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Le CHARLIE JAZZ FESTIVAL à Vitrolles

Sous les platanes, le jazz !

D 7 septembre 2016     H 16:31     A Florence Ducommun    


Le premier week-end de juillet est systématiquement coché dans l’agenda de tout jazzeux du Sud qui se respecte ; et le programme de cette 19ème édition si prometteuse nous y a incités fortement ! Que demander de plus quand on a à la fois le parc plus que centenaire du Domaine de Fontblanche, un soleil généreux, une ambiance festive à souhait, une équipe de bénévoles formidable et un programme de rêve ? C’est le point d’orgue de chaque saison de l’équipe de Charlie Free qui finit l’année en beauté après les concerts donnés trois trimestres au Moulin à Jazz ou au Théâtre de Fontblanche. Les musiciens viennent des quatre coins de l’horizon, jeunes ou moins jeunes, pour nous faire vibrer et nous sentir bien vivants durant trois soirées !

Vendredi 1° juillet :

Les festivités commencent dès 18h30 avec la fanfare Le Syndicat du Chrome : un sextet de terribles musiciens sapés comme des mafiosi qui veulent en découdre avec nous, en nous proposant une musique à la croisée du funk, du jazz, du hip-hop ou de l’afrobeat de Fela Kuti ou Mulatu Astatke. La Nouvelle Orléans est tout près, ça groove et c’est une excellente mise en oreilles pour la suite ! On y retrouve Axel Bagréaux au saxophone, Maxime Briard à la batterie, Simon Sieger au sousaphone à la place de Benoit Campens, Lionel Espagne à la trompette, Romain Morello au trombone (membre émérite du sextet d’Olivier Lalauze !) et Clément Serre à la guitare.

_ION -  voir en grand cette image
_ION

Sur la Scène du Moulin, le nouveau projet –ION conçu en résidence suit de près. Aux manettes, nous avons Philippe Lemoine au saxophone ténor, Samuel Silvant à la batterie, Aymeric Avice à la trompette et bugle et Olivier Lété à la basse électrique. Un résultat à la hauteur de ces musiciens brillants, électrons libres du jazz actuel et des musiques improvisées. Leur travail fait référence aux grands albums de jazz des années 60-70 comme Extrapolation de John Mc Laughlin, Expression de John Coltrane, ou encore Inventions and Dimensions d’Herbie Hancock. J’en garde un souvenir magnifique, avec une musique affranchie, vivifiante, nouvelle. Une très belle créat-ION à laquelle on souhaite un succès élargi aussi vif que celui que l’auditoire de Charlie Free lui a réservé.

Yaron Herman -  voir en grand cette image
Yaron Herman

Le parc est bondé pour écouter ensuite sur la grande scène des Platanes le duo du pianiste Yaron Herman et du batteur Ziv Ravitz. Amis de longue date, ces deux musiciens d’origine israélienne ont créé ce duo l’an dernier intitulé « Everyday ». Septième album du pianiste paru cette fois chez Blue Note, c’est le fruit de plus de dix ans d’expériences pour ces musiciens recherchés. Ce fut un concert à la fois intimiste et ardent, créatif ou assumant des reprises comme le prélude de Scriabine, ou encore un titre de James Blacke « Retrograde » où Ziv Ravitz va percuter les cordes du piano avec ses mailloches. Un dialogue parfait avec un beau succès provoqué par la faculté du pianiste à tricoter toutes ses influences, de la pop au classique en passant par le jazz, lui qui admire tant Keith Jarret ! Jeunes et moins jeunes les ont vivement applaudis !

John McLaughlin -  voir en grand cette image
John McLaughlin

La première soirée se termine avec un musicien extrêmement attendu en la personne du guitariste anglais John Mc Laughlin avec The 4th Dimension. Accompagné de Gary Husband aux claviers et percussions, d’Étienne M’Bappé à la basse ( dont il joue avec des gants noirs !) et de Ranjit Barot à la batterie , le fondateur du Mahavishnu Orchestra, tantôt jazzman, tantôt rockeur, a livré un concert mythique tout en sourires et chaleur. Guitare Love démarre le concert, suivi de Django de John Lewis. Suit un hommage à Paco de Lucia fidèle compagnon disparu en 2014, à travers El Hombre que Sabia. Ranjit Barot tout comme son compatriote Trilok Gurtu use d’onomatopées rapides impressionnantes. Gary Husband le rejoint parfois, lui qui était autrefois batteur. Les duos entre Mc Laughlin et Étienne M’Bappé sont jouissifs ! Après les influences indiennes au travers de Love & Understanding, nous sommes revenus ensuite à un jazz fusion mâtiné de blues. La musique de Mc Laughlin ne prend pas une ride ( le guitariste a quand même 74 ans mais une vitalité intacte ! ) et des jeunes, il y en avait ce soir là ! les enfants accompagnaient leurs parents ! Un grand moment !

