« Le jazz tisse sa toile... »
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Biennale de jazz - Le Perreux-sur-Marne

Au Centre des Bords de Marne...

D 21 mars 2016     H 06:00     A Pierre Gros    


Vendredi 11 mars

La vie de musicien (et en particulier de jazz) on peut la comparer à une sorte de puzzle dont il faut assembler les différentes parties pour en faire une existence. D’une musique qui fut jouée autrefois tous les soirs, d’engagements dans des clubs aujourd’hui disparus qui pouvaient s’étaler sur des semaines, des mois, il reste à présent à ses acteurs des moments ponctuels dans les quelques lieux restant. Et pourtant coincée depuis toujours entre les fausses distinctions musique populaire-musique savante elle n’a peut-être jamais été aussi jouée, enseignée, enregistrée, jamais été aussi vivante. Les talents sont là, confirmés ou naissants. Il faut alors recréer les endroits indispensables où se joue sa création, retrouver le mode d’emploi de sa diffusion. Cette tâche demande du courage, des acteurs moteurs au fait des engagements artistiques. C’est l’ambition que s’est donné le beau Centre des Bords de Marne au Perreux-sur-Marne avec à sa tête Michel Lefeivre son directeur et Jean Marie Machado pianiste compositeur associé, celui de créer un pôle régional autour du jazz. Outre une programmation sur l’année, il a été décidé de mettre en place un temps fort, une biennale pour donner du temps, de la visibilité, parler d’une musique à un public qu’il faut alors aller chercher et convaincre. Pour cette première édition outre la mise en avant de jeunes formations prometteuses comme nous allons le voir, il a été pris comme fil conducteur la voix dans ses différents aspects échappant ainsi aux pesants clichés véhiculés et standardisés par le genre…

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Premier de cordée en ce vendredi, André Minvielle, le troubadour gascon (genre dont on annonce la disparition depuis le XIV siècle) ici seul en scène, n’est pas homme qui dort, loin de là. Qu’il continue, le gugusse, à chanter la Flambée Montalbanaise de Viseur ou à invoquer Nougaro, ce n’est pas pour nos souvenirs d’enfance mais d’abord pour swinguer en malaxeur d’accents (donc de poésie) qu’il est. Le jeu de mot, celui des accentuations, quasi onomatopées, des rythmes quasi parkeriens parcourent son langage. Alchimiste du conte et chant, Il n’a besoin que de peu pour faire son chaud : une bouteille en plastique, quelques percussions, des jouets mais aussi de choses de notre temps comme le séquenceur qui lui permet de superposer les couches. Il nous emmène en ballades. Jouissif, André est un potentiel ouvreur d’imaginaire…

Chacun sait qu’Osiris est le dieu égyptien du végétal c’est à dire de ce qui meurt et renaît sans cesse dans un même mouvement circulaire. C’est aussi le nom du 13tet du pianiste compositeur arrangeur Paul Anquez qui a construit là un impressionnant outil riche en couleurs et timbres. Outre les souffleurs tous excellents, Paul a réussi la gageure de faire cohabiter de façon originale et cohérente trois instruments harmoniques : piano vibraphone et guitare. Au cœur de cet écrin emmené par une paire rythmique sûre et efficace, Joachim Govin à la contrebasse et l’excellent Ariel Tessier à la batterie, vient se lover la voix de la suédoise Isabel Sörling qui s’affirme de prestation en prestation comme une des plus passionnantes chanteuses de sa génération, que ce soit sur Lover Man, les Beatles (And I love Her ou Lucy in the sky with diamonds), des créations ou en duo avec le pianiste. Les contraintes stimulent c’est bien connu, celles imposées par l’instrumentarium de l’ensemble servent les talents de Paul, des moments choral, une musique vivante et soyeuse dont les racines vont plonger au cœur de la musique française du début du vingtième siècle mais aussi une inspiration mélodique et ludique venue du jazz et de la pop. Au fait Osiris est aussi le père d’Horus dieu de l’Azur et des espaces célestes.

Si l’idée de Michel Lefeivre et Jean Marie Machado pouvait pousser d’autres théâtres, d’autres scènes à ouvrir leurs portes, à prendre des risques, le pari serait alors gagné de recréer un réseau stimulant le jeu créatif et aucune crainte qu’en à la disparition de l’esprit du jazz. Comme le dit Jean Marie Machado il en va de la responsabilité de chacun d’être à l’écoute de cette réalité.

« La Biennale de jazz » les 11 & 12 mars au Centre des Bords de Marne 2 rue de la Prairie, 94170 Le Perreux-sur-Marne

André Minvielle : voix (au pluriel), objets, percussions, électronique

OSIRIS : Piano, compositions, arrangements, direction : Paul Anquez / Chant : Isabel Sörling / Saxophones soprano, ténor et flûte : Axel Rigaud / Saxophone alto, clarinette et clarinette basse : Esteban Pinto Gondim / Saxophones alto, baryton et flûte : Julien Hucq / Saxophones ténor et soprano : Thomas Letellier / Trompette et bugle : Gabriel Levasseur / Cor et mellophone : Emmanuel Domergue / Trombone : Michael Ballue / Vibraphone : Romain Lay / Guitare : Thomas Caillou / Contrebasse : Joachim Govin / Batterie : Ariel Tessier


PS : Qui nait un 7 mars 1936 il y a 80 ans, disparaît un 3 mars 1982, entre autres auteur d’un texte intitulé « La Chose » et de variations homophoniques tel que : J’eus liane qu’ânonne ballades et relaie, L’ouïe s’arme et je te ronge, Qu’honte Bey scie, Cid n’est Beckett, Tell honni housse manque ?

À notre connaissance il n’était pas bassiste mais joueur de Go et de mots :

"Tu as vu cet autocar !
Il est vraiment minuscule !
Je me demande quelle est sa marque ?
Mais, voyons, c’est un Ford !"

(Ou dit plus simplement : Oh, ce car petit ? Ford !)

Ce Perec !!!

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