« Le jazz tisse sa toile... »
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Jazz en pages : « Low Down », « Écoutez moi ça » et...

Deux livres (+ 1) où le jazz tient une place centrale.

D 13 décembre 2015     H 20:55     A Thierry Giard    


Nous vous présentons ici deux ouvrages parus ces derniers mois. Très différents dans leur contenu, ils se rapprochent cependant par leur forme : un ensemble de textes plutôt courts, des recueils de notes. D’un côté, Amy-Jo Albany raconte dans « Low Down » sa vie de fille de pianiste de jazz à la demande du réalisateur Jeff Preiss, de l’autre, Nat Shapiro et Nat Hentoff ont regroupé les propos de musiciens de jazz, illustres ou hommes et femmes de l’ombre dans « Écoutez-moi-ça ». Historiquement, Low down commence là où s’achève Écoutez-moi-ça, avec la période be-bop.

« Low Down - Jazz, came, et autres contes de la Princesse be-Bop » par Amy Jo Albany -  voir en grand cette image
« Low Down - Jazz, came, et autres contes de la Princesse be-Bop » par Amy Jo Albany
Le Nouvel Attila

Autant le dire d’entrée, je n’ai pas lu Low Down, juste parcouru suffisamment pour en cerner le contenu. Je n’ai jamais raffolé des récits de vie des musiciens, encore moins quand on annonce dès le titre que le jazz s’associe à la drogue. Dans le cas d’Amy-Jo Albany, née en février 1962, le récit de son enfance auprès d’un père musicien au parcours chaotique pourrait relever d’une sorte de thérapie pour tenter de guérir les blessures de la vie. Il faut bien reconnaître que ce point de vue (une fille vers son père) est assez singulier.
On notera, c’est important, que l’édition originale a été publiée aux États-Unis en 2003. Douze ans se sont donc écoulés avant la publication de cette traduction française. Entre temps, le réalisateur américain Jeff Preiss a réalisé le film (sorti aux USA en 2014) qu’il avait sans doute en tête quand il a sollicité Amy-Jo Albany pour rédiger les notes de ce récit de vie, cet assemblage de souvenirs et d’éléments de l’histoire de son père. Quand on sait que cette « Princesse Be-bop » est devenue décoratrice de films, ceci explique peut-être l’acceptation du projet rédactionnel... Sa vie vaut peut-être un film.

On pourra donc apprécier la lecture de ce livre comme semblent le prouver des critiques parues récemment. L’amateur de jazz préférera sans doute se plonger ou replonger dans la musique de Joe Albany (1924-1988), pianiste dont l’histoire retient surtout qu’il a été l’accompagnateur de Charlie Parker mais on aurait tort de le limiter à cette illustre collaboration comme le prouve sa discographie (un aperçu sur Wikipedia ici !).

Dans Low Down, Amy-Jo Albany raconte que que Dizzy Gillespie l’aurait laissée tomber sur la tête lorsqu’elle était nourrisson (ce qui perturbait son père, Joe). Voilà donc une transition toute trouvée pour aborder le second ouvrage où l’on retrouve Dizzy en couverture, tendant l’oreille vers le pavillon du saxophone ténor de John Coltrane.

« Écoutez moi ça - L'histoire du jazz par ceux qui l'ont faite. » par Nat Shapiro et Nat Hentoff -  voir en grand cette image
« Écoutez moi ça - L’histoire du jazz par ceux qui l’ont faite. » par Nat Shapiro et Nat Hentoff
Buchet - Chastel

Écoutez moi ça, déclinaison française de Hear me talkin’to ya (titre inspiré d’un disque de Louis Armstrong) est sous-titré « L’histoire du jazz par ceux qui l’ont faite ». Entendons-nous bien ! L’histoire racontée ici s’arrête à 1955, date de la première édition de ce livre. Autrement dit, à cette époque, Dizzy Gillespie et Charlie Parker faisaient encore figure d’avant-gardistes ! Imaginez une histoire de la musique « classique-savante » qui s’arrêterait à Maurice Ravel. En soixante ans, le monde du jazz a bien changé et on peut regretter qu’il ne soit fait aucune mention de la période historique relatée même sur la quatrième de couverture.