Samedi 2 juillet :

Gérald Chevillon & Damien Sabatier (Imperial Quartet) -  voir en grand cette image
Gérald Chevillon & Damien Sabatier (Imperial Quartet)

Imperial Quartet attaque dès 18 heures sur la Scène du Moulin heureusement à l’ombre ! Avec Gérald Chevillon et Damien Sabatier aux saxophones, Antonin Leymarie à la batterie et Joachim Florent à la basse électrique, ce sont quatre musiciens improvisateurs qui avaient été lauréats de Jazz Migrations 2012. Les saxophonistes en particulier (complices depuis plus de 10 ans) exploitent leurs instruments du sopranino au basse, sous-tendus par une rythmique basse-batterie des plus efficaces aux accents souvent rock et c’est réjouissant et puissant ! Cette formation qui existe depuis 2010 explore tous les territoires sans frontières dans une vision urbaine et on les aurait volontiers accompagné en dansant ! À suivre de très près !

La Fanfare La Marmaille fait entendre son charivari dans la foulée ! Se définissant comme une post-fanfare, les six musiciens mettent l’accent sur la batterie avec Loris Pertoldi et la basse de Kevin Balzan qui amènent une touche très rock, tandis que la chanteuse Anaïs Andret-Cartini qui utilise souvent le mégaphone, mais aussi la trompette, entraîne énergiquement et le groupe et les auditeurs ! Les soufflants Fréderic Monnier aux saxophones, Nathanaël Renoux au tuba et Guillaume Pique au trombone vous aspirent dans leurs boucles infernales. Un répertoire éclectique de la musique des Balkans au bal-musette, en passant par le rock ou la musique style Kurt Weill, il y en a eu pour tous les goûts et il était impossible de reste de marbre devant tant de vitalité !

Stéphane Belmondo & Thomas Bramerie -  voir en grand cette image
Stéphane Belmondo & Thomas Bramerie

Un peu plus de calme et de sérénité pour le concert qui suit sur la grande Scène des Platanes avec le trio de Stéphane Belmondo. Accompagné de Thomas Bramerie à la contrebasse et Jess Van Ruller à la guitare, le trompettiste et bugliste rend hommage à son mentor Chet Baker dans un Love for Chet superbe que j’avais déjà entendu l’automne dernier au Théâtre Denis de Hyères ( avec Yoni Zelnik à la contrebasse et Alex Freiman à la guitare). Une formule sans piano ni batterie où le trompettiste et bugliste laisse beaucoup de place à ses deux compagnons. Nous entendrons entre autres I Remember You et une composition de Gerry Mulligan immortalisée par Chet Baker, Line for Lyons ! Nous écouterons également une jolie ballade dédiée à l’amour et la paix You Can’t Go Home Again, une très émouvante Chanson d’Hélène que Romy Schneider interprétait dans « Les Choses de la Vie » de Claude Sautet composé par Philippe Sarde avec en rappel un joli Daddy and I imaginé par Rita la fille de Stéphane. Assurément un héritage bien assimilé et tout en finesse où l’esprit de Chet a plané au dessus de nos têtes...

Jacky Terrasson -  voir en grand cette image
Jacky Terrasson

Le pianiste Jacky Terrasson entre alors en scène, avec Thomas Bramerie qui décidément n’a pas chômé ce soir-là, tout comme Stéphane Belmondo en invité pour ce programme intitulé « All Stars ». J’avoue ma grande addiction pour ce pianiste toujours généreux, donnant tout quand il joue et qui me communique joie et énergie à chaque fois que je l’écoute. Avec Lukmil Perez à la batterie et Minino Garay aux percussions, nous entendrons également le grand chanteur et guitariste brésilien Marcio Faraco à la guitare et au chant. Jacky Terrasson et Stéphane Belmondo, amis depuis plus de 30 ans et jouant ensemble depuis plus de 5 ans, vont sortir un disque en duo début septembre intitulé Mother, titre très émouvant qu’ils nous joueront, dédié à toutes les mères (Jacky vient de perdre la sienne et a changé le titre du disque qui devait s’intituler Twin Spirit). Un Berimbau infernal a du mal à nous laisser immobiles, tandis que le batteur se déchaîne sur Smile. Un rappel complètement hallucinant sur Caravan de Duke Ellington achève cette soirée fantastique ! Jacky, c’est Joie, Jubilation et Jouissance !

Dimanche 3 juillet :

Un Poco Loco -  voir en grand cette image
Un Poco Loco

Sous un soleil toujours radieux mais avec un peu de vent, Un Poco Loco démarre les réjouissances. Lauréat de Jazz Migrations de cette année, ce trio emmené par le tromboniste Fidel Fourneyron avec Geoffroy Gesser au saxophone ténor et clarinette et Sebastien Beliah à la contrebasse, revisite le répertoire be-bop des années 40 et 50 à travers des thèmes plus ou moins connus et c’est rudement bien ! Fidel Fourneyron est impliqué partout, notamment au sein de l’ONJ, tout comme ses deux comparses qui sont également des têtes chercheuses de la musique improvisée. Mais ici, l’improvisation part de solides racines, ce qui donne à la fois une musique ancrée et aérienne malgré tout.

