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MENS ALORS ! Festival d’Échange et de Création (Isère)

Un festival pas si mince que ça.

D 24 août 2016     H 21:46     A Alain Gauthier    


MENSALORS, le Festival d’Échange et de Création, édition n°13 du 8 au 13 août 2016.

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Lundi 8 août
À la Maison de l’Enfance et de la Jeunesse, on fait la queue, les bénévoles cherchent leurs marques. Pas de râleurs dans la file, pas d’impatients, ici, on prend le temps de vivre. Les Fées Railleuses ( Céline Valette et Choe Derrouaz ), échappées d’un cirque burlesque, ouvrent le festival devant un public plus que nombreux et devant un fond de scène sublime : le Mont Obiou ( 2789m ), Compte tenu de la taille de la commune ( 1343 habitants ), bien des organisateurs seraient déjà comblés par cette affluence.
Acrobaties, facéties, détournements, sketches, ça s’enchaîne et se déchaîne, on les garderait bien encore un peu.
L’esprit du festival se déploie alors : entre le délicieux buffet préparé maison et les tables et bancelles ici et là pour poser son assiette, son verre et son cul, il y a toute la manifestation du lien-social. T’es d’où ? T’es déjà venu ? Ah ben alors, kesskitamène chez nous ? Mens a échappé (pour le moment ? ) aux urbanistes post haussmanniens concepteurs des environnements tue-la-vie-vis-ta-mort. Ici, on se frôle, on s’approche, on se cause. Elle est pas belle la vie, la vraie, l’ordinaire ?

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Quelques concerts parmi d’autres :

Mardi 9 août
au Musée du Trièves, les organisateurs continuent de jubiler. Salle surbouquée pour du Vent dans les Cordes. Les deux créatures, Charlotte TESTU à la contrebasse et Sarah GIVELET au violoncelle, déploient une réjouissante variété de talents à travers une suite de courtes pièces musicales et/ou vocales : des textes dits, vocalisés, qui jouent sur la polysémie des mots, revisitent et dynamitent les clichés, détournent des propos ordinaires pour en surligner le fond. Le public est conquis.

À l’Auditorium du Collège ( qui a dit qu’il ne se passait rien à l‘école ? ), le groupe BRIBES 4, Geoffroy GESSER sax, Romain CLERC-RENAUD claviers, Isabel SÖRLING voix et Yann JOUSSSEIN batterie et bidouilles électroniques est annoncé comme « mêlant les esthétiques : musique contemporaine, électro-acoustique, électronique, free jazz, free rock ». Ce qui, traduit en langage vulgaire, situe leur production du jour entre l’éviscération d’un bovin à la tronçonneuse ( dont la chaîne rouillée n’a jamais connu l’affûtage ), le laboratoire de création radiophonique et la performance hallucinée à froid. En pleine digestion, ça remue les boyaux.

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Mercredi 10 août
Encore au Collège pour écouter NOVEMBRE : Antonin TRI HOANG au sax alto, Romain CLERC-RENAUD au piano, Thibault CELLIER à la contrebasse et Sylvain DARRIFOURCQ à la batterie.
Des morceaux bien écrits sur fond de ruptures rythmiques où il n’est pas conseillé de finir de rêvasser le nez dans son bol de café. Tu perds le fil, tu te mets à l’envers et ça s’entend. Le sax, omni présent et auteur d’un solo stratosphérique, tient la baraque. Jazz écrit, impro, apport des trois claviers, électronique. Ça ne rigole pas côté mise en place et réalisation, on est en apnée.
À 11h le matin, faut oser et pas se rater.

