« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Sur scène » Sur scène en 2016 » Le 30 avril, sous les pommiers.

Le 30 avril, sous les pommiers.

La boîte noire du jazz...

D 6 mai 2016     H 11:54     A Thierry Giard    


Jazz sous les Pommiers - 35è festival

Coutances (Manche / Normandie) - Samedi 30 avril 2016.

Au cours des concerts qui ont lancé cette 35 ème édition du festival Jazz sous les Pommiers, samedi 30 avril à Coutances, il nous est apparu que la clé de la réussite était à chercher dans ces grandes boîtes noires dotées de touches, de cordes et de marteaux et les pianistes qui les ont habilement fait parler et chanter même si aucun d’entre eux n’était dans une posture de leader. Regardons cela de plus près...

14h30 au Magic Mirrors.

François Chesnel, Yoni Zelnik et David Georgelet -  voir en grand cette image
François Chesnel, Yoni Zelnik et David Georgelet

Coup d’envoi d’une semaine de jazz avec un trio dont le pilote plus ou moins proclamé semble bien être le batteur David Georgelet. Pas d’effets de style, pas d’éclats de virtuosité : de la musique distillée avec beaucoup de cœur pour en révéler l’âme. Là, c’est le pianiste François Chesnel bien connu des normands mais plus exclusivement, fort heureusement, qui cisèle les lignes mélodiques et fait chanter la musique avec finesse. Lennon-McCartney, Miles Davis et Bill Evans, Thelonious Monk et F. Chesnel lui-même parmi d’autres composent la playlist d’un concert qui a ouvert l’appétit, affûté les esprits pour aborder sereinement une journée qui se révéla riche en émotions positives.

16h30 au théâtre.
Géraldine Laurent présentait son quartet sur la scène du théâtre, amenant le contrebassiste Yoni Zelnik à enchaîner deux concerts puisqu’il officiait avec le trio précédemment cité ! La saxophoniste, longtemps adepte du trio a également fait appel à un pianiste et non des moindres, Paul Lay, un musicien capable de jouer les caméléons sans vendre son âme, passant par exemple de la grande formation Ping Machine à des concerts solo ou en sideman comme dans ce quartet, une formation à situer plutôt dans la filiation du be-bop. Je ne vous en dirai pas plus, n’ayant pu assister à ce concert mais des informateurs fiables m’en ont dit grand bien !

18h15 - Salle Marcel Hélie.

Jocelyn Mienniel, Aram Lee, Minwang Hwang -  voir en grand cette image
Jocelyn Mienniel, Aram Lee, Minwang Hwang

Une première partie de grande classe réunissait un duo coréen venu des musiques traditionnelles et la flûte occidentale de Jocelyn Mienniel en parallèle des flûtes coréennes d’Aram Lee. Chacun avec son propre langage musical a pu nouer avec l’autre une vraie relation de complicité qui les amènent à travailler ensemble assez régulièrement malgré les contraintes géographiques. Solos, duos et trios avec le percussionniste, vocaliste et joueur d’Aejeng (instrument à cordes) se sont enchaînés pour offrir un agréable voyage musical... sans piano cette fois.

La trompettiste Airelle Besson (artiste en résidence à Coutances) leur succédait avec une création portant sur ses compositions arrangées et orchestrées pour les 25 musiciens de l’Orchestre Régional de Normandie, un trio jazz et, en invitée, la vocaliste coréenne Youn Sun Nah.
L’excellence était au rendez-vous et l’ensemble sonnait remarquablement bien mais on pouvait craindre que l’ennui ne s’installe à l’écoute de quelques longueurs orchestrales. C’est alors que Benjamin Moussay a pris les choses en main devant son grand piano, se lançant quand ce fut son tour, dans une escapade soliste éblouissante, emmenant dans son sillage la solide rythmique constituée de Stéphane Kerecki et François Laizeau. Dès lors, le concert a pris une toute autre tournure et, pour n’être pas en reste, chacun a donné le meilleur.

