« Le jazz tisse sa toile... »
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Les Pérambulations Du Pérégrin - 26

D 9 décembre 2015     H 06:00     A Yves Dorison    


Cinquante-et-unième étape

Ce 28 novembre 2015, invités par un ami musicien, nous sommes allés à un concert privé, un de ces concerts en appartement qui fleurissent ici et là, tous basés sur le même principe de convivialité et d’intérêt pour le jazz. Naturellement, au final, le chapeau passe afin que les musiciens soient dédommagés de leur prestation, ce qui est appert pour chacun. Que ce type de soirées musicales se répande ne nous gênerait aucunement s’il ne traduisait pas un problème chronique, peut-être celui d’une pénurie de lieux aptes à recevoir cette musique. Nous pourrions également imaginer qu’un excédent de musiciens en soit la cause. Après tout, les conservatoires de jazz ont fait et font encore chaque année émerger beaucoup de musiciens hautement qualifiés. Trop ? Mais qui sait si le désintérêt flagrant du Ministère de la Culture pour une musique qui ne remplit pas les stades et qui possède (à laquelle on donne) auprès du grand public une image d’élitisme impropre à développer un secteur commercial source de rentabilité n’en est pas la cause ? Pourrions-nous aussi penser que la fonte des subventions de feu l’état providence empêche nombre de lieux fragilisés d’assurer une programmation pléthorique, notamment avec des formations méconnues qui, si elles sont moins onéreuses, sont hélas susceptibles de ne pas remplir la salle ? Autre question : n’est-ce pas l’absence de cette musique dans les grands médias qui pose un réel problème ? Sur ce dernier point, il est inexact de dire que le jazz est invisible puisque cela dépend essentiellement de la chanteuse et, plus précisément, des ses attributs et de l’image que les communicants construisent avec. Alors quoi ? Serait-ce l’instinct de survie, en ces temps incertains, qui s’exprime de la sorte ? Si c’est bien le cas, il est clair que c’est une forme de résistance. En soi, ce serait plutôt encourageant si ce n’était pas le signe d’un malaise ou d’une voie sans véritable issue. Allez, tous avec Dédé ! « Le XXIème siècle sera Culturel ou ne sera pas ! » Oh ! Pour le coup, il est probable que nous mêlions un tant soi peu les thématiques… mais c’est pour la bonne cause et, quoi que vous pensiez, vaut mieux faire du jazz que la guerre. Et puis n’oublions pas que William Blake est né un 28 novembre, en 1757. Ça console, non ?


Cinquante-deuxième étape

Tam De Villiers -  voir en grand cette image
Tam De Villiers

À Mâcon, au Crescent, pour un Photo-concert avec le groupe Ozma. Une soirée organisée en partenariat avec Les Archives départementales de Saône et Loire et intitulée « 1914 - 1918 : D’autres regards  » (cf. « Têtes de Jazz » 2015 - Avignon) . Quatre cents photographies d’époque en douze tableaux dont le dernier en 3D, format balbutiant à l’époque. Le montage original utilise différents effets qui permettent aux musiciens des approches variées. Pour chaque tableau, une trame a été composée qui demeure ouverte à l’improvisation. Sur ces images tour à tour anodines ou fortes, souvent violentes et expressives, Stéphane Scharlé, Edouard Séro-Guillaume et Tam De villiers développent un discours mélodique qui, à l’image de la guerre qu’ils commentent, tend vers la radicalité. Une musique intense donc, au sein de laquelle les trois musiciens expriment parfaitement leur singularité au service d’un projet singulier, sensible et évocateur. Il n’en fallait pas moins pour évoquer cette innommable boucherie humaine. (Ozma : entretien pour CultureJazz.fr - octobre 2015)

En première partie de soirée, deux comédiens ont lu quelques extraits de la correspondance du soldat par lequel est né le projet, Jean Déléage. Ses lettres, clairement descriptive et sans aucun parti-pris (pour éviter la censure ?) laissent sourdre l’incompréhension devant cet inexplicable furie et la douleur maîtrisée grâce à une plume élégante de l’éloignement d’un père de famille de 38 ans, un parmi des milliers d’autres, mais qui a eu la chance d’en revenir, lui, mais dans quel état ?

Nous étions le cinq décembre, jour qui vit disparaître en 1560 à l’âge de seize ans, François II, roi de France pour un peu plus d’un an. Un règne court, marqué par un politique de répression à l’égard des protestants qui préluda aux guerres de religion dans notre douce contrée. Étonnant, non ? Bah, c’était juste la Renaissance ! On ne peut pas être bons sur tous les fronts. Nous l’écrivions plus haut et le ressassons ci-après : mieux faire du jazz que la guerre. Non, ce n’est pas du comique de répétition.


Dans nos oreilles

Henri Texier - Sky dancers

Devant nos yeux

Vita Sackville-West - Toute passion abolie


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