Le parc se remplit peu à peu (match de foot oblige, hélas...) au son de la Fanfare Les Gipsy Pigs. Alors là, ceux qui ont raté ça le regretteront, car cette fanfare totalement déjantée a tout emporté sur son passage et j’avoue avoir ri comme jamais en les entendant et les voyant faire les pitres comme personne. Née en 1998 au pays imaginaire du Pigswana, elle sillonne le monde entier avec ses huit musiciens qui ont mis en place une scénographie burlesque digne de Charlot ou Buster Keaton. Un cocktail d’influences variées qui a fait danser petits et grands dans de grands éclats de rire ! À écouter sans modération !

Gabriele Evangelista, Enrico Rava, Bruce Ditmas -  voir en grand cette image
Gabriele Evangelista, Enrico Rava, Bruce Ditmas

Sur la Scène des Platanes, une légende de la trompette en la personne de l’italien Enrico Rava, fait son entrée vers 21 heures. Pour ce nouveau projet Wild Dance, il est entouré de Gabriele Evangelista à la contrebasse, Francesco Diodati à la guitare et Bruce Ditmas à la batterie. Un auditoire acquis d’avance, sauf quelques personnes dont j’ai fait partie, qui ont trouvé le trompettiste peu avenant et renfermé, non communicatif et ne revenant pas jouer en rappel... Le quatuor a joué pour lui-même ce soir là et j’ai connu Enrico Rava plus expansif et convivial... je n’ai guère apprécié aussi son batteur qui jouait bien trop énergiquement et sans nuances, comme s’il voulait se prouver quelque chose... mais c’est là mon opinion personnelle ! Je suis donc restée à côté... au propre comme au figuré !

Cécile McLorin Salvant -  voir en grand cette image
Cécile McLorin Salvant

Idem pour le concert de Cécile McLorin Salvant, ou alors la fatigue commençait à se faire sentir. Elle est entourée de son fidèle trio à savoir Aaron Diehl au piano, Paul Sikivie à la contrebasse et Lawrence Leathers à la batterie. Autant j’avais apprécié la chanteuse à Jazz Sous les Pommiers en 2014, autant j’ai trouvé le concert trop lisse et consensuel ce soir là. La voix est superbe certes, mais le répertoire est plutôt triste et elle-même avoue son penchant pour les chansons cafardeuses. Malgré sa belle présence sur scène, c’est avec peu de conviction que j’ai écouté. Elle s’inspire d’Irving Berlin, de Clarence Williams (I Wish I Could Shimmy like my Sister Kate), de Porgy and Bess, de Cole Porter (I get a Kick Out of You), de Bob Dorough (Nothing like You has Never Been Before), puise chez Josephine Baker avec malice( Si j’étais Blanche), et invite Vincent Peirani un peu tardivement à mon goût pour un titre plombant des années 20 : Personne de la chanteuse Damia, puis Ma Plus Belle Histoire d’Amour de Barbara. J’ai le Cafard de Frehel enfonce le clou ! Heureusement All Through the Night de Cole Porter nous change d’atmosphère avec un solo de batterie qui chasse les démons. Un rappel sur My Man immortalisé par Billie Holiday achève cette soirée en demi-teinte, qui a malgré tout été excellente pour la plupart des spectateurs.

Suivra pour les noctambules un orchestre très électro (trop pour moi...) Le Cabaret Contemporain sur la Scène du Moulin.

Au total, trois soirées variées, autant dans mon ressenti que dans la couleur de chaque concert, le tout dans une ambiance toujours excellente avec une équipe de choc qui s’assure en permanence de notre bien-être et c’est formidable ! Merci à tous, en particulier à Aurélien Pitavy, directeur artistique et administratif de Charlie Free, Natalia Bento Rodriguez, chargée de communication et Louise Couprie, assistante de production et communication. Et rendez-vous est pris pour la 20ème édition l’an prochain ! Un bel anniversaire nous est sûrement réservé !

Yaron Herman _ION Yaron Herman & Ziv Ravitz John McLaughlin John McLaughlin & 4th Dimension Gérald Chevillon & Damien Sabatier (Imperial Quartet) Fanfare La Marmaille Stéphane Belmondo & Thomas Bramerie Jacky Terrasson Un Poco Loco Fanfare Les Gipsy Pigs Gabriele Evangelista, Enrico Rava, Bruce Ditmas Cécile McLorin Salvant

Portfolio

  • Yaron Herman & Ziv Ravitz
  • John McLaughlin & 4th Dimension
  • Fanfare La Marmaille
  • Fanfare Les Gipsy Pigs

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