Airelle Besson, Youn Sun Nah et l'Orchestre Régional de Normandie. -  voir en grand cette image
Airelle Besson, Youn Sun Nah et l’Orchestre Régional de Normandie.

Tout au long de ce beau moment musical, le pianiste a affirmé sa présence pour raviver la flamme. Il faut dire que, si Benjamin Moussay tient les claviers dans l’actuel quartet d’Airelle Besson, il fut aussi le pianiste du groupe de Youn Sun Nah il y a une dizaine d’années (tout comme David Georgelet et Yoni Zelnik que nous évoquions plus haut !). Cette connaissance des deux musiciennes fait de lui une véritable cheville ouvrière de ce projet. On se souviendra du moment d’émotion comme l’interprétation magistrale et acrobatique de « Neige », un des thèmes fétiches d’Airelle Besson en duo trompette voix pour rappeler l’incroyable potentiel vocal de Youn Sun Nah. Enfin, on retiendra une formidable interprétation de « Around The World », qu’Airelle Besson écrivit pour la chanteuse coréenne il y a quelques années sans qu’elles ne la jouent, ensemble avant ce soir du 30 avril. Touchant ! On retrouve cette composition dans une interprétation tout aussi magique par le voix d’Isabel Sörling dans le superbe disque du quartet d’Airelle Besson qui sort ce mois-ci.

20h30 - Théâtre.

JPEG - 102 ko
Pablo Held, Chris Potter, Joe Martin et Marcus Gilmore

Pablo Held est sans doute le musicien le moins renommé du quartet que présente le saxophoniste Chris Potter. Le jeune pianiste n’a pas encore la réputation du formidable Craig Taborn auquel il succède mais il pourrait bien faire parler de lui un peu plus encore dans les années à venir. Son jeu tout en nuances cultive un art subtil des dissonances et son phrasé, s’il écarte le effets de virtuosité, n’en est pas moins singulier. On remarque que le leader le laisse s’exprimer avec beaucoup de bienveillance et une attention soutenue, preuve d’un intérêt certain pour le jeu de son pianiste tout à fait en phase avec la paire rythmique impressionnante de finesse que composent Joe Martin (contrebasse) et Marcus Gilmore (batterie).
Une fois encore, Chris Potter évite la facilité, proposant un programme basé sur de nouvelles compositions dont la plupart n’ont pas encore de titre ! Sa musique est certes brillante et sophistiquée sur le plan des structures mélodiques et harmoniques mais elle reste constamment captivante. Le public a suivi avec une attention soutenue qui attestait d’une adhésion certaine aux propositions du saxophoniste si on excepte cependant sa tentative à injecter quelques effets sonores à l’aide d’un gadget électronique qu’il a rapidement laissé de côté, fort heureusement.
Un concert où le jazz, contemporain et accessible, démontre une fois encore sa vitalité.


Et les autres photos des concerts du 30 avril à Coutances, signées Sébastien Toulorge pour CultureJazz.fr :

Youn Sun Nah Pablo Held, Chris Potter, Joe Martin et Marcus Gilmore Eric Bibb Marcus Gilmore Habib Koite Habib Koite, Mama Kone, Eric Bibb Habib Koite, Mama Kone, Eric Bibb Joe Martin Chris Potter Chris Potter Quartet

Portfolio

  • Youn Sun Nah
  • Eric Bibb
  • Marcus Gilmore
  • Habib Koite
  • Habib Koite, Mama Kone, Eric Bibb
  • Habib Koite, Mama Kone, Eric Bibb
  • Joe Martin
  • Chris Potter
  • Chris Potter Quartet

Dans la même rubrique

1er décembre – Marguet-Rousseau « Spirit Dance » à Dijon

29 novembre – Samuel BLASER quartet à Caen.

28 novembre – Antoine PIERRE : « URBEX »

24 novembre – Les Pérambulations Du Pérégrin - 51

15 novembre – [à Paris] BROSSE