Dans le jardin de Terre Vivante ( mais si !! le lieu historique de l’écologie pédagogique ), Vincent COURTOIS Trio, lui-même au violoncelle, Robin FINCKER sax et clarinette, Daniel ERDMANN sax ténor, s’emploient à résister au fort vent de nord qui s’est invité et retrousse les arbres à des hauteurs que la morale réprouve et tente d’arracher les partitions. Ils défilent leur nouveau programme « Bandes originales » qui nous fait revisiter des musiques de films ( Freaks, Le Ballon Rouge, E.T., etc..... ) chéries par Courtois. Rien de plus étonnant que d’écouter en milieu non clos des musiques de salle obscure. Il faudra les réécouter dans un univers moins perturbé.

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Aux Sagnes, la salle polyvalente, Sylvain RIFFLET, sax ténor, Benjamin FLAMENT aux percus et métaux traités, Philippe GIORDINI à la guitare et Jocelyn MIENNIEL à la flûte et kalimba envoient « Mechanics », un programme fortement influencé par la musique minimaliste. Rifflet, dégaine post nucléaire en manteau rouge sur fond d’épaisses fumées, se fend de grosses impros, c’est lui le taulier. Le mec de la lumière traite tout ce beau monde en rock stars. Ça pète le feu, c’est costaud et ça s’écoute avec plaisir.

Jeudi 11 août
Le vent du Nord censé chasser les nuages, a aussi chassé l’air chaud. Il fait froid, 5° disent les gens du coin. 5° pour un concert dans le jardin Pellegrin. Clos par de hauts murs, avec son lot d’arbres, autant dire que le soleil a du mal à percer à 10h du mat’. Et nous, on est au bord du grelottement arythmique incontrôlé pour écouter Free Songs avec Juliette KAPLA et Claire BELLAMY. Non, on ne chantera pas nos chansons ce matin, qu’elle annonce, la Juliette, à l’aise, on va plutôt improviser, avec votre aide. Vous nous donnez des mots et nous, on se débrouille avec.
Moment exceptionnel avec Kapla en hâbleuse savoureuse et Bellamy en discrète semeuse de bordel. L’art de l’impro vocalo-musicale portée à son meilleur par deux femmes magnifiques, le temps d’une éclaboussure tsunamiesque d’intelligence et d’humour fulgurants.
« À quoi tu penses ? » deviendra, grâce à un voisin en pleine synchronicité de bricolage matutinal, « à quoi tu ponces ? »... Rires... Une épaisse tranche de ce bonheur vaut tous les anxyolytiques du monde. Jetez vos cachets !! Invitez-les !!!

Aux Sagnes, François RAULIN au piano, François CORNELOUP sax soprano et baryton, Ramon LOPEZ à la batterie, nous content la triste histoire de ISHI, le dernier indien qui a survécu au génocide nord américain. Le fil rouge est donné par la voix d’une narratrice. Intense doux, agité, prenant, l’hommage à cet homme qui trouvait l’homme blanc intelligent, en sachant beaucoup mais manquant de sagesse, et vénérait la nature, qui ne ment jamais.
On vous l’avait pas dit que ce festival donne à penser ?

Suit PAPANOSH avec Raphaël QUESNEHEN au sax, Quentin GHOMARI, trompette, Sébastien PALLIS piano et orgue, Thibault CELLIER à la contrebasse et Jérémie PIAZZA à la batterie. Quintet typique de l’époque be-bop qui produit une musique joyeuse, enlevée, groovy, solide. Dans le Papanosh, rien de moche.

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samedi 13 août
Au Collège, REV GALEN avec Catherine HERSHEY chant, Gilles POIZAT chant, guitare et trompette. Après deux courtes mises en bouche, (t’as à peine le temps de reconnaître le goût du tourton), Poizat entame une chanson en solo, en haut de sa tessiture avec une voix qui semble prête à rompre, à s’effilocher mais non : sa faiblesse apparente fait sa force. Il retourne le public.
Elle, très émue, c’est le matin à jeun qu’elle dit, le regarde avec kekchoz mêlé d’admiration et d’amour. Elle s’y reprend à deux fois pour un texte de son papy. Un délicieux moment de musique, un court concert bourré d’émotion sans afféterie.

Festival MENSALORS
9 au 13 août 2016
Mens 38710


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