« Le jazz tisse sa toile... »
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Claude TCHAMITCHIAN Sextet à Paris.

Des Traces ? Sûr qu’ils vont en laisser..

D 19 avril 2016     H 12:00     A Alain Gauthier    


Un sextet donc six musicien-nes :
Géraldine KELLER, voix, Daniel ERDMANN, sax soprano et ténor, François CORNELOUP, sax baryton, Philippe DESCHEPPER, guitare, Christophe MARGUET, batterie, Claude TCHAMITCHIAN, contrebasse et compositions.

À peine le temps d’installer un motif contrebasse-baryton qu’Erdmann, à froid la vache, se fend d’un solo de ouf. On les entend comme s’ils venaient d’apparaître au coin du mur, on les entend marcher. On ignore d’où ils viennent, on ne sait où ils vont, ils marchent. Et LA Géraldine qui hurle « Allez, ouste, sur la route !!! ».
Ben voilà, si t’avais l’âme pas trop dérangée par la question des « migrants », tu te sens projeté sur la route avec eux. « Allez, ouste » qu’elle redit. Et façon kapo. Tu la fermes, tu marches.

Claude TCHAMITCHIAN Sextet : « Traces » -  voir en grand cette image
Claude TCHAMITCHIAN Sextet : « Traces »
Emouvance

Corneloup s’en mêle, la voix d’un ancien qui raconterait des histoires d’avant, pour mettre en perspective, atténuer, soulager mais il est emporté par le flot de tout ce qu’il faudrait raconter-dire-expliquer. Ça le dépasse, il est traversé par le flux. Monstrueux solo monstrueux : plus de sax, plus de souffleur, le son partout.
Deschepper lui répond « t’en fais pas, c’est la vie, avance, lève un pied, pose-le, l’autre maintenant, continue ».
Poussières d’Anatolie, le titre. On s’en serait presque douté.

Avec Vergine, c’est le portrait d’une des personnages de l’œuvre source de ce concert, le livre-fresque « Seuils » de Krikor Beledian.
« Jusqu’à quand, c’est pas clair », qu’elle commence, Keller. Et Erdmann continue en épuisant une seule note qu’il étire comme un caramel mou, avant de filer stratosphérique. Au-dessus, tout là-haut. Keller vocalise, Deschepper nappe. Comme un tapis tapi.
« Mais la terre s’obscurcit » qu’elle reprend, Géraldine, « les chiens commencent à caillasser les fenêtres des maisons ». Elle se joue de ce constat, le dit et le redit. Quoi ? C’est possible cette infamie ?
On vit un moment exceptionnel. Cette musique est à écouter toutes affaires cessantes. Poignante, vraie, questionnante. Qui sortira indemne de cette salle ?

Tchamitchian introduit à l’archet « les lumières de l’Euphrate » et Corneloup qui ne nous avait pas tout raconté se déchire encore une fois. Il va finir à poil le garçon !!!
« Là, il y a une pause, une large respiration » qu’elle enchaîne, la fille. Deschepper vs les souffleurs, Marguet à fond, right time right place.
Bordel, jamais ils se mettent à l’envers ?
Et puis Antika. « Ces trucs, donne-les moi » qu’elle éructe, susurre, psalmodie, déchiquette, pffff : t’as plus un poil au repos, aspirés qu’ils sont.

Marguet introduit le dernier thème de cette œuvre « Les cieux d’Erzeroum ». Intro solo, il avait des choses à dire aussi. Marcher, trottiner, courir, se tailler, fuir pour survivre, prendre des raccourcis, se griffer aux barbelés. Il a plein de bras.
Et nous plein de mains pour les applaudir et les remercier de ce concert exceptionnel.
Ils dédient le rappel à Jacques Mahieux, parti rejoindre le big band éternel.

Pendant ce temps-là, Place de la République, les commissions fonctionnent à plein, : écoute, partage, préavis de rêve.

Le 44 mars 2016
Studio de l’Ermitage
8, rue de l’Ermitage
Paris 75020



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