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John Zorn : Bagatelles Marathon (Paris)

D 5 avril 2017     H 23:21     A Philippe Paschel    


> Philharmonie de Paris, Salle Pierre Boulez - dimanche 2 avril 2017 de 18h00 à 22h30.

Bagatelles Marathon [1]
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La salle était dans sa disposition “musique amplifiée”, la scène transformée en parterre pour le public et les gradins du fond abaissés pour former une scène. Des tentures diverses avaient été suspendues pour étouffer la magnifique résonance de la salle, qui en fait la qualité, mais qui est catastrophique pour les amplificateurs, le résultat étant soit une musique lointaine et un peu désincarnée ou de la bouillie. On n’échappa à aucun de ces inconvénients.
Une partie du public n’avait pas compris le sens de “Marathon” : ce concert de fin d’après-midi débutant à 18 heures s’est terminé vers 22 heures 30. Il y eut beaucoup de places vides après l’entracte.
John ZORN (NYC 1953) est un musicien qui a de nombreuses facettes, comme ce concert, le dernier d’un ouiquende qui lui était consacré, l’a montré. Il y a eu du jazz et du non-jazz. Chacun des douze groupes a joué environ vingt minutes et a été présenté par Zorn.

1- Acoustic Masada : John Zorn (sax-alto), Dave Douglas (trompette), Greg Cohen (contrebasse), Joey Barron (batterie).
Une musique qui n’est pas sans évoquer les quintettes d’Eric Dolphy, avec une structure plus hachée. Zorn contorsionné sur son instrument à côté d’un Dave Douglas représentant la position parfaite du trompettiste, pieds bien à plat, légèrement écartés, le corps droit, la trompette légèrement inclinée vers le sol.

2- Erik Friedlander, Michael Nicolas (violoncelles). Musique non-jazz.
Une belle musique méditative, parfois rythmée, qui évoque la musique des années 30 avec quelques trucs d’aujourd’hui.

3- Kris Davis quartet. K.D. (piano), Mary Halvorson (guitare), Drew Gress (contrebasse), Tyshawn Sorey (batterie).
Je n’ai vraiment entendu que la batterie et la contrebasse, tous deux excellents, marquant un rythme puissant et emballant, le piano et la guitare étaient noyés dans une bouillie incompréhensible.

4 - Trigger : Will Greene (guitare), Simon Hanes (basse), Aaron Edgcomb (batterie). Non-musique non-jazz.
Un bassiste qui racle en rythme pour faire un son horrible, un guitariste qui joue de pitoyables petites phrases sans imagination, un batteur imperturbable qui emporte le tout. Ce groupe joue à un volume tel que l’on ne peut l’entendre que les oreilles bouchées -ce que j’ai fait. Il ne reste alors que la vibration physique de la salle, une musique pour ORL : acouphènes, surdité, appareillage ...

5- Craig Taborn (piano)
En solo, Taborn manque absolument de souigne, même s’il joue des phrases qui, jazziquement articulées, fonctionneraient ; il y eut de longs moments, Cecil Taylor joué par un pianiste classique, sans l’éruption volcanique de la discontinuité et du rythme.

6- John Medeski trio : JM (orgue), Dave Fiuczynski (guitare), Calvin Weston (batterie).
Le volume effarant empêche d’entendre la musique, mais en se bouchant les oreilles, on se rend compte que, si le guitariste est assez banal dans une sorte de guitarisme rock qui a trente, non cinquante ans d’âge environ, le lideur joue d’une manière assez délicate et surprenante.

7- Julian Lage, Gyan Riley (guitares acoustiques). Musique non-jazz.
Par moment ce duo évoquait la musique de Leo Brouwers (La Havane 1939), mais il semblait volontairement éviter toute tentative de rythme américain. Une musique plaisante, jolie.

8- Nova Quartet : John Medesky (piano), Kenny Wollesen (vibraphone), Trevor Dunn (basse), Joey Barron (batterie).
Le vibraphone était sonorisé un tout petit peu trop faiblement, ce qui est dommage, car il m’a semblé bien inspiré. Un groupe de jazz, qu’aujourd’hui on pourrait considérer “mainstream”, moderne sans excès.

9- Ikue Mori (électronique). Zorn annonce que cette œuvre est un medley de six Bagatelles.
Des mélodies simples jouées comme sur un orgue Farfisa avec quelques bruits. Je ne suis pas très connaisseur de musique électronique, je ne connais guère que Pierre Henry [concert gratuit en ce lieu le samedi 7 octobre 2017, Nuit Blanche], mais ce qu’a fait cette japonaise est bien pitoyable à côté.

10- Mary Halvorson quartet : MH (guitare), Miles Okazaki (guitare), Drew Gress (contrebasse), Tomas Fujiwara (batterie).
Grande déception, la guitare de Mary Halvorson est toujours en bouillie avec celle de l’autre guitariste.

11- Mark Feldman (violon), Sylvie Courvoisier (piano). Musique non-jazz.
Cela commence par une sorte de pastiche de Bartok, puis il y en aura un peu de toutes musiques des années 30-50. Cela semble plaire au public, mais tout lui plaît.

12- Asmodeus : Marc Ribot (guitare), Trevor Dunn (basse), Tyshawn Sorey (batterie), John Zorn (direction). Encore une musique pour abîmer les oreilles. J’ai tenu un morceau, ce n’était pas constamment au-delà du supportable. Une sorte de thème très rythmique conduit par Zorn, puis une improvisation aux sons confus... Je fuis.

En conclusion, Dave Douglas est un grand musicien, je n’ai pas entendu Mary Halvorson -ce que je regrette- et j’ai entendu des pastiches de vieilles musiques d’avant-garde du temps de mes grands-parents, abrités sous le chapiteau du jazz.



[1Le programme de la Philharmonie de Paris présente ainsi ce concert : « En musique classique, une bagatelle est une courte composition sans prétention, dans un style léger. John Zorn en a récemment composé 300… Réunissant quelques-uns des plus grands improvisateurs du moment ainsi que son quartet Acoustic Masada, ce concert célèbre en version XXL un musicien hors du commun. » source :www./philharmoniedeparis.fr .NDLR

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