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Festival des Vents de Morières (84).

Soirées des 9 et 10 septembre.

D 2 octobre 2016     H 19:57     A Florence Ducommun    


Voilà la seconde année où je me rends à ce sympathique « petit » festival plutôt consacré comme son nom l’indique aux instruments à vent, qui fête cette année son quinzième anniversaire. L’Espace Folard est un bien bel endroit avec une salle de spectacle en gradins à l’acoustique magnifique ( mention spéciale à l’ingénieur du son Gaetan Ortega ). Deux parties, l’une composée de trois soirées fin juin et début juillet, et la seconde les 9 et 10 septembre, ont rempli largement leurs objectifs en terme de succès. Il a fallu chaque fois ajouter des sièges. Il faut dire que les invités étaient excellents et ne pouvaient qu’attirer les fans de be-bop et hard-bop.

Vendredi 9 septembre :

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Michael Cheret septet

Le « all star » français réuni en septet par le saxophoniste ténor Michael Cheret a pris la place du « all star » légendaire de 1961 que le saxophoniste Oliver Nelson avait rassemblé pour un de ses disques les plus connus Blues and the Abstract Truth, enregistré pour le label Impulse ! par le célébre Rudy Van Gelder décédé fin août. Grand admirateur d’Oliver Nelson, (1932-1975) le saxophoniste français a voulu lui rendre hommage à travers ce disque ainsi qu’avec quelques compositions du second More Blues and the Abstract Blues sur le même label en 1964. Oliver Nelson jouait de l’alto et du ténor mais était aussi un fabuleux arrangeur comme sur le second disque où il ne joue que sur le premier titre d’ailleurs. Michael Cheret lance un Hoe Down en introduction du concert à la manière du fameux présentateur de petite taille du Birdland Pee Wee Marquette, et c’est parti pour une heure et demi de bonheur musical en compagnie de musiciens qui tiennent haut la main leur pari de remplacer les musiciens d’Oliver Nelson.

Olivier Truchot, Michael Cheret. -  voir en grand cette image
Olivier Truchot, Michael Cheret.

Qu’on en juge : Jose Caparros pour Freddie Hubbard à la trompette, Baptiste Herbin pour Eric Dolphy au saxophone alto, Frédéric Couderc pour Georges Barrow au saxophone baryton et Michael Cheret pour Oliver Nelson font une façade de soufflants au milieu de la scène. Sur la gauche, Olivier Truchot remplace Bill Evans au piano, Brice Berrerd prend la place de Paul Chambers à la contrebasse et Philippe Soirat, celle de Roy Haynes à la batterie. Sur le second album, nous avions Phil Woods au saxophone alto et Ben Webster au ténor. One for Bob justement dans le second album, est une composition qui met le saxophone baryton en vedette et Frédéric Couderc en lumière ! Ça swingue comme le dirait le Roi René ( René Urtreger ) ! L’ incontournable tube de Nelson Stolen Moments devenu un standard indémodable est toujours aussi efficace avec sa ligne mélodique tenue à la trompette, où les chorus de chacun se succèdent et se répondent. J’y ai découvert un merveilleux contrebassiste en la personne de Brice Berrerd. Butch and Butch se révéle un bel exemple de be-bop énervé comme le dit Michael Cheret et Yearnin’ un joli blues en do majeur. Une cascade de notes dans Cascades, morceau composé par le jeune Oliver Nelson lorsqu’il apprenait son instrument. Baptiste Herbin nous surprend par une vélocité extrême dans Theme From Mr Broadway et c’est non sans malice que Michael Cheret nous gratifie de The Critic’s Choice en rappel ! Une réussite totale pour ce concert qui nous a rafraîchi la mémoire.

Samedi 10 septembre :

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Dmitry Baevsky trio.

L’Espace Folard accueille le trio du saxophoniste alto Dmitry Baevsky pour clôturer le festival en beauté et avec une grande classe. Accompagné du contrebassiste français Fabien Marcoz et du batteur autrichien Bernd Reiter, le musicien d’origine russe mais new-yorkais d’adoption livrera un concert absolument superbe comme à son habitude. Chaque fois que je l’entends à Paris et Avignon, c’est un répertoire différent avec des reprises de standards plus ou moins connus qui prennent un autre éclairage. Le saxophoniste aime la France et spécialement le nord du Vaucluse, et les français lui rendent bien son affection. Après la sortie de son dernier disque Over and Out dont nous n’entendrons d’ailleurs aucun morceau, un autre a été enregistré début juin à New-York et devrait sortir en mars 2017 avec un répertoire dont une bonne moitié sera original. On entendra d’ailleurs ce soir deux reprises de ce futur disque : le mélodieux Chant de Duke Pearson au titre bien trouvé qui se termine avec le sentiment d’entendre la voix du saxophone et Delilah, magnifique thème de Victor Young immortalisé en particulier par le trompettiste Clifford Brown, avec des montées chromatiques du saxophone impressionnantes.

Fabien Marcoz, Dmitry Baevsky. -  voir en grand cette image
Fabien Marcoz, Dmitry Baevsky.

Parmi les autres compositions, un grand classique du hard-bop en démarrage du concert, Nicas’Dream d’Horace Silver, histoire de mettre l’auditeur connaisseur ou pas en confiance, tant ce titre swingue joliment, le lancinant Think of One de Thelonius Monk qu’on connaît joué par Sonny Rollins, la ballade mélancolique It Never Entered my Mind de Rodgers & Hart, immortalisée par tant de célébrités dont les saxophonistes ténor Coleman Hawkins et Ben Webster en duo. Dmitry Baevsky en fait une très belle interprétation épurée à l’alto avec un tempo un peu plus rapide, soulignée par le solo de contrebasse et les jeux de balais du batteur, qui se termine par un son de saxophone absolument prenant. Nous entendrons aussi un très soutenu Always d’Irving Berlin, où le batteur Bernd Reiter déchaîné nous fait un solo infernal. Son jeu très expressif et protéiforme fera merveille tout le long du concert, tandis que le jeu du contrebassiste Fabien Marcoz plus placide et calme équilibrera le triangle parfait du trio. Le concert se terminera avec une pièce du tromboniste et compositeur Tom McIntosh, Cup Bearers et une du trompettiste Blue Mitchel nommée Fungii Mama. Les pieds des spectateurs trépignent et les gradins vibrent des applaudissements nourris si bien que le trio nous gratifiera de deux reprises Blues In The Closet d’Oscar Pettiford et Get Happy d’Harold Arlen. Une invitation au bonheur que nous a envoyé Dmitry Baevsky ce soir !

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Portfolio

  • Philippe Soirat, Frédéric Couderc
  • Michael Cheret, Baptiste Herbin.
  • Michael Cheret septet
  • Bernd Reiter
  • Dmitry Baevsky
  • Fabien Marcoz
  • Fabien Marcoz, Dmitry Baevsky.

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