Sachant cela, cet ouvrage ne manque pas d’intérêt dans la mesure où il regroupe et organise les propos d’un grand nombre musiciens recueillis dans des interviews, des articles, des souvenirs collectés. En critiques sérieux et structurés, Nat Hentoff et Nat Shapiro ont organisé ces éléments en s’appuyant logiquement sur la chronologie, des origines jusqu’au milieu des années 50 et en suivant le cheminement géographique du jazz aux USA, de la Louisiane des origines à Chicago et New York.
À travers cet ouvrage, on retrouvera bien entendu les figures légendaires et emblématiques du jazz (uniquement Outre-Atlantique) (Duke Ellington, Louis Armstrong, Fats Waller, Lester Young, Billie Holiday...) mais, comme le note Jacques Réda dans sa préface, « (...) ce ne sont pas toujours les créateurs qui se révèlent à propos de leur art les plus prolixes, précisément parce qu’ils disent l’essentiel en créant. » On ne se jettera donc pas en priorité sur les propos de stars mais on lira avec intérêt ce que pouvaient dire les accompagnateurs ou musiciens « d’arrière-plan » (mais néanmoins essentiels) comme le guitariste de la Nouvelle-Orléans Danny Baker qui a justement retenu l’attention de Jacques Réda dans ce livre.

Voilà donc un ouvrage dont les amateurs passionnés pourront apprécier cette nouvelle édition française révisée et augmentée, en particulier pour ceux qui peuvent encore penser que le jazz est mort après la « révolution » du be-bop ! Il doit toujours en exister, comme il existe encore de climato-sceptiques...
Pour nous, heureusement, le jazz reste une musique plurielle et internationale bien vivante et en constante évolution.

Une parenthèse finale...

Une évolution que l’on doit beaucoup à la prise de conscience de musiciens qui ont compris que l’union fait la force et ce, dès les années 60 avec la constitution d’associations et de collectifs, un mouvement qui se perpétue aujourd’hui.
Parmi ces associations, l’A.A.C.M. (Association for the Advancement of Creative Musicians) de Chicago reste un exemple historique : elle fêtait en cette année 2015 son 50ème anniversaire.

« La Nuée L'AACM : un jeu de société musicale » par Alexandre Pierrepont -  voir en grand cette image
« La Nuée L’AACM : un jeu de société musicale » par Alexandre Pierrepont
Éditions Parenthèses

On pourra donc se tourner sans hésiter vers le tout nouveau livre d’Alexandre Pierrepont, La Nuée - L’AACM : un jeu de société musicale, qui vient de paraître aux Éditions Parenthèses.
Nous ne vous en dirons pas plus car nous n’avons pas (encore) lu ce livre (et ne l’avons d’ailleurs pas entre les mains...). Ce que l’on sait, cependant, c’est qu’Alexandre Pierrepont ne se contente pas d’écrire sur l’A.A.C.M., il est aussi impliqué dans le dispositif d’échange « The Bridge » qui réunit les musiciens de Chicago et leurs confrères européens. Une belle manière de lier la théorie et la pratique en permettant à la musique de vivre et d’avancer.


Les références :

Low Down - Jazz, came, et autres contes de la Princesse be-Bop
(titre original : Low Down : junk, jazz and other fairy tales from childhood - © 2003 et 2013 - USA)
Amy Jo Albany
Traduit par Clélia Laventure - Editions Le Nouvel Attila - ISBN 978-2-37100-016-2 - 160 pages - 18 € (parution 03/09/2015)

Écoutez moi ça
L’histoire du jazz par ceux qui l’ont faite.

(titre original : Hear me talkin’to ya - © 1955)
Propos recueillis et présentés par Nat Shapiro et Nat Hentoff
Préface de Jacques Réda - Collection Musique, Ed. Buchet-Chastel - ISBN 978-2-283-02907-7 - 473 pages - 24 € (parution novembre 2015)

La Nuée
L’AACM : un jeu de société musicale

Alexandre Pierrepont
Collection : Eupalinos / MUS - Editions Parenthèses - ISBN 978-2-86364-669-4 - 448 pages - 19 € (décembre 2015).