« Le jazz tisse sa toile... »
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[Au Triton] : Negro/Parisien/Rabbia

DA DA DA

D 17 janvier 2017     H 19:00     A Alain Gauthier    


Premier concert de la nouvelle année au Triton avec le trio tout nouveau tout chaud formé de Roberto NEGRO au piano, Émile PARISIEN au sax soprano et Michele RABBIA à la batterie augmentée. Autant dire ni des bras cassés ni des mercenaires de la musique : ze best des musiques présentes d’aujourd’hui et de demain.

Après une intro au piano préparé mêlée de batterie et de traitement informatique, un thème tout tendre, un genre de berceuse simple, tranquille, harmonieuse, qu’on se prend pas la tête. Mollo mollo, on est encore en janvier. Et un solo éblouissant de Parisien sur fond de percus pointues ( tu te sens fakir sur une planche à un clou).
Éblouissant  : le mot qui va bien pour l’ensemble de ce concert et invite à fermer les zieux. Que les zieux.
Rabbia, souvent confiné avec une discrétion presqu’inaudible pour l’inattentif, à poser des sons ici ou là dans d’autres formations, prend ici une place forte (oui, une place forte ). Il impulse, relance, triture, rompt le fil, échoïse et prolonge avec ses petites machines bref, il est là, vachement là.
Negro citera Ligeti pour cette intro. Ligeti, Dutilleux, Messiaen, on entend souvent citer ces références chez les jeunes jazzeux, mecs équipés d’excellentes influences contemporaines et qui en usent avec gourmandise.
Des fois qu’on se serait laissé trop bercer, ils se précipitent, les fous furieux free, dans un maelstrom sonore qu’on se dit « où ils sont planqués les autres ? ». Rabbia a troqué les baguettes et autres mailloches pour une poignée de joncs ( de l’osier ? Du coudrier ? ) qui câlinent-fouettent-stigmatisent ses cymbales et peaux. Negro met ses doigts partout, ses coudes aussi, bonjour la remise à neuf du meuble et Parisien-Éole souffle comme un lanceur d’alerte que personne n’écoute. Après la cascade, retour au lento, aux silences aussi. Ces mecs ne nous laissent pas mariner dans un confort pépère, ils pratiquent plus que mieux l’impermanence des choses musicales.
Rabbia y va d’un solo fou, lui son truc, c’est les petits engins vibrants et les prolongements électroniques. Il te nettoie les oreilles et les petits os dedans que tu découvres des endroits sensibles que tu ignorais. Le monde est son, le monde est vibration qu’il affirme avec ses gongs. Pas un instant, on ne se croit dans un studio avec un geek perdu entre ses câbles et ses potards. Ça lui coule des doigts, son matos informatique est comme qui dirait intégré à la batterie et vice versa.
Tout ça est vachement beau, bourré de clins d’oeil, d’humour, de montée de rires, ils se font des surprises, s’étonnent encore. Là, un genre de cousin d’un blues roots suivi d’une crise de furiosité, ici, un début de thème tu te dis merde du classique j’y crois pas mais ça ne dure pas. On croit entendre d’autres musiques planquées derrière ou dessous, des trucs lancinants, il y a du détournement dans l’air. Debord, sors de ces corps !!!
« Le bel oiseau déchiffrant l’inconnu au couple d’amoureux » nous rappelle que Negro fricote avec Miro pour les compos du jour, « Sans traces de fruits à coques » peut-être une pub implicite pour la nouvelle boutique bio des Lilas ? Et pourquoi pas Glutenfree ?
Virtuoses sans se regarder virtuoser, éblouissants sans chercher à éblouir, créateurs sans se prendre pour Monsieur Ledieu, ils nous font passer un moment plus que délicieux. Un moment rare, d’intelligence partagée, de beauté, d’élégance et de simplicité. Mais pourquoi penser à Trump juste à ce moment ?
On les rappelle pour une petite chanson d’amour, toute mignonne, sans affèterie, épatante.
Da Da Da  : un triple OUI.

Jeudi 12 janvier 2017
Le Triton
11bis rue du Coq Français
93260 Les Lilas