêlent et s’enroulent, traduisant espoirs et désespoirs, errances et doutes. Dès la première suite, le saxophone soprano de Daniel Erdmann donne le ton « oriental » par sa sonorité proche du duduk (arménien !), le côté dramatique est souligné souvent à l’archet par Claude Tchamitchian, la voix de Géraldine Keller est tantôt en paroles ou mélodies extrêmes, tendues parfois sur le fil du rasoir, comme pour souligner le danger au bord du précipice. Urgence accentuée par la dramaturgie des saxophones, en particulier le baryton de François Corneloup, souvent au bord de l’apoplexie. La batterie de Christophe Marguet est terriblement efficace. La guitare de Philippe Deschepper oscille entre douceur et impatience. Et puis soudain, la voix de Géraldine avec les « cimetières au bord de la mer et les amandiers », fleurit comme une résurrection. Les saxophones feulent comme des gros chats. La contrebasse se remet à chanter. Une nouvelle fois, la vie surgit plus forte que la guerre. De l’ensemble se dégage une puissance créatrice impressionnante, de la lave en fusion. Une œuvre éblouissante qui ne laisse pas indifférent, qui touche au plus profond de chacun.

Concert présenté la première fois à Marseille en juin de cette année, puis à Paris en septembre, l’improvisation toujours présente chez Tchamitchian, fait que concert après concert, cette œuvre comme les précédentes est amenée à s’enrichir. Le disque a été enregistré la semaine suivant le concert aux Studios de la Buissonne à Pernes -les-Fontaines.

Guillaume Séguron solo Guillaume Séguron Claude Tchamitchian sextet Claude Tchamitchian Daniel Erdmann & Géraldine Keller Christophe Marguet Christophe Marguet, Philippe Deschepper, Claude Tchamitchian, François Corneloup, Daniel Erdmann & Géraldine Keller.

Pour aller plus loin :

Portfolio

  • Guillaume Séguron
  • Daniel Erdmann & Géraldine Keller
  • Christophe Marguet
  • Christophe Marguet, Philippe Deschepper, Claude Tchamitchian, François (...)