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Cécile McLorin Salvant à Paris : « American Songbook ».

D 21 octobre 2016     H 16:53     A Philippe Paschel    


Il y avait eu d’abord les chanteuses de blues, les Smith, Mamie, Trixie, Bessie qui “chantait mille ans d’esclavage” (André Benedetto), puis ce furent les trois grandes du jazz, Billie, Sarah et Ella, sans compter Betty et Carmen, et sans oublier Anita. Dans les années 80 du siècle défunt, ce fut une avalanche ! “Que les Dieux me protègent des chanteuses de jazz, je me garderai de mes ennemis !”. On entendit des radoteuses du passé, certaines chantaient fort mal, Cassandra d’outre-mer ou Leïla, d’entre Gers et Baïse, sauvèrent l’honneur. Puis surgit toute armée, une grande jeune femme bilingue, pourvue de tous les dons. On l’entendit dans des concerts retransmis à la radio, elle ne vantait aucun disque sorti à-propos. Un nom impossible, long mélange de cultures : Cécile McLorin Salvant. Son prénom incitait à la musique, elle s’y consacra. Après trois disques, elle a acquis le statut de vedette ; elle remplit la salle de la Cité de la Musique.

Je ne l’avais pas vue sur scène depuis le 26 juillet 2013 au Sunset, où elle était partenaire d’un trio local (...lire ici...). Elle est maintenant accompagnée d’un trio américain de pointures, qui fonctionne parfaitement.
Le programme consistait en standards, comme Mad about the boy, Let’s face the music and dance, In the still of the Night, It ain’t necessarily so, The Trolley Song (chanson chantée par Judy Garland dans le film « Meet me in Saint-Louis/Le Chant du Missouri » de Vicente Minelli) entr’autres, ainsi que des chansons françaises, La route enchantée ou Je voudrais être blanche, pour affirmer sa double culture.
La voix est parfaite, la technique luxuriante, le souffle immense, chaque chanson bénéficie d’un traitement particulier, McLorin varie les effets, tous ceux que la voix peut rendre. Et voilà, elle chantait “It ain’t necessarily so” de Porgy and Bess, chaque couplet différemment, c’était impeccable ; mais dans quel but ; ces changements étaient gratuits, sans nécessité dramatique -ce n’est pas une simple chanson, c’est un air dans un opéra-. Toute cette virtuosité m’a paru vide, comme une démonstration de tout ce qui était possible, un compendium de l’interprétation jazzeuse de chansons, mais sans réelle individuation artistique. Tous ces talents n’auraient-il comme expression originale que des lunettes à monture blanche ?

Lors de la première chanson, la voix était lointaine au fond d’une piscine, cela fut rectifié dès la seconde. Ce fut alors le son mp3 coutumier de l’institution.
Le piano n’était pas accordé dans l’aigu, le pianiste s’y risqua une fois et n’y revint plus. Pourrait-on aussi essuyer sa noire carapace, afin de ne plus y voir les traces de son transport, comme cela a été fait pour celui utilisé par Christian Zacharias au même endroit la semaine suivante ?
Cécile Mclorin portait une robe qui devait être d’un délicat jaune, peut-être, mais un éclairage bleu ou orange-signal de détresse, empêchait d’en être certain. Là encore, un traitement plus décent de la lumière serait souhaitable.

Cécile Mclorin Salvant : chant / Aaron Diehl : piano / Paul Sikivie : contrebasse / Lawrence Leathers : batterie.
Cité de la Musique (Paris), le samedi 8 octobre 2016.


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